Patronymes (2)

Paul

Pauliat

     Nous considérons l'ancien français, le latin, le grec ancien, comme des langues mortes; telles que nous les prononçons aujourd'hui, nous ne serions pas compris des peuples de ces époques lointaines. La prononciation a-po-lon serait tout aussi incompréhensible à un Grec ancien que la prononciation steak> sté-ak pour un Anglais contemporain! Pour comprendre l'évolution d'un mot, il est indispensable d'essayer de le reconstituer phonétiquement, même si cette reconstitution est imparfaite:

le patronyme

1.- forme savante, étymon stable :

πόλλων,-ωνος > en latin Apollo, Apollinis > en français, Apollon, Apollinien
                          adj, apollinaris, e > au XVIIIème siècle, apollinaire
(qui concerne Apollon)

Ce patronyme, fréquent aux premiers siècles de l'ère chrétienne, sera porté notamment par le premier évêque de Ravenne (1er s.?), l'évêque d'Hiéraples (IIème s.) et celui de Valence (VIè.s.), tous les trois canonisés; il faut également relever au IIIème s. sainte Apollonie, devenue ste. Apolline. Ce prénom tombé en désuétude sera repris au XIXème siècle et rendu célèbre par le poète d'origine polonaise, Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary de Kostrowicki (1880-1918), immortalisé sous le nom de Guillaume APOLLINAIRE.

2.- forme évolutive, trois éléments sont à retenir:

- l'aperture :le [ο ] (o-micron) est un [o] bref, fermé, alors que le (o-méga) [ ω ] est un [o] long, ouvert (on retrouve cette même différence en français entre une /cote/ et une /côte/).

- l'accentuation : Le grec n'admet pas plus de trois syllabes consécutives sans accent à partir de la fin de chaque mot; le ô-méga [ ω ]
étant une syllabe longue compte pour deux, l'accent se trouve ainsi placé sur le o-micron [ό]; cet accent qui se traduisait par une élévation musicale devint rapidement un accent d'intensité.


- l'esprit : l'alpha initial est un alpha bref
[ᾰ] précédé d'un "esprit doux", par opposition à un "esprit rude", (l'esprit rude indique que la syllabe initiale est aspirée, ce que nous traduisons en français par la présence d'un /h/ ce qui n'est pas le cas pour Apollon)

En tenant compte de ces remarques, nous obtenons un - πόλ - λων:
-
un
[Ἀ] initial bref et faiblement accentué qui par aphérèse (chute d'un phonème au début d'un mot) va tomber rapidement;
- un/πόλ/(pôl) d'autant accentué qu'il est suivi d'une syllabe longue et sourde/λων/ .

Ce [πόλ] a été repris en latin sous la forme / paullus /; féminin /paulla/ et le diminutif correspondant : /paullinus/ /paullina/, d'où les patronymes: Paul, Paule, Paulin, Pauline.

Remarque  La bible Morlet des généalogistes précise: "patronyme assez fréquent (...) représentant le nom latin Paulus, ancien prénom latin popularisé par l'apôtre Paul". L'auteur de ce dictionnaire ne donne pas l'étymologie de Paulus, d'où la confusion de nombreux généalogistes qui traduisent un peu hâtivement que le prénom Paul vient du latin "paulus", ce qui évidemment n'est pas acceptable. L'adjectif latin, paulus, paula, signifie "qui est en petite quantité", d'où, "peu considérable, petit, faible". Cet adjectif est nettement dépréciatif. Comment peut-on imaginer que des parents puissent donner à leur enfant un nom suggérant un physique malingre ?

Que la forme latine de Paul ait été Paulus ne signifie aucunement qu'il vient de l'adjectif latin préexistant : paulus. Il est évident que Paul vient, à la suite d'une évolution logique et attestée, du grec "apollon". Et, puisqu' il est fait allusion au plus célèbre d'entre eux, l'apôtre Paul, il faut retenir :
      - que sa langue maternelle était le grec;
      - que la coutume grecque était de placer l'enfant sous la protection d'un dieu, (coutume que les chrétiens conserveront en plaçant leurs enfants, non plus sous la protection d'un dieu, mais sous la protection d'un saint.)

le toponyme

Le patronyme dans sa forme première va devenir un toponyme: on peut supposer la construction d'une villa gallo-romaine ayant appartenu à un certain Paul, en latin Paulus, nous obtenons par l'ajout du suffixe indiquant l'appartenance (-acum):

Paulus > Pauliacum = "qui appartient à Paul" (la chute du /m/ final fut généralisée en bas-latin, (pauliacu) ainsi que les voyelles finales (sauf le  /a/ qui devient /e/ ex: rosa=rose), d'où pauliac. Ce toponyme peut se retrouver sous la forme tonique (Pauliac) ou atone (Pauliat) selon les terroirs. Une autre forme dérivée de Paullius, donne Paulliac, Paulliat.

Par un juste retour, la patronyme, devenu toponyme désignera un habitant du lieu ! le toponyme redevient patronyme ! cf. Ligonnière.

Ce patronyme, dans sa forme diminutive, Paullinus, va poursuivre son évolution et devenir toponyme: Paullini terras (les terres de Paullinus) > Paullinas cf. notre étude: Poulaines.

 

Rioland
Riolland

Riolant
Riollant

Riolan
Riollan

     Longtemps nous avons cru à la présence de plusieurs ancêtres éponymes. Vingt ans après nos premières recherches, il faut se rendre à l'évidence, malgré la persistance de zones d'ombre, il faut admettre que le patronyme n'a été accordé qu'à UNE seule et même personne.  La recherche systématique sur l'ensemble du territoire est restée vaine. Toutes les branchettes que nous avons explorées se rattachent à une région très précise que l'on peut situer aux confins du Berry, du Blésois et de la Touraine, dans la vallée du Nahon, entre Vicq et Chabris, autour de Valençay.

            Nous avons dû situer l'ancêtre éponyme plus avant dans le temps, probablement au XIIème siècle, peut-être même dès la fin du XIème siècle. Pendant les deux siècles médiévaux (XIIè et XIIIè s.) qui nous séparent de nos recherches actuelles  deux compagnons ont bien pu essaimer en Normandie et en Anjou et être à l'origine des deux "branches" qui demeurent encore actuellement sans attaches précises.
            Nous introduisons nos remarques onomastiques par une anecdote authentique qui en dit long sur la fragilité de la graphie de notre patronyme:
           
" Il y avait grand branle-bas de casseroles ce jour-là, chez les Bigot, place du Château à Amboise. La pâtissière, Julia, née RIOLAND, recevait ses frères et soeurs, et ce n'est pas rien, une famille de 11 enfants!, il y avait Jules, Marie, Germaine, Aimée, André, Reine et tous les autres.... il y avait aussi Robert RIOLLAND, et le tout dernier, que tous appelaient Dodôle, sans que l'on sache d'où venait le sobriquet et qui signait Aimé RIOLAN ! Soudain retentit l'invitation tant attendue :" A table! le repas est servi!"...
                         et tous les
[ Rio
??? ] de s'asseoir à leur place"
              
L'histoire n'est pas une fiction ! elle est réelle... dans cette famille, par négligence, par étourderie du préposé à l'état civil, le patronyme des enfants, nés entre 1894 et 1918, revêt trois graphies différentes, consignées sur un même livret de famille (dont nous possédons personnellement l'original). Laquelle choisir ?

           Les généalogistes, au cours de leurs investigations, ont tous découvert sur les registres de catholicité que l'on pouvait très bien, par exemple, naître : Louis Riolant, se marier Louis Riollans et être inhumé Louis Rioland . Trois graphies pour une même personne !
          L'explication en est fort simple: nos ancêtres - dans leur grande majorité- étaient analphabètes et la transmission de leur patronyme était orale, la graphie du nom de famille était phonétique et soumise à l'appréciation des scribes ( curés, notaires, avocats, etc.) dont les connaissances de la langue étaient, pour la plupart, sommaires. Ainsi, au XVIème siècle, un prêtre de Valençay (36), soucieux peut-être de transcrire "une belle escripture" ou bien attiré par la lettre [rho]  de la langue grecque, alors "à la mode",  a-t-il consigné sur les registres :
Rhyolens !! Plus près de nous, au XIXème s., le secrétaire de mairie de Châteauvieux (41) a enregistré le décès d'une vieille femme sous le nom de Arioland, probablement parce que,
                                               à la question :      qui c'est?,
                           le déclarant avait répondu :      c'est la veuve "à Rioland."
            
Recenser les [ Rioland ], c'est donc dresser toute une liste de cacographies, car il est évident qu'à l'origine, le nom de famille correspondait à un seul étymon, à une seule graphie, à un seul signifié. Il nous revenait de définir l'orthographe. Il est évident que, si dans une dictée, des écoliers écrivaient le mot hangar de trois façons différentes, Larousse, dans son dictionnaire, ne donnerait pas au substantif ... trois entrées différentes !

            Notre recherche est facilitée par le fait qu'il ne reste plus en usage que deux ambiguïtés : le doublement ou non de la consonne [ l ], et le choix de la consonne finale : [ d ] ou [ t ].( La graphie, avec absence de consonne finale, ne concerne plus que de rares familles.)

               

                                             ETYMON

             L'étymon ne soulève aucune contestation: RIOLAND, vient du verbe médiéval, aujourd'hui disparu : RIOLER, issu lui-même du latin REGULA =  la règle.

                                                         L ou LL ?                                 

Pour comprendre le doublement du [ l ], nous rapporterons deux anecdotes :
     Lorsque j'étais enfant, les copains de l'école, pour me taquiner sans méchanceté aucune, m'appelaient :
" riz au lait", avec accent sur le [ i ] initial. Ce qui revient à prononcer distinctement 3 syllabes (diérèse):
     RI-O-LAI  >  RI - O - LAN                [ ri ] - [ r ] grasseyé au son faible , [ i ] accentué
                                                          [ o ] fermé comme dans " peau "
                                                          [ lan ] un seul [ l ] est nécessaire

     Quelques années plus tard, alors que j'étais au lycée et que j'avais bien du mal à corriger les maladresses de mon langage, où les influences paysannes étaient encore vivantes, un professeur, pour me mortifier, "roulait" le [r] initial, comme dans le patois berrichon, le [i] presque atone se combinait sous forme d'un yod avec un [ol] central très accentué: 
       RRRIOL- LAN              
Cette prononciation, sous la forme de deux syllabes ( synérèse ) nécessite un second [ l ] pour introduire la nasale [ an ]
       Aujourd'hui, le [ r ] n'est plus roulé et le doublement du [ l ] n'a plus lieu d'être, il rappelle seulement la prononciation patoise d'hier.

Que signifie le verbe "RIOLER" ?

     Si le doublement du [ l ], est d'ordre phonétique, la terminaison -and ou -ant est d'ordre morphologique : elle est la marque soit de l'adjectif verbal  (latin : riolandus,a,um), soit du participe présent ( riolans, riolan-tis, riolan-tem). Le choix entre ces deux formes nécessite que l'on fasse appel, au préalable, à la sémantique.
  ( A noter que les célèbres médecins Jean Rioland, père et fils, au XVIème et XVIIème siècle ont latinisé leur nom en Johannis Riolanus, d'où la transcription fautive retenue par les traducteurs: Riolan)

    Bien que, de tout temps, les hommes se soient intéressés à la signification de leur nom, l'onomastique est une science toute récente. Il faudra attendre DAUZAT et, en 1951, son Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, pour se faire une idée sérieuse de la patronymie; mais, la fréquence de notre patronyme étant faible, / Rioland / ne figure pas dans le dictionnaire de l'éminent linguiste.

   L'apparition du minitel multiplia la naissance de serveurs qui délivrèrent des étymologies fantaisistes: l'un d'entre eux, confondant participe présent et participe passé affirma que / Rioland / désignait une personne qui avait de la couperose ! Un autre, que /rio/ (comme chacun sait) venait de l'espagnol /rivière/ et que /land/ (comme chacun sait) venait de l'anglais /terre/, donc que /Rioland/ signifiait : quelqu'un qui possède une terre (anglaise ?) près d'une rivière (espagnole?)!!!!
    On pourrait sourire si le procédé ne s'apparentait à une véritable escroquerie intellectuelle, sinon financière puisque le service était payant. Enfin, en 1991, parut le Dictionnaire étymologique des noms de famille, véritable bible patronymique de Marie-Thérèse MORLET, maître de recherche au CNRS. L'éminent chercheur propose :

Rioland : adjectif verbal de rioler, se divertir, se livrer au plaisir, à la débauche, synonyme de ribaud.

    Ainsi, /Rioland/ serait un sobriquet. Définition plausible. Une expression berrichonne souligne que "être en riole", c'est faire ripaille, faire la noce. Au cours de notre enfance, nous avons nous-même entendu cette expression à propos d'un conscrit, lors du conseil de révision, "il est pas rentré, il est en riole". Nous retrouvons cette expression dans BALZAC (Un drame au bord de la mer):

" - où donc est Jacques ?
- Jacques ? il est en riolle ! ( en italique dans le texte )
personne ne savait où le drôle était allé.
- Il s'amuse trop ! dit Pierre."

Un substantif /riole/ dans le dialecte normand est synonyme de /débauche/.

Définition plausible, mais non certaine, et même fort contestable, cette définition étant empruntée à "gaud-riole", un terme que REY situe au ... XIXème siècle !

          Si le verbe /rioler/ a aujourd'hui disparu, il existait bien au XIè et XIIème siècle, date approximative de l'attribution du patronyme:
il est issu du latin :  regula > la règle / avec l'idée de tirer des traits droits..

On retrouve cette idée dans certains hydronymes. En Touraine, la Riole est un ruisseau qui se soucie peu de méandres et va se jeter tout droit dans l'Esves. Dans le Var, le Riolan est un torrent creusant son chemin dans des gorges profondes et pittoresques. On pense au laboureur creusant des sillons avec une idée de rigole. Toutefois ce verbe rioler comportait une nuance de couleur. Au XVIème siècle, il est ressenti comme un archaïsme , il est souvent employé au participe passé avec le verbe pioler (qui évoque non pas l'idée de traits colorés mais celle de points colorés.)
          Rabelais écrit :
                                  Avecques un antique tissu riolé, piolé…

 Littré, qui note cet archaïsme, cite Ambroise Paré:
          Ayant des taches séparées les unes des autres, riolées,piolées,
         
c'est à dire de diverses couleurs, comme un tapis velu.

Curieusement, certains archaïsmes ont la vie dure ! On retrouve encore aujourd'hui le verbe rioler, dans le Lyonnais, comme terme culinaire :  décorer la surface d'un gâteau avec des traits parallèles, comme le pâtissier décorant une génoise à l'aide d'un pochon chocolaté pour en faire une marquise ! ou encore : disposer sur une tarte des petites bandelettes de pâte en les croisant et les dorant au jaune d'œuf. Ce qui n'est, ni plus ni moins, qu'une opération de tissage.

L'idée de trait se retrouve encore, avec un sens métaphorique (trait d'esprit) pour définir un langage. Ainsi, le poète Du Bartas :
                            Un bel esprit (…) peut donner passe-port aux mots qui
                            fraischement sortent de sa boutique (…) et d'un émail
                            divers rioler sa parole, ou sa prose ou ses vers.

Avec Du Bartas, le verbe rioler a encore un sens positif, il ne le demeurera pas. L'idée de règle droite n'étant plus perçue, le verbe sera renforcé par un substantif préfixé barre, d'où le verbe barioler ( barre-rioler) qui, peu à peu, va remplacer le moribond rioler. Encore faut-il insister sur le fait que, lorsque ce verbe barioler apparaît, il y a plusieurs siècles que le patronyme Rioland a été attribué à notre ancêtre éponyme et qu'il ne peut y avoir un rapport de sens entre les deux termes. Le terme barioler était encore laudatif au XVIème, il deviendra péjoratif au XVIIè, conséquence d'un changement d'esthétisme.

- and   ou     - ant    ?

          La valeur lexicale étant ainsi définie, on peut s'interroger sur les deux variantes morphologiques -ant et -and. La première est la marque du participe présent ( latin : riolans, -tem au cas objet, sur lequel les noms ont été le plus souvent formés) ; la seconde est la marque de l'adjectif verbal    (latin - masculin : rioland (um), féminin : riolanda (m) d'où Riolande que nous avons rencontré au XVIIème siècle, notamment à Valençay (36) et à Châteauvieux (41).
Or la nuance entre le participe présent et l'adjectif verbal est si faible qu'elle n'est pas toujours perceptible. Nous pouvons nous aider d'éléments comparatifs :

Marchant marchand
riolant…rioland
                    mangeant… (sans correspondant)
Mangeant est un participe présent : qui est en train de manger, ce qui ne signifie pas forcément- glouton - mais plutôt : qui est toujours en train de grignoter. (Il est probable que

si la télévision avait existé à l'époque médiévale, il y aurait eu beaucoup de Mangeant !!!!)

           De la même façon, marchant indique une action présente, qui, par non-dit, s'oppose à une action passée ou future. Marchand ignore cette nuance temporelle: il est marchand aujourd'hui, comme il l'était hier et le sera demain, parce que c'est sa fonction de marcher de ville en ville pour se livrer à du marchandage et vendre sa marchandise. Ainsi l'adjectif verbal est plus ressenti comme un adjectif que comme un verbe, avec un fonction épithète ou attributive: Jean Boulanger - parce que sa fonction est de fabriquer du pain, Jean Tisserand - parce que sa fonction est de tisser, Jean Marchand - parce que sa fonction est de faire du commerce itinérant. A contrario, en aucun cas, mangeant ne peut donner lieu à une activité permanente, à une fonction sociale.

          Ainsi, rioland se serait développé sur le modèle de marchand, il indiquerait une activité humaine, comme il l'indique encore aujourd'hui, dans le vocabulaire culinaire que nous avons cité. Mais comment déterminer cette valeur appellative ? pour avancer une explication - ténue, et nous en avons conscience - nous faisons appel à la généalogie historique. Nous avons localisé trois sources. Dans chacune de ces sources, les Rioland que nous avons pu approcher avaient un métier en rapport avec l'artisanat textile: en Picardie, les Rioland étaient des saiteurs, en Berry, ils étaient tisserands,  en Touraine, un Rioland devant appartenir à une branche angevine, était passementier. Si l'on admet que rioler était l'action de décorer, d'embellir par des traits de couleurs, pourquoi ne pas voir à l'origine du patronyme, une activité textile, s'apparentant à celle du trameur, par exemple ?

                                                                              CONCLUSIONS

          La première hypothèse, celle d'un sobriquet, a l'avantage de donner un signifié clair et précis; mais - personnellement- nous ne voyons pas en quoi le fait de rioler un gâteau ait quelque rapport avec une activité lubrique… ni en quoi le Riolan, qui coule en Provence, aurait lui aussi un rapport quelconque avec la lubricité ! Certes l'étymon existe, était-il répandu au XIIème siècle ? Nous n'en n'avons pas trouvé trace dans la littérature. Le sens devait lui-même être flou puisque riole, renforcé par le verbe latin (gaud-eo, -ere) a donné gaudriole. Mais, là encore, comme nous l'avons signalé pour barioler, quand la famille de gaudriole apparaît, il y a déjà ... plusieurs siècles que le patronyme a été attribué à nos ancêtres!  Quant à rattacher le patronyme au dialecte normand, c'est pure spéculation.

          La seconde hypothèse a l'avantage d'être beaucoup plus conforme à l'évolution linguistique, mais le signifié n'apparaît pas clairement. Doit-on le rejeter pour autant ? Nous avons vainement dépouillé les archives de l'abbaye de Barzelle, située au cœur même de l'aire berrichonne du patronyme : les Rioland ont bien croisé les moines, mais au …XVIIIème siècle ! Apparition un peu … tardive dans les actes notariés pour être de quelque utilité. La clé qui permettra d'infirmer ou de confirmer notre hypothèse se trouve peut-être  dans quelque document médiéval  actuellement insaisissable mais... qui sait ?

NOTA: nos récentes recherches médiévales sur Poulaines nous ont fait prendre conscience d'une activité artisanale, considérée aujourd'hui comme anecdotique, alors qu'à l'époque du patronyme homonyme -XIè/XIIè- elle était de la plus haute importance: la fabrication des cierges. Si l'on veut bien me pardonner cet anachronisme, les ciergistes étaient l'EDF de cette époque. Or ces cierges n'avaient rien à voir avec nos modestes blanches bougies, leurs dimensions étaient importantes et tout comme comme les murs et les voûtes des chapelles et des églises, ils étaient richement décorés. L'ambiguïté demeure, car si nous avons pu glaner quelques renseignements sur les ciergistes (on dit aussi ciriers) nous n'avons pas pu remonter aux XIè et XIIè s. C'était là, denrée périssable ! Il n'en demeure pas moins que cette hypothèse mérite d'être retenue et qu'elle a aujourd'hui notre préférence. Les Rioland et les Pioland, des ciergistes ainsi reconnus et désignés pour leur habileté à décorer leurs cierges ?

                                                                                               Claude Rioland,  septembre 2002- revu janvier 2009

Rouy

         Comme beaucoup de patronymes qui paraissent simples, [ Rouï ] n'échappe pas à la règle et n'est pas sans poser de problèmes . Nous ne voyons pas d'autre origine que le verbe "rouir" au présent, celui qui rouit, ou au participe passé, qui a roui, ce même participe passé pouvant être substantivé: le roui, au sens du rouissage. Le rouissage est une opération qui consiste à laisser macérer des plantes textiles, comme le chanvre et le lin, afin de dissoudre les matières gommo-résineuses et de libérer les fibres qui les composent. Et nous savons que la culture du lin et du chanvre était importante au Moyen Age, dans cette partie du Berry. Le roui désigne donc une activité manuelle et le patronyme a été donné à un artisan que cette activité distinguait dans la communauté villageoise, au même titre que [Tessier], [Tissier], [Tisserand].

          Le premier problème est d'ordre linguistique. Pour Rey et son Dictionnaire historique de la langue française, le verbe rouir appartient à une racine germanique que l'on retrouve dans l'anglais to rot = pourrir, se putrifier. D'abord ropir, au XIIIème siècle, rouir et ses dérivés apparaissent au XVIème siècle (1552). Or, Louis Rouï vivait au XIVème siècle et il est peu probable qu'il ait été l'ancêtre éponyme. Il faut donc admettre que le verbe était entré dans le langage courant, dans ce nord-Berry de la région de Valençay, au moins deux siècles avant la date retenue par le dictionnaire.

          Le second problème touche au statut de Louis Rouy. Car ce patronyme a une connotation bien roturière et Louis Rouy, qui avait épousé Jeanne Bellone, était seigneur de Menetou-sur-Nahon. Or les nobles étaient des militaires et auraient dérogé s'ils avaient exercé une activité manuelle. ( Il faut évidemment nuancer ce qui était la théorie et ce que fut la pratique : nous avons trouvé à Poulaines un noble, François de Barathon, seigneur de la Michenne, qui dut faire amende honorable dans l'église paroissiale, car il avait été surpris à voler - nuitamment - des gerbes de blé dans la grange de son voisin ! ) La réponse est dans l'origine noble des Rouy - ce que pour l'heure nous ignorons. Il est probable que la noblesse des de Rouy était récente et que le patronyme leur avait été attribué bien avant.

          Par contre, ce qui est certain, ce sont les rapports étroits que les Rouy entretenaient avec le rouissage ! En effet, c'est Louis Rouy, seigneur de Menetou et de Pequignon, qui, à une date que nous ignorons mais qui devait se situer entre 1385 et1395, acheta à Pierre de Velors, probablement pour son fils Jehan, la terre noble de Châteauvieux. A cette époque, la terre était nue : l'antique château qui avait donné son nom à la paroisse avait été rasé par le comte de Montrésor, à la suite des troubles provoqués par les "Anglais" au début de la guerre de Cent Ans. Or, que fait Louis Rouy, devenu par cette acquisition seigneur de Châteauvieux ? Il reconstruit. Non pas un château, plutôt une gentilhommière, avec, à l'étage les chambres, au rez-de-chaussée la salle de réception et les communs, et au sous-sol ... un rouissoir ! et une tissanderie ! Voilà qui est bien singulier dans un château, quand on pense à l'insalubrité et aux nuisances de toutes sortes, notamment olfactives.

          Le patronyme se trouve ainsi justifié et révèle peut-être l'activité première de Châteauvieux, sans que nous puissions répondre à la question :

   - Louis Rouy a-t-il acquis la terre de Châteauvieux pour y installer une activité de rouissage parce que les tisserands y étaient nombreux,ou bien,
   - les tisserands sont-ils venus en nombre s'installer à Châteauvieux car ils y trouvaient la matière première, fournie par le seigneur du lieu ?

                                    

                                                                                         Châteauvieux

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