l'anthroponymie en Bas-Berry au XVème siècle

1433
Partage des biens de Pierre de Graçay


 

           Quand Pierre de Graçay décède en 1430, ses héritiers demandent à ce qu’il soit procédé au partage de ses biens. Le document - un rouleau de parchemin - a malheureusement été détruit lors du bombardement par les Alliés du château de Diors, le 17 août 1944. Une transcription avait été heureusement mise à l'abri par le conservateur E.Hubert (A.D.36, série F.1120). Le document se présente sous la forme d’un «  rôle de contribuables », il énumère les noms des « chefs de famille » et  décrit avec précision leurs "héritages, rentes et revenus", chiffre le montant des cens et des diverses contributions, précise même, le cas échéant, leur statut social « homme de … » « serf »… ; nous pouvons ainsi  connaître le nom des personnes qui vivaient sur les terres des de Graçay,  nous pouvons même les localiser et reconstituer en partie le cadastre, avec toutefois un certain nombre d’ imprécisions :

         
          - dans cette période d’immédiate « après-guerre de Cent Ans » de nombreuses terres sont « vacques », laissées en friches, les bouleversements socio-économiques sont importants, les tenanciers ne sont plus toujours connus, le rédacteur du document indique alors : « les hoirs de … » ; cette indication n’est pas sans importance puisqu’elle fait référence à la génération précédente, ayant vécu à la fin du XIVème siècle, mais elle nous prive d’un maillon généalogique ;

             - certains toponymes ont disparu ou bien ont été remplacés, la localisation est difficile mais pas impossible, à la condition de connaître les tenanciers « jouxtant » telle ou telle tenure, recherche que nous n’avons pas faite car elle dépassait le cadre de cette étude ;

            - toutefois les imprécisions tiennent surtout à la rédaction du parchemin –aujourd’hui perdu, donc incontrôlable – et à sa copie dactylographiée.


            Les héritages de la seigneurie des de Graçay, bien que fort diminués à cette époque, demeuraient conséquents et  dispersés sur une aire de plus de 60 km. de diamètre. La rédaction du document a probablement demandé au « rédacteur » plus d’un an de recherches, de déplacements, de consultations de notaires, d’interrogatoires « in situ ». Les dépositions étaient recueillies oralement, soumises à une prononciation patoisante plus ou moins nette et à une rédaction plus ou moins bien comprise. Nous savons par expérience que sur un même parchemin, la graphie n’étant pas soumise à des règles strictes, un même patronyme pouvait revêtir des formes diverses – et parfois éloignées - tout en désignant une seule et même personne. De son côté, le secrétaire qui a dactylographié l’original a suivi le texte mot à mot sans chercher à faire des recoupements. Certes, dans certains cas, il nous a été facile d’apporter les corrections nécessaires : nos connaissances historiques ne laissent aucun doute, il s'agit bien de "messire Gaucher Savary chev. sgr. de Lancosme" et non pas "Sanary...sgr. de Soncosme" .  Certaines erreurs graphiques peuvent être facilement corrigées lorsqu'une même personne apparaît sous deux identités différentes mais rapprochées, ex: "Jean Chauvet alias Mauduit" et non pas "Jean Chalnet alias Mauduit"; mais pour quelques évidences combien d'incertitudes ! Si nous comprenons Mery Henri (méry: aphérèse d'Aimery), comment comprendre Mesnil (nom de baptême de) Moreau ? Si nous pouvons assimiler Acher et Achier, Porcher et Porchier, Alere et Allaire, peut-on rapprocher Allere et Aberre étant donnés les patronymes possibles Hilaire et Habert ? Même hésitation, Michau de Villelume et Michau de Bellelume désignent une même personne, mais s'appelle-t-elle Villelume ou Bellelume ? Penin de Langon ou Perrin de Langon ? C'est probablement également le cas pour Loyaulment et Léaument. Et comment interpréter Parlequin ? Atrepy ? etc.

             Comptabiliser les individus est un autre obstacle difficile à surmonter du fait des homonymies: nous savons que Jean Pasquet et Jean Pasquet sont deux personnes différentes parce qu'elles sont dénommées dans le même article et qualifiées de frères ; par des indices épars dans le document (feu / l’aisné / le jeune) nous savons également que les trois Beaufils représentent trois générations différentes, mais si Jean Mestivier, par exemple, apparaît au titre de plusieurs parcelles plus ou moins éloignées on ne peut déduire s'il s'agit d'un ou de deux individus. Aucune certitude n'existe quand on sait que les trois fils de Pierre de Graçay, dont on procède précisément au partage des biens s'appelaient tous les trois ...  Jean de Graçay ! Une étude exhaustive du document demeure possible mais il nous faudrait des connaissances historiques et philologiques que nous ne possédons pas. Nous avons dû faire des choix et c’est pourquoi notre lecture et notre dénombrement doivent être pris avec beaucoup de prudence.


              Les biens furent répartis en deux lots: la seigneurie de Diors, située près de Châteauroux (10 km) qui échut à Pierre de Graçay, et la seigneurie de Sauveterre sur la paroisse de Saint-Loup près de Mennetou-sur-Cher. A ce second lot, dont hérita Perronnelle de Graçay, fut ajoutée la seigneurie de Chabris, qui nous a fourni un stock de patronymes important, plus différentes possessions (à Poulaines, Vatan, Issoudun) au nombre de tenanciers trop faible pour être significatif. Nous présentons donc nos résultats sous la forme de trois tableaux distincts Diors – Sauveterre – Chabris.

èvoir tableau chiffré des nomsè  1. masculins    2.féminins    3.surnoms

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