Traité de l'Origine des noms
par Messire Gilles-André de la Roque, chevalier Sieur de la Lontière

 

          S'il est avéré que l' Onomastique est une science toute nouvelle qui prend sa source au XXème s. dans les travaux d'Albert DAUZAT, l'énigme que posait la signification des noms de famille n'était pas sans intérêt pour les Anciens. Nous en avons pour preuve ce petit in-12 paru à Paris, chez Etienne Michallet, en ...1681 !

          L'auteur, Gilles-André de La Roque, tire de son oeuvre principale, un Traité des Armes de France et de leur interprétation, une série de remarques concernant les noms et les prénoms, dont certaines ne manquent pas d'intérêt.
 
 
Chap. I  De l'ORIGINE DES NOMS


          
(...) Beaucoup de noms propres sont devenus noms de Race (Pour La ROQUE, notre prénom est bien considéré comme le "nom propre", et notre nom, comme le nom de famille "race"; suit la liste de ces noms propres relevés par lui sur les "nobiliaires" ;  nous conservons le même ordre, bien que La Roque ne l'indique pas, il est possible que ces noms soient rangés implicitement par importance numérique.)
 HUBERT  -  RENAUD  -  MARTIN  -  BERNARD  -  ARTAUT  -  ROBERT  -  ADEMAR  -  BERTRAN (sic) - ARCHAMBAUD  -  HUË  -  HUET  -  BREMOND  -  SIMON  -  ANDRE -  PIERRE  -  JEAN  -  HAMON  -  CREPIN  -  MATHIAS -  ALAIN  -  RENIER  -  CHARLES  -  THOMAS  -  HERVE  -  ADAM  - ANSERAY  -  MACE  -  MATHIEU  -  ESTIENNE  -  DANIEL  -  HEBERT  -  GOSSELIN  -  BERANGER  -  TURPIN  -  GUICHARD  -  BOUCHARD -  FERRAND  -  FOUQUAULT  -  FOUQUES  -  GUILLEBERT  -  AUBERT  -  GUILLAUME  -  BENOIST  -  GERMAIN Justiniani (?).                                             p.10
 

Chap. V. DES PARAINS ....
            Le nombre des Parains que l'on doit avoir au sacré Baptême n'a pas toujours été égal (...) quelques-uns s'en procurent grand nombre pour avoir des amis spirituels, les autres pour s'enrichir. Il y en a un exemple dans les Mémoires de Mr du Thuit (...)  Il rapporte qu'un particulier qui n'avoit point d'enfans de son mariage et qui étoit dans la disette, en acheta un d'une pauvre femme, et pria plusieurs  princes de nommer cet enfant, dont il receut la valeur de dix mil écus en présens.
              Autrefois en France l'usage étoit aussi d'avoir quatre parrains, il fut réduit à deux et à une marraine pour les mâles, et à un parrain et à deux marraines pour les filles : mais on n'a plus qu'un parrain et une marraine                          pp.41-42
          ( Cette pratique - 2 parrains, 2 marraines -  était encore en usage à Poulaines(36) à la fin du XVIème siècle;  voir les registres.)
 
Chap.VI. (...  En quel temps les noms ont commencé d'être héréditaires)
          Les surnoms enchérissent par dessus les noms propres pour le discernement des familles. Ils ont commencé d'estre en usage sur la fin de la seconde race de nos Roys, lors que la Noblesse de France prit les surnoms de leurs principaux fiefs, ou qu'ils imposèrent leurs noms à leurs fiefs. C'est le sentiment de Jean du Tillet Greffier du Parlement (...)
                 François Eudes de Mezeray célèbre Historiographe a écrit que sur la fin du Règne de Philippes II, dit Auguste, les familles commencerent à avoir des noms fixes et héréditaires, que les Seigneurs et Gentils-hommes les prenoient le plus souvent des Terres qu'ils possedoient, les gens de Lettres, du lieu de leur naissance, que les Juifs faisoient de mesme quand ils se convertissoient, et que les riches Marchands les prenoient aussi de la Ville de leur demeure.
                 (Philippe-Auguste 1180-1223)
 
Chap.XXII. Des Sobriquets et Epithètes qui s'ajoutent aux Noms.
         
          
On s'est servi des Sobriquets pour faire des distinctions dans des Familles. Les Souverains n'en ont pas même été exceptés, comme Pépin dit, le Bref, Charles le Simple, Hugues Capet et autres.
          Dans les maisons particulières, l'usage des Sobriquets a été familier. On remarque que Jean de Mailly, est dit Maillet en 1345, et Jean de Lignieres, dit Maillard ( suit une longue liste dont nous extrayons )... Robert des Quesnes, dit Fleuret en 1346 ... Jean d'Argies, dit Le Borgne en 1383... Jean de la Trimouille, dit Trouillard en 1410 (...) et autres exemples qui vont à l'infini, et qui sont dans les Mémoriaux de la Chambre de Comptes. ( l'intérêt tient  dans la datation - les surnoms ayant été attribués pendant tout le Moyen Age - mais aussi dans leur nature, ainsi nous apprenons que le nom de Harpin ou Herpin que l'on retrouve dans les seigneuries berrichonnes est en fait un sur nom : "Jean de Vieupont, dit Harpin" -un "harpin était un joueur de harpe ! et voici nos Harpin berrichons à placer au rang des gentilshommes courtois !)
          La Roque poursuit par un essai de classification :
Ces Sobriquets se prenaient aussi bien de l'imperfection du corps, que de sa beauté et excellence. (Ils) avaient quelquefois du rapport au nom de baptême ou à une rencontre, ou cause imprévue, comme Jordain que portaient les Seigneurs de Preuilly. (Jordain = Jourdain, surnom rapporté des Croisades).
         
D'autres avaient du rapport au visage (...); à quelque défaut des yeux (...) de la langue (...).
            Gilles de Trasignies Connétable de France, prit l'épithète le Brun, tant à cause de la couleur de son teint et de ses cheveux, que pour se se distinguer de Gilles Seigneur de Trasignies Connétable de Flandres son père qui mourut à la prise de Constantinople l'an 1204.(...) Fouques Comte d'Anjou fut nommé Grisegonnelle, ou Robe Grise, etc.                                                  pp.122 et seq.
 
Chap.XXX (changement de nom)

           Autrefois on changeoit de nom en France sans aucune solemnité. La preuve s'en tire des Registres de la Chambre des Comptes qui m'ont esté communiquez, etc (suivent de nombreux exemples) Mais comme cette licence de changement de nom et d'armes, a sans doute produit beaucoup d'abus en quelques-uns, le Roy Henry II y remédia par son Ordonnance donnée à Amboise le 26 mars avant Pasques 1555.

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