Rioland
Riolland Riolant Riollant Riolan
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Longtemps nous avons cru à le présence de plusieurs ancêtres éponymes. Vingt ans après nos premières recherches, il faut se rendre à l'évidence, malgré la persistance de zones d'ombre, il faut admettre que le patronyme n'a été accordé qu'à UNE seule et même personne. La recherche systématique sur l'ensemble du territoire est restée vaine. Toutes les branchettes que nous avons explorées se rattachent à une région très précise que l'on peut situer aux confins du Berry, du Blésois et de la Touraine, dans la vallée du Nahon, entre Vicq et Chabris, autour de Valençay Nous avons dû situer l'ancêtre éponyme plus avant dans le temps, probablement au XIIème siècle, peut-être même dès la fin du XIème siècle. Pendant les deux siècles médiévaux (XIIè et XIIIè s.) qui nous séparent de nos recherches actuelles deux compagnons ont bien pu essaimer en Normandie et en Anjou et être à l'origine des deux "branches" qui demeurent encore actuellement sans attaches précises. Nous introduisons nos remarques onomastiques par une anecdote authentique qui en dit long sur la fragilité de la graphie de notre patronyme: "
Il y avait grand branle-bas de casseroles ce jour-là, chez les Bigot,
place L'histoire n'est pas une fiction ! elle est réelle... dans cette famille, par négligence, par étourderie du préposé à l'état civil, le patronyme des enfants, nés entre 1894 et 1918, revêt trois graphies différentes, consignées sur un même livret de famille (dont nous possédons personnellement l'original). Laquelle choisir ? Les généalogistes, au cours de leurs investigations, ont tous découvert sur les registres de catholicité que l'on pouvait très bien, par exemple, naître : Louis Riolant, se marier Louis Riollans et être inhumé Louis Rioland . Trois graphies pour une même personne !
L'explication en est fort simple: nos ancêtres - dans leur grande
majorité- étaient analphabètes et la transmission de leur patronyme
était
orale, la graphie du nom de famille
était phonétique et soumise à
l'appréciation des scribes ( curés, notaires,
avocats, etc.) dont les connaissances de la langue
étaient, pour la plupart, sommaires. Ainsi, au XVIème
siècle, un prêtre de Valençay (36), soucieux peut-être de
transcrire "une belle escripture"
ou bien attiré par la lettre [rho] de la langue grecque, alors "à la mode", a-t-il
consigné sur les registres : Rhyolens
!!
Plus près de nous, au début du XIXème s., le
secrétaire de mairie de Châteauvieux (41) a enregistré
le décès d'une vieille femme sous le nom de Arioland,
probablement parce que, Recenser les [ Rioland ], c'est donc dresser toute une liste de cacographies, car il est évident qu'à l'origine, le nom de famille correspondait à un seul étymon, à une seule graphie, à un seul signifié. Il nous revenait de définir l'orthographe. Il est évident que, si dans une dictée, des écoliers écrivaient le mot hangar de trois façons différentes, Larousse, dans son dictionnaire, ne donnerait pas au substantif ... trois entrées différentes ! Notre recherche est facilitée par le fait qu'il ne reste plus en usage que deux ambiguïtés : le doublement ou non de la consonne [ l ], et le choix de la consonne finale : [ d ] ou [ t ].( La graphie, avec absence de consonne finale, ne concerne plus que de rares familles.)
ETYMON
L ou LL ? Lorsque j'étais enfant, les copains de l'école, pour me taquiner sans méchanceté aucune, m'appelaient : " riz au lait", avec accent sur le [ i ] initial. Ce qui revient à prononcer distinctement 3 syllabes (diérèse): RI-O-LAI > RI - O - LAN [ ri ] - [ r ] grasseyé au son
faible , [ i ] accentué Quelques années plus tard, alors que j'étais au lycée et que j'avais bien du mal à corriger les maladresses de mon langage, où les influences paysannes étaient encore vivantes, un professeur, pour me mortifier, "roulait" le [ r ] initial, comme dans le patois berrichon, le [ i ] presque atone se combinait sous forme d'un yod avec un [ ol ] central très accentué: RRRIOL - LAN Cette prononciation, sous la forme de deux syllabes ( synérèse ) nécessite un second [ l ] pour introduire la nasale [ an ] Aujourd'hui, le [ r ] n'est plus roulé et le doublement du [ l ] n'a plus lieu d'être, il rappelle seulement la prononciation patoise d'hier. Que signifie le verbe "RIOLER" ? Si le doublement du [ l ], est d'ordre
phonétique, la terminaison -and
ou -ant est d'ordre morphologique
: elle est la marque soit de l'adjectif verbal
(
latin : riolandus,a,um),
soit du participe présent
(
riolans, riolan-tis,
riolan-tem). Le
choix entre ces deux formes nécessite que l'on fasse
appel, au préalable, à la sémantique. Bien que, de tout temps, les hommes se soient intéressés à la signification de leur nom, l'onomastique est une science toute récente. Il faudra attendre DAUZAT et, en 1951, son Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, pour se faire une idée sérieuse de la patronymie; mais, la fréquence de notre patronyme étant faible, / Rioland / ne figure pas dans le dictionnaire de l'éminent linguiste. L'apparition du minitel multiplia la
naissance de serveurs qui délivrèrent des étymologies
fantaisistes: l'un d'entre eux, confondant participe
présent et participe passé affirma que / Rioland /
désignait une personne qui avait de la couperose ! Un
autre, que /rio/ (comme chacun sait) venait de l'espagnol
/rivière/ et que /land/ (comme chacun sait) venait de
l'anglais /terre/, donc que /Rioland/ signifiait :
quelqu'un qui possède une terre (anglaise ?)près d'une rivière
(espagnole?)!!!! Rioland : adjectif verbal de rioler, se divertir, se livrer au plaisir, à la débauche, synonyme de ribaud. Ainsi, / Rioland / serait un sobriquet. Définition plausible. Une expression berrichonne souligne que "être en riole", c'est faire ripaille, faire la noce. Au cours de notre enfance, nous avons nous-même entendu cette expression à propos d'un conscrit, lors du conseil de révision, "il est pas rentré, il est en riole". Nous retrouvons cette expression dans BALZAC (Un drame au bord de la mer): " - où donc est
Jacques ? Un substantif /riole/ dans le dialecte normand est synonyme de /débauche/. Définition plausible, mais non certaine, et même fort contestable, cette définition étant empruntée à "gaud-riole", un terme que REY situe au ... XIXème siècle ! Si le verbe /rioler/ a aujourd'hui
disparu, il existait bien au XIè et XIIème siècle, date approximative de
l'attribution du patronyme: - and ou - ant ? La valeur lexicale étant ainsi
définie, on peut s'interroger sur les deux variantes
morphologiques -ant et -and. La première
est la marque du participe présent ( latin : riolans,
-tem au cas objet, sur lequel les noms ont été le
plus souvent formés) ; la seconde est la marque de
l'adjectif verbal ( latin - masculin : rioland (um), féminin
: riolanda (m) d'où Riolande que nous
avons rencontré au XVIIème siècle, notamment à
Valençay (36) et à Châteauvieux (41). Marchant marchand Mangeant est un participe présent : qui est en train de manger, ce qui ne signifie pas forcément- glouton - mais plutôt : qui est toujours en train de grignoter. (Il est probable que si la télévision avait existé à l'époque médiévale, il y aurait eu beaucoup de Mangeant !!!!) De la même façon, marchant indique une action présente, qui, par non-dit, s'oppose à une action passée ou future. Marchand ignore cette nuance temporelle: il est marchand aujourd'hui, comme il l'était hier et le sera demain, parce que c'est sa fonction de marcher de ville en ville pour se livrer à du marchandage et vendre sa marchandise. Ainsi l'adjectif verbal est plus ressenti comme un adjectif que comme un verbe, avec un fonction épithète ou attributive: Jean Boulanger - parce que sa fonction est de fabriquer du pain, Jean Tisserand - parce que sa fonction est de tisser, Jean Marchand - parce que sa fonction est de faire du commerce itinérant. A contrario, en aucun cas, mangeant ne peut donner lieu à une activité permanente, à une fonction sociale. Ainsi, rioland se serait développé sur le modèle de marchand, il indiquerait une activité humaine, comme il l'indique encore aujourd'hui, dans le vocabulaire culinaire que nous avons cité. Mais comment déterminer cette valeur appellative ? pour avancer une explication - ténue, et nous en avons conscience - nous faisons appel à la généalogie historique. Nous avons localisé trois sources. Dans chacune de ces sources, les Rioland que nous avons pu approcher avaient un métier en rapport avec l'artisanat textile: en Picardie, les Rioland étaient des saiteurs, en Berry, ils étaient tisserands, en Touraine, un Rioland devant appartenir à une branche angevine, était passementier. Si l'on admet que rioler était l'action de décorer, d'embellir par des traits de couleurs, pourquoi ne pas voir à l'origine du patronyme, une activité textile, s'apparentant à celle du trameur, par exemple ? CONCLUSIONS |