


l'anthroponymie en Bas-Berry au XVIème siècle

1596
les
registres de catholicité de
P O U L A I N E S (36)
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Le
registre des baptêmes de Poulaines se présente sous la forme de cahiers de
26 cm. x 19 cm. environ, reliés en un fort volume regroupant l'ensemble
des actes de 1596 à 1692, et conservé aux Archives départementales de
l'Indre.
- Pierre Renaudin, curé de Poulaines à l'époque révolutionnaire, chargé d'enregistrer les actes, a noté dans la marge : " cotte A "
Ainsi, aura-t-il fallu plus d'un demi-siècle pour que l'édit de Villers-Cotterets, en date du 10 aôut 1539, soit appliqué. Précédé de
l'article imposant l'obligation de tenir des registres de sépultures " des
personnes tenant bénéfices", l'article 51 stipulait "aussi sera faict
registre en forme de preuves de baptêmes" . En 1563, le Concile de
Trente appuyait cette ordonnance en " faisant obligation aux curés de
tenir un registre où devaient être inscrits le nom des baptisés et de
leurs parrains, pour éviter la célébration des mariages entre personne
liées par des parentés spirituelles". En mai 1579, l'ordonnance de Blois
promulguait la création des registres de mariages. Elle réagissait ainsi
contre les mariages clandestins entre des personnes de conditions
différentes, prévoyant même la peine de mort " sans espérance de grâce et
pardon" pour ceux qui détournaient les mineurs de vingt-cinq ans " sous
prétexte de mariage, ou autre couleur, sans le gré, sçu, vouloir ou
consentement exprès des pere, mere et des tuteurs".
IRREGULARITES et LACUNES
L'examen des premiers feuillets laisse apparaître une certaine confusion
et de nombreuses lacunes, mises en évidence par le décompte des
naissances.
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Certains actes ne se trouvent pas à la date attendue et sont insérés entre des actes antérieurs et postérieurs (ex. l'acte de naissance de Silvain Chauveau, daté du 23 décembre 1601, se trouve placé entre ceux du 21 juin et du 20 juillet 1602, ce qui atteste la volonté de réparer un oubli). Si, le plus souvent, la rédaction de l'acte accompagne la cérémonie du baptême, comme le révèlent les signatures des témoins en bas des actes, d'autres sont recopiés ultérieurement, d'où l'absence de ces mêmes signatures. Il semblerait que la superficie de la commune soit en cause. En effet Poulaines est très étendu, et le chef-lieu excentré de la paroisse accentue les distances : les hameaux de la Moinerie, au sud, et de Chambon, à l'ouest, sont à près de 6 km. de l'église paroissiale. Chambon était un village important qui avait dû être au Moyen Age le chef-lieu de la paroisse. Bien qu'ayant perdu cette fonction au XVIème siècle, Chambon avait conservé son église, un office y était célébré chaque semaine et lors des principales fêtes religieuses. Cette hypothèse expliquerait la présence presque constante de deux prêtres dans la paroisse, un curé secondé par un vicaire, d'où la difficulté de la célébration du baptême, quand le curé se trouvait seul, ou bien les étourderies du vicaire qui n'emportant pas le précieux registre "oubliait" de le mettre à jour, une fois revenu à la cure. C'est pourquoi le décompte des naissances doit être interprété avec la plus grande prudence, car si certains actes ont été ajoutés, les baptêmes sont loin d'avoir été tous répertoriés, ce que constate rapidement tout généalogiste qui dépouille les registres de Poulaines !
DECHIFFREMENT L'écriture ne pose pas de problèmes particuliers. Elle est conforme aux cursives de cette époque, avec une grande variété de graphèmes selon leurs positions : initiale, finale, ou en combinaison. L'absence d'accentuation, l'emploi parfois abusif des abréviations, la confusion des jambages /u/v/n/i/ , l'importance plus ou moins grande des boucles, des pleins et des déliés, selon la personnalité des rédacteurs, sont autant de points communs. Une encre plus ou mons déliée peut aboutir aujourd'hui à un acte blanchi, pratiquement illisible. A noter l'apparition de la première cédille sous le /c/ de François, le 28 février 1602. Après plusieurs graphies /sc/ (Franscoys), le vicaire Galland place le /s/ sous le /c/, mais cette initiative ne sera pas renouvelée dans les actes suivants
Deux difficultés viennent toutefois compliquer le déchiffrement de
l'écriture proprement dite :
- l'hétérogénéité : un grand nombre de rédacteurs vont se succéder dans
cette paroisse apparemment trop pauvre pour retenir ses prêtres. De 1596 à
1603, on ne dénombre pas moins de 3 curés, 12 vicaires, auxquels il faut
ajouter les diacres occasionnels à qui est dévolue parfois la rédaction de
l'acte. Deux actes, au moins, sont de la main d'un laïc, Sylvain Leclerc,
"sergent de la baronnie de Graçay".
" a esté baptize par
messier (...) ung enfant malle d'où l'écriture phonétique des patronymes et les cacographies qui en résultent.
les PATRONYMES
La phonétique guide le
desservant dans l'écriture des patronymes
sur 415 actes : 5 sont en partie illisibles A toutes ces difficultés de déchiffrement s'ajoutent les problèmes liés à la langue du XVIème siècle et du parler berrichon
ORTHOGRAPHIE les cacographies sont liées
- à l'introduction de lettres étymologiques, ou faussement étymologiques,
sous l'influence de la " renaissance " des études grecques et latines.
- le maintien de consonnes muettes, survivance de la langue
médiévale:
- des évolutions phonétiques inachevées ( cf. " la guerre des ouistes et
des non-ouistes"!) Boin -
Bouin Dore - Doure Rollet
- Roullet Morisset - Mourisset
en combinaison de plusieurs facteurs
- l'emploi fréquent du /y/ pour distinguer le /i/ du jambage des /u/
/v/ /n/ ou à la finale par simple souci esthétique:
- l'emploi du /g/ pour souligner la nasalisation :
-le son /oi/ prononcé / oué/ ( nous serions surpris
d'entendre Louis XIV dire :
" le roué c'est moué " et pourtant c'est ainsi que l'on prononçait
le son / oi /. Certaines grammaires scolaires de la fin du XIXème siècle
conjugue ainsi : j'aimois, tu aimois, etc.)
- la disparition du / e / muet entre deux consonnes :
- le / e / devant un / r / proncé comme un / a / ouvert
- l'inversion du / r / (cf. Grenouillette = guernouillette )
- le / e / final dans les mots de deux syllabes est accentué et
prononcé comme un
- le / s / intervocalique sourd et non somore comme aujourd'hui :
- même problème pour / g / intervocalique : - l'accord des noms propres, comme les noms communs, en genre et en nombre
* la formation du féminin par adjonction d'un /e/
et doublement de la consonne finale : Audion - Audionne
Bouin - Bouinne
avec évolution de la forme masculine :
un masculin mal perçu peut engendrer plusieurs féminins :
- l'importance de l'article et de la préposition, soudés ou non (la
valeur
- adjonction d'un yod à la finale des noms en :
Inversement, certaines évolutions aboutissent à la suppression du yod :
la combinaison de tous ces facteurs peut aboutir à des patronymes
éloignés:
même difficulté d'interprétation pour la terminaison -rt :
N.B. " le Mee" est un toponyme très répandu dans la région. D"après
Dauzat, du latin mansus : "exploitation rurale occupée par un seul
tenancier" . Hubert, dans son Dictionnaire historique de l'Indre en
dénombre 20, et encore ne prend-il pas en compte le village du Meez, au
nord de Levroux, proche de la paroisse de Poulaines. De ce topoyme sont
probablement issus les patronymes suivants : |
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CONCLUSIONS |
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Les actes étudiés
s'inscrivent d'une part dans l'évolution normale de la langue à la fin du
XVIème siècle, et témoignent d'autre part des déformations dues au parler
local berrichon et à l'indigence culturelle de certains scribes. |