Naufret
Noufret -Nouffret - Naufré, etc.

 

          Le problème posé par ce patronyme est précisément son absence dans les dictionnaires: inconnu au bataillon ! Déduction sous forme de lapalissade : le patronyme n'est pas répandu, n'a pas une couverture nationale, il est d'origine régionale et son éponyme devait être unique.
           C'est donc dans le parler local qu'il faut rechercher la racine. Or, sa localisation est incertaine, nous le trouvons à Chabris, certes, mais avait-il auparavant émigré ? En l'absence de réponse, nous acceptons l'idée que ce patronyme est né et s'est développé dans cette région de la vallée du Cher à la conjonction du Berry, du Blésois, de la Touraine où précisément le dialecte d'origine, devenu patois Tourangeau-Berrichon, présente une certaine unité.

            Un rappel : le patronyme n'a pas été choisi par le quidam, (pas plus que son nom de baptême, devenu pré-nom), mais lui a été attribué par la communauté ou par un clerc devant la nécessité de "nommer" sans ambiguïté ledit quidam dans un acte notarié ou autre. Cette désignation, pour arbitraire qu'elle soit, cache toujours une particularité quelconque, en d'autres termes, le patronyme (signifiant) a un sens (signifié). Le signifié caractérise l'ancêtre éponyme et personne d'autre : ce n'est pas parce que Jean est boiteux, d'où Jean Boiteux, que ses enfants seront boiteux ! Cependant ils porteront le même nom.

           Autre rappel, le patronyme une fois attribué sera colporté oralement dans une communauté alors analphabète; devenu "flottant" il subira toutes les déformations  voulues par l'évolution du parler.

           Cela précisé, le patronyme se compose de deux éléments, dont le second ne pose pas de problème : la présence récurrente du [ t ] final indique que le nom était prononcé [frette]. Le fret, c'est le froid:

                      " couv' toi ben, y fait fret' c'matin"
                  " il a fait si fret' c'te nuit' que tout a g'lé"
                  " ben le p'tit gars, il a point fret' aux yeux !"

          Le premier élément est plus difficile à cerner. La nasale initiale est constitutive de la négation, que l'on trouve dans le tout premier vocabulaire d'un enfant, sans que celui-ci ait subi d'influence culturelle, une énonciation spontanée : NA !
             Plus linguistiquement, le  /Non/  latin prononcé: Nonne s'est peu à peu affaibli en / ne / atone, d'où son renforcement par l'adjonction du neutre / unum /, non-unum = pas un,  qui peu à peu s'est transformé en /nau/ avec en tourangeau-berrichon une sorte de diphtongaison, absolument imprononçable aujourd'hui (où sont les vieux conteurs de nos campagnes?) : / na-u / le /u/ était prononcé /ou/, d'où un glissement incessant de / nau / vers / naou / / nou / et inversement, selon l'accentuation sur le /a/ ou sur le /u/.

 D'où le signifié:      Nau - fret'   =  qui n'a pas froid

             * qui n'a pas froid (aux yeux), un homme  courageux
        ou, quand on connaît la malignité des hommes, par litote :
             * qui n'est pas froid = c'est un chaud lapin !

Toute interprétation est subjective

 

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