PIERRE RIOLLAND
Chambray

 

secrétaire général de mairie honoraire
chevalier du Mérite Social
médaille d'or de l'Administration départementale et communale

       C'est probablement aux confins du Maine, de l'Anjou et de la Touraine, non loin du triangle Marcilly - Braye - Souvigné, qu'il faut chercher le tisserand qui donna son nom à la famille de Pierre Riolland. ( Le patronyme qui se présente au XVIIème siècle sous différentes graphies s'est finalement figé avec deux [ l ] ). Nous ne savons malheureusement rien sur les ancêtres les plus éloignés, le premier d'entre eux (Pierre) n'apparaissant qu'en 1641, à Marcilly-sur-Maulne,lors de son mariage avec Elisabeth Guérin. Probablement exerçait-il deux professions, comme beaucoup d'artisans à cette époque, celle de charron et celle de cultivateur. Ce sont du moins les deux activités que pratiquait son fils Christophe, installé à une demi-lieue de là, à Braye-sur-Maulne. Ce dernier donna à son épouse au moins huit enfants, dont six garçons ! On retrouvera le premier, prénommé comme son père, à Braye, le second Jean, à Marcilly, quant au troisième, René ... il faudra parcourir plus de 50 de nos kilomètres actuels, pour le situer au sud de Tours, à Montbazon. Le scénario nous est inconnu, mais il est facile à imaginer, les deux premiers installés, il fallait au suivant " faire la route " comme tout bon compagnon. De forge en forge, il est ainsi arrivé à Montbazon chez le père Bougrier. A 30 ans, René possède alors un solide bagage, le père Bougrier, lui, se fait vieux et il ne semble pas que Louise son épouse lui ait donné un garçon pour reprendre la maréchalerie, mais il a ... une fille ! qui va sur ses vingt ans et qui est bonne à marier. Le mariage sera célébré à Montbazon, le 28 novembre 1711. La mariée sera assistée par son père et un cousin; René n'aura qu'un seul témoin, son frère Joseph. La distance et l'âge avaient peut-être dissuadé Christophe père d'atteler la carriole.

Les générations de maréchaux-ferrants se succèderont pendant tout le XVIIIème siècle : René-fils à René-père et Nicolas, le petit-fils, aux deux René. Toutefois, un évènement inconnu fait que Nicolas va quitter Montbazon, où il est pourtant conseiller municipal pendant les heures agitées de la Révolution, il n'abandonne pas pour autant la forge dont il poursuivra l'activité - mais,  désormais, ce sera  à Veigné . Il semblerait toutefois que le maréchal ait commencé à acheter des terres et qu'il se soit reconverti peu ou prou dans l'agriculture. Le destin de ses trois fils est caractéristique : l'aîné continue la maréchalerie en s'installant à Genillé, Jacques le troisième choisit le travail de la terre, Louis le cadet prend la succession de son père à Veigné, puis opte à son tour pour le grand air et la culture ... de la vigne.


                Le XVIIIème siècle avait été celui des maréchaux-ferrants, le XIXème siècle sera celui des propriétaires-vignerons. Sous la Révolution et l'Empire, il semblerait que Nicolas se soit enrichi suffisamment pour conserver les maisons de Montbazon qu'il avait reçues de son épouse, et pour acheter outre la forge de Veigné ,  deux métairies, celle de Tartifume que l'aîné, maréchal à Genillé, recevra en héritage, et celle de Baigneu qui sera partagée par moitié entre le cadet, Louis, et le puîné, Jacques.  Louis aura un fils prénommé comme son père, lequel, après son mariage en 1841 avec Marie Marguerite Marcé, ira vivre chez ses beaux-parents , à Chambray, au lieu-dit le Porteau,  puis continuant son ascension sociale - il est alors conseiller municipal - il agrandira son domaine en achetant la Féranderie. C'est là que va naître celui qui semble bien avoir été l'unique enfant du couple. Ce Louis (!) épousa Marie Sylvine Vouteau . La vigne est en plein rapport, le phylloxéra n'a pas encore ruiné les viticulteurs, Marie a laissé à Chambray un souvenir qui perdurera longtemps dans la commune : chaque semaine elle préparait une soupe pour tous les pauvres qui venaient s'asseoir à sa table, c'était le resto du coeur avant la lettre.

                Le couple aura trois enfants que le mauvais sort n'épargnera pas. Une fille Marie-Louise décèdera, enfant. L'aîné, Louis (toujours.... la tradition !) , cultivateur, épousa Louise Maillé à qui il donna 4 enfants. En 1914, à son retour d'une expédition en Extrême-Orient (guerre des Boxers) il fut affecté dans une unité d'artillerie et fut tué par un cheval rétif qu'il essayait de maîtriser. Il avait 37 ans. Avec l'intention  de doter chacun de ses garçons d'un domaine, Louis-père avait acheté en 1888, près de la Féranderie, la Petite Closerie du Télégraphe qui servait de résidence secondaire à un notable tourangeau. C'est là que les parents s'étaient retirés avec leur plus jeune fils, Alfred. De santé fragile, Alfred ne fut pas mobilisé en 1914, mais en raison de  l'hécatombe des tranchées, le vigneron fut à son tour envoyé, bien loin de sa Touraine natale, dans le sud-algérien. Il ne supporta pas le climat saharien et revint tuberculeux. La maladie finit par l'emporter à 41 ans.

                 Alfred avait épousé Germaine Colas; de ce mariage naquit l'unique enfant du couple : Pierre. Après de solides études au Lycée Descartes, poursuivies à Saint-Gatien, le jeune Pierre eut la chance de voir s'ouvrir un poste de commis aux écritures à la mairie de sa commune natale : Chambray. Il postula, fut accepté. Le 1er octobre 1945, il était secrétaire de mairie à part entière. Il le restera et aura la lourde charge d'administrer une commune sub-urbaine qui, entre temps, verra sa population décupler ! Il ajoutera à ses fonctions administratives un engagement total dans de multiples associations, mutuelles et syndicats. Et pour ne pas  déserter trop vite, il acceptera, à l'âge de la retraite, un poste de premier adjoint ! Après quoi, dans sa résidence du télégraphe, qu'il n'aura jamais quittée depuis sa naissance, il se consacrera à la rédaction  de " CHAMBRAY, deux siècles d'histoire". une somme d'érudition. ( voir  encadré ci-dessous )

                    La postérité de Pierre est largement assurée; de son mariage avec Monique Habert sont nés : une fille, Béatrice, ex-pilote qui se consacre aujourd'hui à l'éducation des ses enfants, et un garçon, Francis, agrégé de l'Université. Cinq petits-enfants sont venus à leur tour égayer la retraite de Pierre et de Monique Riolland.
 


    Pierre Riolland  -  CHAMBRAY, deux siècles d'histoire, Tours, 2002
473 pages sur 2 colonnes, 17 x 23, couverture cartonnée, nombreuses illustrations, préface de James Bordas. En vente, (38 E.)  chez l'auteur, 1 , le Télégraphe 37170 Chambray-lès-Tours, dans les librairies de la commune et à La Boite à Livres, rue Nationale à Tours.

       Disons-le, sans ambages, l'auteur n'est pas un conteur, le lecteur ne trouvera pas dans cet ouvrage des anecdotes croustillantes, tragiques ou comiques, comme en sont parsemées certaines monographies de communes. L'auteur n'est pas davantage historien, pas de spéculations, pas de "systèmes" ayant pour but de mettre en valeur telle ou telle vision de   l'Histoire. Non ! l'auteur consigne avec un soin méticuleux les archives de la commune et c'est, en ce sens, que l'ouvrage - travail de bénédictin-archiviste - serions nous tenté d'écrire, devient  à son tour, une source inestimable tant pour le conteur que pour l'historien.
  
      Pierre Riolland classe soigneusement ses sources. Les toutes premières concernent la Révolution:   cahiers de doléances, vente des Biens Nationaux, parcelle par parcelle avec désignation, surface,  date et  prix de la vente,  nom de l'acquéreur... Si une décision doit être prise au Conseil, tous les noms sont relevés, ceux qui signent et ceux qui déclarent "ne scavoir signer". Les lois qui passent au Conseil sont toutes consignées, aussi bien celles qui déterminent le mode et les effets du divorce, que celle qui détermine le changement des boutons de toutes les troupes de la République ! Et nous assistons par la suite à l'évolution de la commune, délibération après délibération : l'amélioration de la voirie, l'aménagement de la mairie, les déménagements successifs du presbytère, la création de l'école et son évolution, celle de la Poste, etc.

          Bible pour les Chambraisiens, penseront certains, certainement puisque le lecteur trouvera même la liste de toutes les .... Rosières qui ont été les heureuses élues de 1833 à 1939, reconnaisant peut-être, ici ou là, la présence d'une aïeule. Mais ce jugement serait trop réducteur, car les délibérations des Conseils municipaux, les chicaneries, les petites bassesses, les heures de gloire aussi, sont les mêmes qui ont émaillé la vie de nos villages au cours de ces deux derniers siècles. Peu à peu, au fil de la lecture, c'est toute une atmosphère qui se dégage, une atmosphère criante de vérité.

             Que Monsieur Pierre Riolland reçoive ici l'hommage qui lui revient pour cet excellent document.

Monsieur Pierre Riolland est décédé dans sa 82ème année,
 le lundi 5 avril 2004, à Chambray-lès-Tours où il a été inhumé.

 

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