Jean
Rioland
( fils )
extraits de
Claude Rioland, Johannis Riolanus pater et filius,
la médecine au XVIè et XVIIème siècle, (à paraître)
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Jean RIOLAN |
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Né à Paris le 20 février 1580, Jean est le fils aîné du médecin Jean Riolan,
Doyen de la Faculté , et de Anne Pietre. Jean ne fut
baptisé que deux ans après sa naissance, le 22 janvier 1582 ;
on peut noter
que l'attachement à la religion catholique devait être fort tempéré par la
famille maternelle des Pietre, huguenots, - le grand-père Simon ayant failli être massacré
dans la sinistre nuit de la Saint-Barthélémy ( 23 - 24 août 1572 ). Jean bénéficia très jeune des leçons médicales de son père. Alors qu'il était élève, Jean Rioland fut chargé du rôle d' "archidiacre" des écoles. Nous dirions aujourd'hui qu'il "encadrait" les travaux de ses condisciples étudiants, il était chargé entre autres des dissections et des démonstrations d'anatomie; la tradition rapporte qu'il "s'en acquitta d'une manière distinguée" Nous connaissons assez bien son cursus: c'est "le samedi précédant le 4ème dimanche avant la quadragésime de l'année 1602... "qu'il revêtit la robe longue et se coiffa du bonnet carré pour assister à la supplique d'être admis aux examens du baccalauréat; il soulignera la nécessité incontournable d'étudier les sciences naturelles pour aborder la médecine. L'année suivante, le 15 mai, il soutiendra sa thèse cardinale sous la présidence du docteur Albert de la Fosse. "Estne parotis juventibus quam senibus periculiotior ?" (la parotide n'est-elle pas plus dangereuse pour les personnes jeunes que pour les vieillards ?) Mais le grade de licencié ne lui sera décerné qu'après une 2ème et une troisième "quodlibetaire" , dont nous ignorons les thèmes. (Comme le nom l'indique, il s'agissait de sujets libres, choisis par l'étudiant lui-même et qui donnaient lieu à des contestations sans fin; devenu péjoratif, l'adjectif a fait place au nom: quolibet) Il fut enfin admis à soutenir sa thèse de doctorat le 1er juillet 1604; la séance était présidée par son oncle Simon Pietre, les deux sujets imposés avaient été choisis par maître Akabia et Pierre Seguin: "An coma prolixa salubrior de tonsa ?" et "An coma defluens lethalis ?" (Deux sujets qui font sourire à plus d'un titre mais qui soulignent l'abîme qui sépare la médecine du XVIème siècle et celle d'aujourd'hui: " est-il plus sain de porter des cheveux longs que des cheveux tondus ?" "la perte des cheveux peut-elle être une cause de mort?" |
La Faculté de Médecine était des plus modestes. Sa création datait de 1472, elle était due à la générosité du médecin de Charles VII, Jacques Despars, qui avait fait don de 300 écus d'or avec lesquels une vieille maison avait été achetée aux Chartreux, au bourg de la Bûcherie. Riolan père, comme beaucoup d'autres maîtres, enseignait chez lui " au parvis Notre-Dame, en une maison, où il y avait eu des étuves, entre l'Hôtel-Dieu et la Maison de l'Evêque". En 1617, le Parlement décida que la totalité des rétributions prélevées sur les droits scolaires serait consacrée à la construction d'un amphithéatre; Jean fils, put, cinq ans après, y donner son premier cours, non sans mal : cette inauguration ranima la colère des chirurgiens, une troupe en armes envahit la salle, maltraitant et blessant au passage l'assistance, enleva le cadavre et le traîna dans la rue! |
| Fils d'un Doyen, neveu de Simon et de Jean-Pierre Pietre qui furent aussi de grands doyens, Jean Riolan fils n'eut aucun mal à se faire reconnaître de ses pairs. Dès 1604, date où il soutint sa thèse, il succède à P.Pousson à la chaire de Médecine. Il fut ensuite nommé médecin ordinaire du roi sous Henri IV, fonction qu'il conserva sous Louis XIII. En 1632, il devint premier médecin de la Reine Mère (Marie de Médicis) qu'il suivit en exil et à qui il restera fidèle jusqu'à sa mort, survenue à Cologne en 1642. C'est au cours du séjour de la Reine-Mère à Londres que Jean dut revenir précipitamment à Paris pour "se faire tirer une grosse pierre de la vessie: l'opération en eut faite hier matin" (5 octobre 1640) (P,I,68) . Il subira une deuxième opération, l'année suivante (24 octobre 1641) "l'anatomiste fut hier taillé de la pierre, on lui en tira deux" (P.I.86) (P. renvoie aux Lettres de Guy Patin, protégé de Jean Riolan à qui il succédera, publiées à Paris en 1846, chez J.B.Baillière, édition Reveillé-Parise; I renvoie à la tomaison et 68 à la pagination) |
![]() Jean Riolan |
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"Enfin la réponse
est venue de Montpellier, ou d'ailleurs,, contre les curieuses recherches
de M.Riolan, sous le titre de Seconde Apologie de l'Université en
médecine de Montpellier C'est un livre infâme pour les injures,
calomnies, impostures, ignorances et faussetés qu'il contient; je ne vis
jamais un si misérable pot-pourri, ni si indigne de gens qui veulent être
réputés habiles hommes. Je ne sais qui en est l'auteur, je pense que
plusieurs y ont travaillé, mais il y a bien de l'ânerie (...) Quiconque
l'a fait n'est point médecin et ne sut jamais le fin mot du métier.
Quelqu'un parlait de le faire saisir et d'en empêcher le débit; j'ai été
d'avis contraire, vu que ce livre publie, avec grand avantage de notre
Faculté, l'infamie et l'ignorance de ceux dont il entreprend la défense.
Ceux de Montpellier n'accroîtront point leur réputation par ce livre-là,
qui est très capable de les discréditer encore plus qu'ils ne le sont. Si
Courtaud ne peut faire mieux à l'avenir, il fera mieux de se reposer, en
continuant de chercher le grand secret des philosophes en ses fourneaux;
j'entends de chimistes et des faux-monnayeurs." (13 juin 1654. I.204)
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![]() Frontispice des Oeuvres anatomiques de Jean Riolant à la droite du maître probablement Jean Patin |
- Injuste, d'abord, quand il enveloppe tous les médecins dans la robe pédante de Diafoirus, sous prétexte qu'ils s'expriment en latin. Le trait nous paraît aujourd'hui d'autant pertinent mais c'est oublier qu'au XVIème s. et au moins dans la première moitié du XVIIè s. le latin était la langue des savants car c'était un moyen de communication international. Le latin leur permettait de discuter, d'échanger entre eux par delà les frontières. Oserait-on accuser Montaigne et Descartes de pédantisme? pourtant leurs oeuvres ont - d'abord - été rédigées en latin, condition pour être lues et comprises du plus grand nombre de leurs pairs. Harvey lui-même communiquait en latin. Quant aux oeuvres de Jean Riolan elles étaient également - par souci d'être comprises du plus grand nombre - éditées en langue vernaculaire, comme l'indique l'exemple ci-contre (édition 1626). Qu'il y ait eu des médecins pédants, sans nul doute; étaient-ils plus nombreux au XVIIème s. qu'aujourd'hui ? |
| - Injuste,
ensuite, car l'oeuvre de Jean Riolan
fils, n'en demeure pas moins importante. ses cours d'anatomie attiraient
une foule d'auditeurs à qui il apprit "à se salir les mains"! Les dissections de Jean Riolan étaient célèbres comme en témoignent ces
vers de Fontenelle: Oter cordeau dessous la gorge A maint misérable pendu (..........................................) se faire voir, fressés, tripés cervelle et chair sous Riolan Nous sommes bien loin des critiques de Molière accusant les médecins d'être livresques et de regarder de haut et de loin leurs malades. " les gens qui tiennent que l'opération de la main en anatomie fait déshonneur au médecin, sont des douillets à qui les mains teintes de sang humain font horreur, ou des contemplatifs qui ne voient qu'en idée les choses de médecine." " (...) qu'on ne se laisse point emporter par la terreur panique de quelques uns (...) par crainte d'un juste ressentiment de la nature qui ne souffre pas sans vengeance la destruction de son ouvrage (...) sous prétexte que Vesale et Fallope sont morts en la fleur de leurs ans." " On doit enseigner par la lecture des bons auteurs (...) et par une dissection exacte, faite de sa propre main, et l'enseigner non seulement par les discours, mais par l'opération manuelle." " Je ne suis pas du nombre de ceux-là qui souhaitent et ont besoin d'un dissecteur plus expert qu'ils ne le sont, pour rechercher dans le corps humain les pensées anatomiques. J'ai ponctuellement et véritablement exposé les muscles de tout le corps." Loin d'être un pédant hautain, Jean Riolan a été un grand
vulgarisateur. Il aimait passionnément cette Faculté de Médecine de Paris
où il était né, où il avait grandi. Il la défendait bec et ongle avec
enthousiasme, trop probablement pour ne pas s'aveugler lui-même, il
n'avait de cesse de faire connaître au plus grand nombre sa doctrine, son
enseignement. qui était, sur bien des points le fruit de découvertes
personnelles.
Jean Riolan fut le premier à décrire le crémaster et les tuniques des
testicules, "membrane érythroïde, élytroïde "ainsi nommée parce qu'elle
exprime très bien la coque d'un gland, elle est faite de l'allongement du
péritoine" "ces canaux réminifères puis déployés ont une
longueur de plusieurs aunes". Il insiste sur l'hymen, que d'autres
déclaraient n'avoir jamais vu: "C'est une membrane fort déliée, toute
parsemée de petites veines, lesquelles étant brisées à la première attaque
du membre de l'homme perdent quelques gouttes de sang"
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Enfin et sans pouvoir être complet, ajoutons que Jean Riolan fut avec son beau-frère Bouvard l'un des instigateurs et créateurs du Jardin des Plantes et qu'il aurait usé de son influence auprès de Richelieu pour favoriser la création de l'Académie Française. |
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En 1649, Gui Patin s'inquiète de la santé de son ami. Le mois suivant (avril 1655) la santé de Jean Riolan continue à donner des inquiétudes: "Notre bonhomme M.Riolan vivote, mais il est souvent attaqué de fluxions, de douleurs, de fièvre ou de goutte. Je sais bien que l'été lui est une saison favorable, aussi bien qu'à tous les vieillards asthmatiques comme lui; mais l'automne et l'hiver suivants en récompense me font peur, et crois avoir juste raison d'appréhender pour lui, d'autant que je le vois dans un grand penchant de ses forces, joint que son second fils, qu'il tient prisonnier et qui ne prend pas le chemin de s'amender, lui fait merveilleusement de la peine, et je ne doute point que cette affliction ne lui cause enfin la mort, laquelle ne viendra jamais qu'elle ne nous prive de plusieurs bonnes choses dont il a le dessein dans l'esprit."
Patin assistera son ami
dans les derniers moments: |
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(à suivre)