Y V O N

R I O L A N D

 

 

 

 

Photo N.R.
Hugues Le Guellec

       
           Yvon appartient à la grande famille des berrichons qui sont nés et se sont multipliés dans la vallée du Nahon. Ses ancêtres directs habitaient Villentrois (36) où ils étaient cultivateurs. Ce n'est qu'au début du XXème siècle que ses grands parents ont émigré sur Tours. Pierre son père était militaire de carrière et sa maman, née Jeanne Cordier, sténographe rédactrice de presse, était un des  maillons incontournables de La Nouvelle République où elle ne comptait que des amis qui appréciaient sa gentillesse et son dévouement.
           Yvon est le frère de Jean, ostéopathe à Mazamet et de Annie, professeur de Lettres, épouse du journaliste Serge Bijonneau.
Nous empruntons à Alain BLANCHARD l'interview, accordé par Yvon à la N.R du 27 décembre 2004, dans la rubrique société/rencontre.
 

    " Il aurait pu prendre la grosse tête. Comme toutes ces starlettes éphémères pour qui la moindre apparition sur scène devient vite un fait de guerre. Yvon Rioland est un vrai modeste. Pas de ces cabots masquant un ego démesuré derrière une feinte humilité. (...) Rioland n'est pas homme à brader "le devoir de réserve".
       Yvon vient du classique, avec un prix d'excellence (violon) au conservatoire de Tours. Un prélude au long glissement vers la variété. Son premier groupe encanaillait déjà les dernières troupes américaines du camp de Chinon (Indre et Loire). Tout en écumant quelques bals populaires. Converti à la guitare basse, le bel Yvon monte à Paris au début des années soixante. Non pas que le jeune Tourangeau se prenne pour un Rastignac de la ritournelle. Mais " J'arrivais de province, se souvient-il, il y avait une petite mafia parisienne. On nous appelait : les requins." Et, là, tout va s'enchaîner derrière son orchestre , les Fingers, avec Line Renaud pour marraine. Un début avec Marc Taynor ( mais si, souvenez-vous, le petit train de la télévision en noir et blanc....) Et puis un premier contrat avec Jacques Brel, qu'il accompagnera jusque sur les planches de l'Olympia. Lui qui disait:" Les jours où on a un moral de vainqueur, il ne peut à près rien se passer. Même si ça va très mal, on est absolument insensible, on s'écoute chanter. Alors là ça va bien. Puis il y a des jours où on a un moral de vaincu. Ce n'est pas grave non plus, parce qu'on se fait tellement violence à ce moment-là que ça magnifie."
       Ce n'est pas que la mémoire à clé de sol d'Yvon s'embrume. Mais il a côtoyé tellement de voix fabuleuses " en trois tours du monde" Sur scène ou en studio. Dans le désordre: Edith Piaf et Théo Sarapo, Claude Bolling, Charles Aznavour - reçu avec lui, à la Maison-Blanche  par Richard Nixon ou par le footballeur Pelé, "durant trois jours sur son île brésilienne", Michelle Torr, troisième au concours de l'Eurovision à Londres, avec " Une petite Française ",  Michel Delpech Leny Escudero, C.Jérôme, Tom Jones, Gilbert Bécaud (c'était un tempérament, un hypernerveux perpétuellement sur le qui-vive, un enfer sur scène!"). Ils étaient, pour la plupart, des "chanteurs de respect".
        Au total, c'est peut-être Aznavour qui lui laissera les plus puissantes émotions. Cinq ans de gala à son côté ne peuvent laisser indifférent. "Il était capable de revenir en rappel pour interpréter dix, quinze chansons. La communion avec le public commence là, derrière le rideau. On perçoit la rumeur. Lorsqu'il a composé Comme ils disent Charles nous a lu le texte en nous demandant ce que nous en pensions. Le thème, l'homosexualité, était déjà délicat pour l'époque. Je crois que c'est le plus bel hymne à la tolérance."
        Avec Serge Reggiani, le musicien a progressivement cédé le pas à l'ami. Yvon Rioland était encore derrière lui lors de son dernier récital au palais des congrès Vinci à Tours. Efficace et sobre. Comme d'habitude, "pour le rassurer, pendant qu'il triturait une pièce de monnaie dans sa poche, c'était son grigri. Il m'arrivait des soirs d'avoir de la peine pour Serge, dont certains textes donnaient le frisson. Ce fut, derrière la douleur, vraiment un grand Monsieur."
        On saura juste pour la confidence, qu'Yvon le bassiste, "apprit à nager" à Mireille Matthieu lors d'une tournée sous les tropiques avec feu Johnny Stark. Pas si loin de ces îles où Jacques Brel, terrassé par un mal implacable, composa l'une de ses dernières chansons. Là où "par manque de brise, le temps s'immobilise aux Marquises".
       

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