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Isaac Bartet
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d'azur à trois petits poissons barbeaux, d'argent rangés en barre |
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reconstitution Alain Fougerouze |
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"En
même temps mourut BARTET à 105 ans, sans avoir jamais été marié. C'étoit
un homme de peu, qui avoit de l'esprit, de l'ardeur et beaucoup d'audace,
et qui avoit été fort dans le grand monde, et longtemps eu beaucoup
d'intrigues et de manéges avec le cardinal Mazarin, qui l'avoit fait
secrétaire du cabinet du roi, dont il étoit fort connu et de la reine
mère. Il avoit été fort gasté comme le sont ces sortes de gens qui peuvent
beaucoup servir et nuire. Il en étoit devenu fort insolent et s'étoit rendu
redoutable".
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( la Villeroy était la veuve de Nicolas de Neuville, duc de Villeroy, maréchal de France (1598-1685) qui avait été le gouverneur du jeune Louis XIV ; son fils François avait été le compagnon de jeux du roi. Une famille aussi proche de la famille royale aurait-elle donné asile à Bartet, si celui-ci avait été si honni de Louis XIV, comme certains ont pu le penser ?) Si Saint-Simon disait vrai, Isaac Bartet serait né en 1602. Saint-Simon est plus soucieux du piquant des anecdotes que de la rigueur historique, si nous faisons abstraction , au moins pour le moment, de la date de naissance, Bartet a bien été marié, deux fois, et il eut postérité, ce dont nous reparlerons. Qu'il soit décédé en 1707 ne fait aucun doute, mais, si cette longévité exceptionnelle, que lui prête Saint-Simon, paraît suspecte, on peut tenir pour probable que BARTET mourut fort âgé.
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Pour Tallemand de Réaux, Historiettes
1657,
Bartet était un paysan gascon que son esprit et la
faveur de Mazarin avaient mis en grand crédit. L'auteur ajoute un peu plus
loin que
son père, originaire du Béarn, était simple paysan dans un village voisin
de Pau, qu'il vint à Paris, s'y maria, puis s'en retourna dans son
pays, se fit petit mercier dans la ville de Pau où il s'enrichit assez
vite. Tallemand de Réaux emprunte cette version à des pages de Conrart qui a laissé de la Fronde une histoire romancée, version Alexandre Dumas. Dans la réalité, Bartet est issu de la petite bourgeoisie marchande du Béarn; Isaac a fait ses études au collège de Pau, chez les jésuites, il a entrepris ensuite des études de droit qui ont fait de lui un avocat. Comme Saint-Simon, Tallemand de Réaux mêle le vrai au faux; du moins peut-on penser que Isaac ne laissa pas ses contemporains indifférents, qu'il secréta de sourdes jalousies. Malheureusement, M.Prévost, l'auteur de la notice consacrée à Bartet dans le Dictionnaire de Biographie française, Paris, Letouzey 1951, s'appuyant sur les Mémoires de cette époque, dont on vient de voir à quel point elles sont partiales, ne fait qu'ajouter à la confusion dans un ouvrage qui devrait faire foi. Sans négliger lesdites Mémoires , nous utilisons pour cet article actes notariés et correspondances dûment estampillés. Il est exact que les Bartet étaient béarnais, plus précisément drapiers à Pau et Henri IV ne fut peut-être pas étranger à leur fortune. François, le père, avait épousé Marguerite Chenier [ou Cherier]; il sera qualifié tantôt de bourgeois tantôt d'écuyer ! Au mariage de son fils, Isaac, le notaire consigne : "Noble homme François de Bartet, sieur de Lusson, domicilié en la ville de Pau en Béarn". Le 2 juin 1645, il est reçu bourgeois, marchand, et le 8 juin de la même année, élu pour deux ans, comme député catholique de la ville de Pau. Il vivait encore le 25 septembre 1651; il était décédé en 1653, car Marguerite, dans un acte de vente du 6 mai de cette même année, est qualifiée de veuve et fondée de procuration. Isaac Bartet dut avoir au moins deux oncles: Jean et Bertrand. Nous ignorons tout de Jean sinon qu'il était au mariage de son frère Bertrand. En effet le 23 avril 1603, un contrat de mariage est établi entre " Bertrand du BARTHET, fils et héritier de Joan CHICOT du BARTEL et de Marie, fille de Guilhem de [Cu...] de Pau", sont "témoins du futur, Jean du BARTEL, son frère, Pierre et Raymon du BARTHET, ses cousins germains". Le 1er décembre 1641 Bertrand est qualifié de trésorier de l'hôpital de la ville de Pau. François Bartet et Marguerite (les parents d'Isaac) seront parrain et marraine de leur fils, François. Ce François (qualifié de bourgeois) épousa Jeanne de Fourcade d'Orthez; elle était veuve avant 1679, et mourut le 25 juin 1693 à l'âge de 80 ans. Leur fils, Isaac Pierre, clerc tonsuré (1675), puis diacre , prêtre, acheta l'abbaye de Tarsacq le 11 juin 1700; membre des Etats du Béarn en 1700, il meurt le 9 mai 1720. Isaac Pierre avait une soeur, Jeanne, qui épousa (1677) un apothicaire d'Orthez, Pierre de Faget. Pierre et Jeanne eurent au moins un fils, Paul, né le 30 octobre 1685. Il demeura à Paris, rue Neuve St.Honoré, paroisse St.Roch. Avocat au Parlement, conseiller du roi au Grand Conseil (1714), qualifié sr. de St.Prest (1720), il hérita de son oncle, l'abbaye de Tarsacq qu'il revendit le 19 juin 1720. Isaac eut également un frère, Jean. L'annuaire de St.Pé nous apprend qu' « en 1659, l’abbé de St.Pé se démit de son abbaye entre les mains du Roy qui le confia à Messire Jean de Bartet, (…) en considération de son frère Mr de Bartet, qui estoit pour lors secrétaire » Il en prit possession le 5 juillet 1660. Les archives du Petit séminaire de St.Pé nous apprennent qu'« il fut le 28ème abbé, c’est pendant son administration, en 1665, que les Religieux de Saint-Maur vinrent s’établir à St.Pé, sous la conduite du prieur Jacques Lachèze. Bartet mourut en 1689."
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GENEALOGIE supposée d’ ISAAC BARTET
BERTRAND du BARTET, alias Jean CHICOT
de Gan
x Marie,
fille de Guilhem de [CUJEUS]
de Pau
{attesté 1605 - 1607}
___________________________________________________________________________
BERTRAND du BARTET JEAN du BARTHET
FRANCOIS BARTET
trésorier de l’hôpital de Pau x ? drapier
à Pau
U
env. 1652
x le 23 avril 1603
|
x le ?
Marie de [MIQUEAU]
de Gan
| MARGUERITE [CHERIER]
| ____________________
U
env. 1654
FRANCOIS de BARTET PIERRE
RAIMOND _____________|_____________
° ?
U av.1679
ISAAC
BARTET JEAN BARTET
bourgeois
° [1620 ?]
U1707
abbé de St.Pé
x JEANNE de FOURCADE xx Marie
RIOLAND
°
~
U
25 juin 1693
U
env.1680
___________|_____________ _____________|_______________
PIERRE-ISAAC JEANNE MARIE-ANNE
(U1734) CATHERINE
(U1698)
abbé de Tarsacq x 26 décembre
1677 x 9 octobre 1674 x
13 juin 1678
U9 mai 1720 PIERRE de FAGET JACQUES de LANDRESSE CLAUDE de BRIDIEU
apothicaire
d’ Orthez
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PAUL de FAGET
° 30 octobre 1685
avocat au Parlement
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Nous ignorons tout de l' enfance d'Isaac Bartet, mais c'est probablement
pendant ses années de jeunesse à Pau, où il étudie le Droit, qu'il séduisit ... la femme de chambre
d'un Conseiller au Parlement du Béarn ! La sanction fut lourde ... il fut
condamné à l'épouser ! Une femme de chambre n'était certainement pas là un
avenir pour ce Béarnais ambitieux qui rêvait, comme beaucoup de jeunes
bourgeois de son âge, Rastignac avant l'heure, d'aller faire fortune à Paris,
. Car il n'est d'avenir que de Paris. La féodalité, ruinée par les Croisades et la Guerre de 100 ans, s'est éteinte au XVème siècle. François 1er ("Je le fais parce que je le veux") a poursuivi l'oeuvre centralisatrice de Louis XI. la maison d'Anjou s'est repliée en Angleterre, peu à peu les cours provinciales, Bourgogne, Champagne, Guyenne...., ont, sinon disparu, du moins perdu de leur éclat. Les nobles, exilés sur leurs terres , ont vu leurs droits féodaux s'effriter puis disparaître, ils vivent chichement leur vie de gentilshommes campagnards, et ils s'ennuient. Dès la fin du XVIème se dessine un courant qui semble irrésistible, on vend des terres, on se constitue un pécule, on achète perruque, dentelles, attelage et l'on part faire fortune à ... Paris, à la Cour, près du Roi tout puissant. Et le roi qui a besoin de tous ces nobles pour faire la guerre, de tous ces bourgeois-robins pour administrer son royaume, est généreux. Il paie. En un siècle, l'état des pensions versées par le roi passe de moins de 1000 à plus de ... 20 000 ! A du Bellay qui au XVIème siècle vantait la vie provinciale: Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage Ou comme cestuy là qui conquit la toison Et puis est retourné plein d'usage et raison Vivre entre ses parents le reste de son aage
Quand revoiray-je, helas, de mon petit village |
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On ne peut pas aborder la carrière d'Isaac Bartet, sans au préalable
évoquer l'homme: intelligent, rusé, spirituel, actif mais bavard. C'est un
béarnais, et il arrive avec cet accent inimitable, à la fois rocailleux et
chantant qui plait tant aux dames et attroupe les courtisans. Et comme
Isaac a de l'humour, un humour grinçant, il persifle. Le cardinal de Retz
dira de lui qu'il était "badin". Et personne n'y
échappe, ni le gentilhomme de basse noblesse ni les ministres; dans ses
Mémoires Conrart dit de même que
" Bartet (est) très audacieux et libre
en paroles (...) il n'épargne personne et drape indifféremment ses amis et
ennemis". " ..... que Colbert est à moi, et qu'il noierait toutes les personnes qu'il aime, pour mes intérêts (...).C'est un homme d'honneur (...) et prétend faire ses affaires en avançant les miennes." .
Il s'agissait là d'affaires
d'Etat, et il est probable que la mise en garde de Bartet à Mazarin était
justifiée. Mais la verve d' Isaac s'exerçait sur des sujets plus frivoles
avec des relents d'alcôve, ce qui lui valut une humiliation cinglante. |
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A la suite de l'affaire de la femme de chambre, le mariage auquel Isaac
avait été contraint "pour sauver l'honneur de la dame" fut cassé et Isaac
envoyé par les Jésuites à Rome. Il fait confirmer l'annulation de son
mariage par le pape, rencontre le duc de Bouillon, fils du maréchal et
frère de Turenne, se met à son service, il fait également une autre
rencontre capitale: celle de Wasa qui deviendra peu de temps après roi de
Pologne, sous le nom de Casimir... lequel roi fera d'Isaac son résident à
la Cour de France! En quelques mois, le modeste avocat palois était
entré à la Cour de France ! son destin était scellé ! |
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.... anecdote
tirée des Historiettes de Tallemant de Réaux:
"Le prince Casimir, ce fou qui s'estoit fait jesuitte, et que nous avons
veü icy au bois de Vincennes, après qu'on l'eut pris, il y a 20 ans, comme
il alloit servir les Espagnols, fust enfin eslu roy et eut dispense du
Pape pour espouser sa belle-soeur, sous pretexte que le mariage n'avoit
point esté consommé par le feu roy, qui avoit esté, disoit-on, tousjours
malade. |
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Pour comprendre le rôle que Bartet joua pendant cette période
semi-insurrectionnelle, où le pouvoir monarchique faillit basculer, il
est nécessaire d'en rappeler le contexte. Richelieu avait poussé l'absolutisme royal à un tel degré que sa mort en 1643, et celle de Louis XIII la même année, furent ressenties comme un soulagement. Louis, le quatorzième, qui devait succéder à son père n'avait que 5 ans. Sa mère, Anne d'Autriche, fille de Philippe III d'Espagne, fut déclarée régente et confia à Mazarin, que Richelieu avait habilement préparé à cette tâche, la direction du Conseil de Régence. Les premières années, le cardinal bénéficia de cet "état de grâce" que l'on accorde généralement aux politiques. Mazarin n'était-il pas tout l'opposé de Richelieu ? Le cardinal défunt avait un gant de fer, le nouveau avait un gant de velours: courtois, attentif aux sollicitations, modeste. Il fallut déchanter, la main qui se cachait dans le velours était une main de fer qui n'avait rien à envier à la précédente ! Les Mazarinades, ces pamphlets assassins, commencèrent à être placardés sur les murs de Paris, à courir au long des rues, la reine elle-même n'était pas épargnée, n'était-elle pas très attachée à Mazarin, trop attachée même ? (Bien que rien n'ait pu, par la suite, confirmer ces calomnies, n'ayant aucune confiance dans les princes de sang aveuglés par l'ambition, il lui fallait bien trouver un protecteur pour défendre sa propre vie et celle du dauphin!) Une situation économique désastreuse, un nouvel impôt, la Paulette, et les Parlementaires, menacés de plus en plus dans leurs prérogatives, pensèrent que le moment était venu d'agir: Paris se souleva. Dans la nuit du 26 août 1648, la Cour dut s'enfuir en toute hâte à St.Germain-en-Laye. Mazarin resta ferme et les Parlementaires, apeurés par l'agitation populaire qu'ils avaient eux-mêmes provoquée mirent fin à leur mouvement (1er avril 1649). Il ne semble pas que Bartet ait joué le moindre rôle dans cette première Fronde, dite "des Parlementaires". La seconde, celle "des Princes", qui contraignit Mazarin à s'exiler par deux fois, fut autrement plus dangereuse pour la Royauté.
On ne peut citer tous les protagonistes, plaçons les principaux sur
l'échiquier de cette période troublée: |
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Et Bartet ? dans ce conflit qui s'apparente plus à une partie de
poker-menteur que d'échecs. Il a, nous le savons, l'oreille du duc de
Bouillon puisqu'il était entré à son service et, quand la duchesse fut en
grand danger d'être arrêtée, il la cacha dans son grenier. On sait que,
dénoncée, la duchesse fut embastillée et Marie (Rioland) aussi (9 avril
1650)! Nous ne savons pas quelle fut la durée de cet emprisonnement mais
il dut être de courte durée car Isaac avait deux oreilles, l'une au
service du duc, l'autre au service du cardinal ! Ajoutons qu'il avait
aussi celle de la Palatine, puisqu'il était le résident du roi de Pologne
et que, par Mazarin interposé, il avait la totale confiance de la
reine-mère. Mazarin fera mine de renoncer au Conseil, en réalité il entretiendra la division entre les Princes, attendant patiemment que la situation se pourrisse. Pendant toute la durée du conflit, Isaac Bartet va aller et venir de Paris à Brühl, et lors de ses passages à la Cour, il entretiendra tous les protagonistes des bonnes intentions de Mazarin, ainsi pourra-t-il sans sourciller affirmer à Gondi que pour le récompenser de sa loyauté (!!) il lui ferait obtenir le chapeau cardinalice. Il l'obtiendra d'ailleurs, malgré Mazarin, mais après être allé auparavant(1652) tâter des geôles humides de la Bastille et après avoir renoncé à l'archevêché de Paris! C'est aussi probablement grâce en partie à Bartet que le duc de Bouillon et son frère abandonnèrent les Frondeurs et s'opposèrent à Condé que Turenne battit à Bléneau sur la Loire en avril 1652 et au faubourg St.Antoine en juillet de la même année, donnant ainsi le coup de grâce à la rébellion. Jean-François-Paul de Gondi, devenu cardinal de Retz, écrivit ses Mémoires, et c'est par eux que l'on sait en grande partie le rôle joué par Bartet. En voici quelques extraits : " Il faut que Bartet parte, le temps presse" (mai 1651) " Nous concertâmes, cette nuit là et la suivante, tout ce qu'il y avait à régler touchant le voyage de Bartet. La Palatine écrivit par lui une grande dépêche en chiffre au Cardinal qui est une des plus belles pièces qui se soit peut-être jamais faite." "...tantôt l'on déclamait dans les chambres assemblées contre les Bartets (...) qui allaient et venaient incessamment à Brusle" " Elle (la Reine) fut un peu rabattue par le retour de Bartet, qui apporta une grande dépêche du Cardinal..." " L'on ne s'en peut imaginer d'autre [utilité] que celle d'ôter à la Reine des gens que l'on croit affectionnés au Cardinal. Est-ce un avantage, quand l'on pense que les Fouquets, les Bartets et les Brachets passeront également la moitié des nuits avec elle?" " Vous me disiez, il y a quelque temps, que les hommes ne croient jamais les autres capables de ce qu'ils ne le sont pas eux-mêmes; que cela est vrai!" Je [Gondi] n'entendis pas, en ce temps-là, ce que cette parole signifiait. Bartet me l'expliqua depuis, parce que la Reine lui avait fait le même discours." " Bartet vint à Paris pour gagner M. de Bouillon, M. de Turenne et moi [Gondi] (...) par la rencontre de Mme la Palatine, qui était elle-même notre amie commune, et à laquelle Bartet avait ordre de s'adresser directement. Elle nous assembla chez elle, entre minuit et une heure, et elle nous présenta Bartet, qui, après un torrent d'expressions gasconnes, nous dit que la reine, qui était résolue de rappeler M. le cardinal Mazarin, n'avait pas voulu exécuter sa résolution sans prendre nos avis, et caetera" (sic).(suit la relation de cette rencontre) " Bartet (...) avait aussi eu ordre de la reine de voir Mme de Chevreuse, et d'essayer de lui persuader de s'attacher encore plus intimement à elle(...).etc.
La Fronde vaincue, Mazarin rentra à Paris en février 1653 , sous les
applaudissements de la foule. |
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Bartet est alors tout puissant. Il déménage et va habiter avec Marie rue
Neuve des Bons Enfants. C'est malheureusement l'époque où il perd ses
parents. Le 6 mai 1653 ,Marguerite sa mère, veuve de sr. François de Bartet
bourgeois de Pau et fondée de pouvoir de son fils Isaac, vend à noble
Gratian de Turon la maison familiale qu'ils possédaient Grande-Rue à Pau.
Marguerite dut s'éteindre à son tour peu de temps après car on voit
Isaac vendre le 29 avril 1654 deux maisons en un seul tenant qu'il déclare
tenir en héritage de ses père et mère. Ces maisons, qu'il revend 13 000
livres tournois devaient être situées à Pau, car il les vend par
procuration à Jean de Lostau, conseiller du roi, abbé de Gélos. Dans ces
deux actes,
Isaac est qualifié, dans le premier, de secrétaire ordinaire de Sa
Majesté, et dans le second, de conseiller ordinaire d'Etat, secrétaire du
cabinet du Roi; dans les deux actes, il est résident pour le roi de
Pologne en France. Mais l'heure de gloire est bientôt arrivée. On sait que la guerre franco-espagnole durait depuis 1636; exsangue et vaincue à la bataille des Dunes en 1658, l'Espagne fut contrainte de signer le "traité des Pyrénées" (1659) à des conditions très désavantageuses. Parmi les conditions et pour sceller une paix durable, l'infante Marie-Thérèse devait épouser Louis XIV. Et le perfide Mazarin fixait la dot à 500 000 écus d'or, contre laquelle Marie-Thérèse renonçait pour elle et pour ses descendants à toute prétention sur la succession d'Espagne. Evidemment la dot ne put jamais être honorée et la succession devenait libre, mais pour l'heure il fallait procéder au mariage de Louis et de Marie-Thérèse, âgés l'un et l'autre de 21 ans, mais bel et bien .... cousins germains. FRANCE ESPAGNE Henri IV x Marie de Médicis Philippe III x Marguerite d'Autriche |______| |_______| Louis XIII ------------- x ------------------Anne | Elizabeth----------------------x -------Philippe IV | | Louis XIV- x -1660-Marie-Thérèse Louis XIII était le père de Louis XIV et l'oncle de Marie-Thérèse Elizabeth était la mère de Marie-Thérèse et la tante de Louis XIV Le traité signé, il fallait obtenir du pape une dispense de consanguinité. Isaac Bartet fut envoyé à Rome puis à Madrid. Il réussira pleinement dans sa mission. |
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" Turin, le 30 janvier 1660 Le sieur Bartet, Secrétaire du Cabinet du Roy, qui estoit ici arrivé le 17, en est parti pour Milan, et continue sa route vers Rome:où il va demander à Sa Sainteté, la dispense pour le mariage de Sa Majesté Très-Chrestienne, avec l'Infante d'Espagne."
"
Milan, le 30 janvier 1660
Le sieur Bartet estant ici arrivé de France, le premier du courant, avec
les lettres de Sa Majesté Très-Chrestienne à Sa Sainteté, pour la dispense
de son mariage, le 3, elles lui furent présentées par le Cardinal Antoine,
qui estoit accompagné de plus de 150 carrosses, remplis de prélats et de
noblesse : et l'ambassadeur d'Espagne, qui s'y rendit pareillement, avec
un cortège des plus magnifiques, présente celles [de] Sa Majesté
Catholique, pour le mesme sujet. " D'Aix ledit jour 2 mars 1660
Le 26 du passé, le sieur Bartet, Secrétaire du cabinet du Roy, qui estoit
parti de Rome le 19, arriva en cette Cour, ou il receut de leurs Majestez,
un applaudissement digne de sa diligence et du bon succez de son voyage :
ayant apporté la dispense qu'il estoit allé demander au pape. " Madrid le 2 avril 1660 Le 24 du passé; le sieur Bartet, secrétaire du Cabinet de Sa Majesté Très-Chrestienne, arriva en cette ville : et le 27, eut sa première audiance, que la solennité des trois jours précédans, avoit retardée. Il y exposa sa créance à Sa Majesté Catholique, et lui présenta, avec les lettres du Roy son maistre, la dispense de Sa sainteté, pour son mariage avec l'Infante : De quoy Sadite Majesté Catholique en tesmoigna une telle joye, qu'Elle n'en avoit point encor fait voir de pareille, en aucune occasion. Il fut, ensuite, conduit en l'appartement de la Reyne, où estoyent l'Infante, la Princesse sa soeur, et le Prince d'Espagne : et leur ayant dit le sujet de sa commission, il en receut, pareillement, toutes les marques d'une extrême allégresse. Le 31, il eut son audience de congé, du Roy; et après en avoir receu ses despesches, avec de nouvelles démonstrations de joye, il fut à celle de la Reyne, des deux Infantes, et du Petit Prince. Hier, il vuid aussi, dom Louis d'Oro, qui le régala, au nom de Sa Majesté, d'une enseigne de diamans, de quatre mille escus, si bien travaillée et de pierres si parfaites, qu'il ne se peut rien voir de plus galant : Et, ce matin, il est parti avec toute la satisfaction imaginable, qu'il n'a pas laissée moindre en cette Cour : où l'on ne pense plus qu'à l'heureux voyage sur la frontière, qui doit donner à la Paix, des fondemens inébranlables ; le Roy Catholique se disposait à partir le 15 du courant. " " Carcassonne le 17 avril 1660 Le 15 Elles [leurs Majestés] arrivèrent à Narbonne et hier en cette ville : d'où l'on se prépare à continuer le voyage de S.Jean de Leuz : le sieur Bartet, qui est de retour d'Espagne, ayant asseuré, que le Roy Catholique devoit partir, sans remise, le 15, avec l'Infante, pour arriver le 8 du mois prochain à Fontarabie " Ces extraits en disent long sur le triomphe de Bartet: Rome - Madrid - St-Jean-de-Luz. Certes il n'assista pas au mariage, qui eut lieu par procuration à Fontarabie : aucun Français ne fut invité à la cérémonie, car aucun personnage de la Cour d'Espagne n'avait daigné visiter la Cour de France, les cicatrices de la guerre n'étaient pas refermées. Bertrand raconte, dans son histoire de Louis XIV, combien Anne d'Autriche (reine de France) était toute joyeuse de retrouver son frère Philippe IV (roi d'Espagne) après une si longue séparation et comment celui-ci répondit à cet élan de tendresse, la mine hautaine, froidement, en ayant l'air de ne voir personne. Mais de ce drame familial, Bartet ne dut avoir cure, il triomphait dans son propre Béarn natal, sa faconde a dû réjouir plus d'un Bearnais et indisposer plus d'un noble de la Cour, écarté des festivités, humilié par l'arrogance et le mépris des Espagnols. Mais de ces froissements, le diamant de 4000 écus dans son coffret, Bartet ne dut avoir cure. Plus éclatante avait été la gloire, plus brutale sera la chute. |
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