Isaac Bartet
II
Mézières-en-Brenne

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Jusqu'alors, 1660, Bartet aura servi ses protecteurs, Mazarin et la
reine, avec un zèle infatigable, "en tout temps, sans réserve, envers et
contre tous". Malheureusement, Mazarin meurt le 9 mars 1661, et la reine, qui s'efface désormais devant ce fils, Louis Dieudonné, devenu le XIVème du nom, régnant en maître et sans premier ministre, s'éteint à son tour, le 28 janvier 1666. Bartet est désormais seul, sans protection. Plus dramatique, Colbert est devenu le favori du roi, il a réussi, après un procès contestable (juridiction d'exception créée ad hominem, fausses pièces) à faire emprisonner à vie Fouquet, n'ayant pu obtenir sa tête; on sait combien Bartet s'était opposé avec acharnement à Colbert, le dénonçant auprès de Mazarin... Colbert se souvient... la disgrâce n'est pas loin! Le 25 novembre 1669, Isaac Bartet achète à la Grande Mademoiselle, 180 000 livres, le marquisat de Mézières-en-Brenne. La somme est importante, mais ne révèle aucune malversation de la part de Bartet. L'intérêt est dans les motivations. Nous avons déjà souligné dans un autre article l'attitude de ces bourgeois avides de consécration nobiliaire (cf. les Bohier, in la seigneurie de Poulaines). Bartet ne manquera aucune occasion de signer : "marquis de Mézières". (Titre de noblesse bien fragile puisque, les quartiers manquant, il ne sera pas reconnu par d'Hozier !) C'est possible, probable même; mais n'est-ce pas non plus l'aveu d'une solution de repli ? Dès
1669, était-il définitivement installé à Mézières ou bien partageait-il
son temps avec la capitale où il conservait sa charge de secrétaire du
cabinet du roi ? Nous ne le savons pas. La correspondance de
Colbert - que nous n'avons pas eu loisir de consulter - nous apporterait
peut-être une réponse.
"Monsr. Barthet estant mal satisfait de vostre conduitte je vous fais
cette lettre pour vous dire qu'aussy tost que vous l'aurez receue je veux
que vous partiez de ma bonne ville de Paris pour vous rendre incessamment
au Blanc en Berry
(nota: la ville la plus proche de
Mézières) d'où je
vous deffends de sortir jusques à nouvel ordre.
" Il est ordonné à (....) de se saisir et arrester le sr.Bartet en quelque
lieu qu'il se trouve des provinces de Berry et de Touraine et le conduire
en bonne et seure garde dans le chaû de Saumur pour y estre detenu
jusqu'a nouvel ordre de sa Maj. "Monsr. le comte de Comminges, ayant résolu de faire arrester le sr. Bartet et le faire conduire et garder dans mon chaû de Saumur, je vous fais cette lettre pour vous dire, que vous ayez a l'y recevoir et le garder seurement jusques a nouvel ordre : Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait Monsr. le comte de Comminges en sa ste garde."
" A Mons. le comte de Comminges Gouverneur des pays, ville et chasteau de
Saumur, ou en son absence a celuy qui y commande.
Quelles sont les véritables raisons de cette disgrâce ? Suivant une lettre
de Louis XIV au comte de Guiche du 4 mars 1670,
Isaac Bartet aurait contribué à la rebellion du bureau des recettes de
Béarn. Bartet avait-il réellement participé ? Cette hypothèse est peu
probable. Bartet a bien
séjourné en Béarn mais il y était à la recherche d'un "parti noble" pour
sa fille Marie-Anne. |

château de Mézières-en-Brenne
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A.- rivière (la Claise)-B.- bief
alimentant le moulin- D.- Hôtel-Dieu
E.- écuries du moulin- F.- four banal
G.- gué pavé permettant l'entrée et la sortie vers la Brenne
H.- la halle- M.- moulin banal- P.- passerelles- S.-maison du
Sénéchal
1.-pont-levis- 2.-donjon- 3.-le Grand
Logis- 4.-cour 5.- tour Léonard- 6.- puits
7.- colombier- 8.-écuries, dépendances- 9.-jardins- 10.-terrasse-
11.-fossés
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| Un
an après avoir acheté le fief de Mézières, Isaac Bartet le complète, le
28 décembre 1670, par celui de Geoffrion, sur la paroisse de Saulnay,
acquis de Mr de Barville, chevalier, seigneur de Notz-Marafin. Grâce à
l’aveu que fera en 1704 le nouveau propriétaire Louis de Rochechouart, duc
de Mortemart, nous pouvons mesurer l’importance du marquisat. Le château
comprenait : |
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Tel qu'il se présente, le château avait conservé son aspect de forteresse
médiévale et nécessitait un entretien onéreux, d'autant que le nouveau
marquis De Bartet devait probablement entretenir une domesticité nombreuse
: femmes de chambre, valets, palefreniers, jardiniers (la gravure laisse
deviner un jardin bien organisé "à la française"),etc. Mais les biens du marquisat étaient considérables. Il ne faut pas imaginer la seigneurie comme formant un ensemble homogène dont on pourrait tracer les limites, à la façon d'une commune d'aujourd'hui. La seigneurie de Mézières ne se confondait pas avec la ville de Mézières, encore moins avec sa paroisse (Subtray). Les biens de la seigneurie étaient imbriqués dans d'autres seigneuries tant laïques qu'ecclésiatiques et même dans des biens, plus modestes certes, appartenant en propre à des "bourgeois" qui dès le XVème siècle avaient commencé à acheter des "terres". La seigneurie possédait deux autres châteaux, celui de Notz-Marafin et, celui plus modeste de la Proslière à Ste Gemme et plus d'une dizaine de métairies, borderies, maisons. Sa richesse venait, en dehors de ses métairies, de ses 25 étangs, de près de 1000 de nos hectares en bois de haute futaie, taillis, brandes auxquels il faut ajouter 340 hectares environ de terres, de prés, pacages,etc. sans compter ... 10 hectares de vigne ! De même, 5 moulins apparaissent dans le dénombrement mais 25 meuniers doivent le droit de "pal et quintaine" : "Mézières, moulin Neuf, Couzon, Brochaut, Maugrat, la Relette, Roua, la Roche, la Salle, Pilmy, Taillebray, Vieil, de Verneuil, la Motte, la Cravette anciennement Ragueneau, Narsay, Martizay, Durtal, Brée, Roux, la Mazère, la Moulière et Launay". (Ce droit donnait lieu à une curieuse coutume, cf. dans nos dossiers, la Brenne). Il faut ajouter les nombreux droits: - de haute, moyenne et basse justice pour la justice ordinaire (audiences les lundi et jeudi de chaque semaine) et pour "les affaires concernant les eaux, bois et forests, (audiences le lundi seulement). Les assises se tenaient 4 fois par an: les 1er jeudis de mars, juin, septembre, décembre " où tous les huissiers et prévots dudit marquisat doivent comparaître pour dire les avis qu'ils ont à donner concernant les droits dudit Marquisat, ainsi que les notaires pour donner des extraits des contrats d'acquêts qu'ils ont passés jusqu'audit jour pour choses mouvantes, relevantes dudit marquisat." Les dits officiers de Mézières devaient de la même façon tenir leurs assises 4 fois par an " dans les chstellenies de Verneuil, Ponay et Martizay. Pour exercer cette justice, il appartenait au Marquis de Bartet "le droit de création de sénéchal qui connaît de toutes les affaires tant civiles que criminelles, police des eaux, chasses, bois et forêts dans toute l'étendue dudit marquizat, et par appel des justices qui en relèvent, lieutenant procureur fiscal, substitut, procureurs, postulants, huissier général, 11 autres huissiers, 12 notaires, 1 prévôt, chacun des 8 prévots dont ledit marquizat est composé, fortiers et gardes chasses." - le droit de justice patibulaire à 4 piliers avec liens pour y attacher les criminels après l'exécution.
- des marchés et des 6 foires qui se tiennent en ladite ville de Mézières,
sçavoir : - droits de halles, passages languières de porcs, petites mesures qui se lèvent esdites foires et marchez. - les droits de fours banaux en la ville de Mézières et aux bourgs de Subtray, Ponay, Martizay, Arfeuilles et Ste Gemme. - le droit de péage et de coustumes sur les bestiaux, denrées et marchandises passant et repassant dans toute l'étendue dudit marquisat. - le droit de guet et de garde dans l'étendue des paroisses et dépendances dudit marquizat qui consiste en 3 sols 4 deniers par feu, à la réserve toutefois de sa ville et faubourgs dudit Mézières qui en sont exempts. - le droit de bannie, autrement de bauvin en sa ville de Mézières qui dure 40 jours à commencer le 1er mai, pendant lequel temps il peut faire vendre en détail à hui coupé et pot renversé le vin de son cru seulement sans que les cabaretiers de ladite ville et faubourgs en puissent vendre ni distribuer d'autre que de celui dudit seigneur aussi pendant ledit temps.
- le droit de pal et quintaine dû par les meuniers des moulins de
Mézières, Moulin Neuf,etc.(cf.ci-dessus) (Sur ce curieux droit de pal
et quintaine, voir nos dossiers :
coutumes
de Brenne) |

virail de l'église de Mézières-en-Brenne
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