Mémoires-journaux de Pierre de l'Estoile
Justice
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Le lundi 11è de ce mois (octobre) fut pendu, au bout du Pont Neuf à Paris,
un de ces tiremanteaux sur la brune, pauvre garçon qui n'avait que le cul
et les dents. Je ne dis pas que ce ne soit pas bien fait de purger la
ville de tels matois, brigandeaux et tirelaines, de peur d'y ouvrir la
porte au meurtre et au brigandage; mais, de laisser aller impunis les gros
larrons, épargner les assassins, comme on fait tous les jours, et ne point
punir les séditieux qui doivent avoir pour partage le corbeau et la
fourche, je dis que c'est faire la justice en guise d'araignée: tuer
beaucoup de mouches, mais non pas les gros bourdons; car, quand nos juges
font justice aujourd'hui, ils ne la font guère que d'hommes bas et vils. "J'ai vu pendre beaucoup de bélistres et maraux (dit le sieur Fioravanti, Bolonnais) mais je n'ai jamais vu au gibet ni à la potence un homme duquel l'habillement valût plus d'un écu. Et cela vient, dit-il, que les juges sont bien certains que tels pauvres misérables n'ont ni parents ni amis pour se venger du juge."
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| Sans commentaires, sinon rappeler La Fontaine :"Selon que vous soyez puissant ou misérable..." |
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Délit d'opinion et tribunal d'exception |
| Le mardi 6ème du mois, fut pendu à Paris, et puis mis en quatre quartiers, un capitaine nommé la Vergerie, condamné à mort par Birague, chancelier, et quelques maîtres des requêtes nommés par la Reine mère, qui lui firent son procès bien court (....)(il avait dit qu'il fallait se ranger du côté des "écoliers" et couper la gorge à tous ces bougres d'Italiens qui étaient cause de la ruine de la France) sans avoir autre chose fait ni attenté contre eux. |
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Autre délit d'opinion |
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En ce mois de juillet (1574), un misérable athéiste et fol
(comme l'un n'est jamais sans l'autre), nommé Geoffroy Vallée, fut pendu
et étranglé à Paris, et son corps mis en cendres, pour avoir fait imprimer
audit Paris, et courir partout, un sien petit libelle, intitulé: La
Béatitude des Chrétiens ou le fléau de la foi, par Geoffroi Vallée,
natif d'Orléans, fils de feu Geoffroi Vallée et de Girarde le Berruier(...)
Sans nom de lieu ni d'imprimeur. Par arrêt de la Cour, les copies de ce beau livre d'une feuille, duquel l'intitulation seule suffit pour prouver la sagesse de son auteur, et leur maître exécuté à mort, contre l'avis de plusieurs de la Compagnie (= les Jésuites) qui étaient d'opinion de le confiner en un monastère, comme un vrai fol et insensé qu'il était (...) |
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Id. |
| Le mardi 6 dudit mois (juillet 1575), fut pendu à Paris et puis mis en quatre quartiers un capitaine nommé La Vergerie, condamné à mort par Birague, chancelier et quelques maîtres des requêtes nommés par la Reine-mère, qui lui firent son procès bien court dedans l'H^tel de ladite ville de Paris. Toute sa charge était que, s'étant trouvé en quelque compagnie, où on parlait de la querelle des écoliers et des Italiens, il avait dit qu'il fallait se ranger du côté des écoliers, et saccager et couper la gorge à tous ces bougres d'Italiens (...) cause de la ruine de la France: sans avoir autre chose fait ni attenté contre iceux. |