le château de Poulaines
origines -
XVIème s.

les ORIGINES

    La voie romaine qui reliait Chabris à Chambon séparait l'actuelle commune en deux parties: au nord-ouest, comme nous l'avons écrit, la villa du Pré-de-la-Coudre, et, au nord-est, les terres de Paulinus et celles d'Albinius, en d'autres termes : Paulin et Albin, des noms fort répandus à l'époque gallo-romaine, ceux de "sénateurs" gaulois ayant latinisé leur nom. Appartenaient-ils à la même famille, la même génération, ou bien se sont-ils succédé dans le temps ? Nous ne le saurons jamais et peu importe, ce sont les premiers seigneurs de Poulaines et Paulin  donnera son nom à la commune, ci-devant paroisse (Polinus + terras > Pollinas > Poulines > Poulaines). Nous n'avons trouvé aucun vestige de villa, comme au Pré-de-la-Coudre ou à Chambon; il est possible que cette villa ait existé, à l'endroit même du château actuel et que les travaux successifs sur un même site aient fait disparaître toute trace.



MOYEN AGE

   C'est probablement au début des années 900, qu'un "dominus", grand propriétaire terrien, fit construire une maison forte à Graçay et  fonda une importante châtellenie. Au Xème siècle, les luttes féodales font rage; pour échapper à la vassalité des Comtes de Blois, Renaud II, "prince" de Graçay dut faire appel aux comtes d'Anjou et c'est l'un d'entre eux, Foulques Nerra, qui, pour se faire pardonner ses crimes,  fonda la collégiale Notre-Dame de Graçay, fondation qu'il fera confirmer par le roi Robert le Pieux (996-1031).  (A cette époque, les seigneurs de Poulaines sont tous tombés dans la vassalité de ces barons de Graçay et c'est probablement à cette suzeraineté des Plantagenêts, même si elle fut brève, que Poulaines doit de n'être jamais tombé dans le détroit des comtes de Blois). Mais au XIIème siècle, au traité d'Azay-le-Rideau,(1189), les barons de Graçay,  tombaient à leur tour dans la vassalité du roi de France: Philippe-Auguste.  Et le déclin allait se poursuivre ! Compromis dans une sombre affaire d'assassinat, Renaud V de Graçay dut chercher refuge auprès du duc de Bretagne. Il fut contraint, pour obtenir son retour en grâce,de vendre en 1371 sa baronnie au duc de Berry, frère du roi Charles V , pour la somme de 7500 francs d'or et 300 francs d'or de rente et de pension viagère.  20 ans après, le duc de Berry faisait don de cette baronnie aux chanoines de la Ste-Chapelle de Bourges. A la fin du XIVème siècle, la baronnie de Graçay comptait 29 fiefs tenus par des écuyers et des damoiseaux, dont le fief de Poulaines, qui, le fait mérite d'être souligné, était toujours tenu par les descendants des illustres de Graçay.



XVème siècle

    A l'aube du XVème siècle, les grands féodaux étaient pour la plupart ruinés : les Croisades avaient déjà fait des coupes sombres dans leurs rangs, les querelles intestines et fratricides, qui s'éternisèrent pendant plus d'un siècle, finirent de les décimer. Absents de leur fief, ils furent incapables de faire face aux crises économiques successives, favorisant ainsi l'émergence d'un pouvoir royal fort s'appuyant sur une bourgeoisie conquérante. Les fiefs eux-mêmes se trouvaient de plus en plus émiettés par la pratique des partages entre enfants, même si le droit d'aînesse en limitait les effets. Ainsi Pierre III, qui avait épousé successivement, Adeline de Laverdin puis Marguerite de Saint-Palais partagea-t-il ses biens, en 1329, entre ses enfants du premier et du second lit. Inversement, les mariages pouvaient redorer bien des blasons:  Pierre V de Graçay, veuf de Jacquette de la Châtre, épousa en 1398, Perronnelle de Grosbost qui lui apportait en Berry le très important fief de Diors (près de Châteauroux) et en Bourbonnais, celui de Hérisson ! Voilà bien de quoi compenser les pertes subies en 1371 ! La succession de Pierre V est d'autant plus importante qu'elle concerne en partie le fief de Poulaines, mais elle est d'autant plus complexe que les enfants de Pierre s'appellent tous ... Jean!

 

   Pierre V de Graçay   t (1430)
                                   ____________________________________
                                   x                                                                             xx
                  Jacquette de la Chastre                              Perronnelle de Grosbost
           ___________|____________                                                    |
JEAN (1er) de Graçay                    JEAN                              JEAN(2) de Graçay
 x Perronnelle de Ginsay       curé de Massay                  x Marguerite de Seuly
xx Alix Troussebois                                                                       Jean 
 t 1424
        Jean 
 t 1422                                                                 _________|________
                |                                                                         Perronnelle                  Jean 
 PIERRE VI de Graçay 
 chev. sgr de Sauveterre

 

 Pierre V décède en 1430. Quelques dates permettront de situer l'évènement:
                     Charles VII, roi de France (1422-1461)
                     1429 - Jeanne d'Arc rencontre le roi à Chinon
                     1430 - Jeanne est faite prisonnière à Compiègne
                     1431 - Jeanne est brûlée vive à Rouen

     A la mort de Pierre V, ses deux fils sont décédés. Jean (2) "alla de vie à trépassement " avec 7000 autres Français, à la bataille de Verneuil-sur-Avre le 17 août 1424, laissant deux enfants en bas âge, Perronnelle et Jean, sous la garde de leur mère au château de Diors. Mais, en se remariant avec Philippe de Moret, Marguerite de Sully perdait de facto la tutelle et "le gouvernement de ses enfants". Lequel gouvernement échouait à Pierre, sgr.de Sauveterre, le cousin des enfants.

       Le grand-père décédé, le partage pouvait se faire. Il eut lieu à Issoudun, le jeudi 23 août 1433. Pierre, arguant qu'il ne pouvait pas défendre - à la fois -  les intérêts de ses enfants et ceux de ses cousins, demanda d'être relevé de sa tutelle qui fut confiée à l'oncle, le Révérend père en Dieu, frère Jehan de Graçay, curé de Maçay, lequel ne se déplaça même pas et se contenta d'envoyer un procureur : Jehannin Doridier. Ce dessaisissement n'était pas innocent et on peut douter d'un partage équitable quand on sait que  Pierre hérita au principal des deux fleurons de la succession : Diors et Hérisson, laissant aux jeunes, Perronnelle et Jean, les miettes, dont le fief de Poulaines.
                              voir :   
le fief de la seigneurie de Poulaines

 

     Sitôt chasée, sitôt mariée, il est probable que Perronnelle alla vivre à Sauveterre où elle épousa Antoine du Boys, alors que le cousin Pierre s'installa confortablement au château de Diors, où le fameux parchemin du partage fut retrouvé. Quant à Jean, il est possible que Poulaines lui échut, mais après 1433, nous n'entendons plus parler de lui. Jean dut mourir très jeune et le fief retomba dans l'apanage de Perronnelle. Antoine du Boys, seigneur de Sauveterre, Perronnelle et leurs descendants durent avoir une vie bien calme, car l'histoire n'a pas retenu leurs noms, sinon leur existence:  le 26 septembre 1450, Guillaume du Boys,  "fait foi et hommage", pour son fief de Poulaines, à ses suzerains, les "vénérables chanoines de la Sainte-Chapelle de Bourges". Le 7 avril 1498, c'est au tour de son héritier, Jehan du Boys, qui rend hommage à la fois pour Poulaines et pour Sauveterre. Au XVème siècle, 1433 - 1450 - 1498 marquent les trois étapes de la propriété  du château de Poulaines: naguère de Graçay, il est désormais du Boys.

     Peu après 1498, un nouveau partage dut avoir lieu, car Jean du Boys rendant hommage au seigneur de St.Aignan est qualifié de sgr de Sauveterre, Launay, les Hayes et de Chabris en partie. Poulaines a disparu, probablement passé à une branche cadette que nous retrouvons quand l'héritière du moment,, Catherine du Boys, épouse François Herpin. Nous sommes  en 1505
.



XVIème siècle

      Qui étaient donc ces Herpin ? Etaient-ils les descendants de ce fameux Eudes Arpin qui, en 1101, vendit au roi Philippe 1er, pour 60 000 écus, sa bonne ville de Bourges et son vicomté,et qui, ainsi lesté, partit à la Croisade, connut les pires vicissitudes et revint se faire moine en l'abbaye de St.Benoît ? Possible, mais nous n'avons pas pu établir le lien. Il nous faut attendre 1380 pour trouver un Jehan de Vielbourg, dit Harpin, chevalier seigneur de la Harpinière et du Château, paroisse de Méreau dans l'actuel département du Cher. Cette année-là il rend hommage au duc de Berry, dont il est l'un des officiers. En 1451, Jehan Herpin III épousa Isabelle du Plessis. Devenu maître d'hôtel du duc de Guyenne, frère de Louis XI, il obtint, par lettres royales de 1488, de faire rétablir son château qui avait été "gasté" par les Anglais : les cicatrices de la guerre de Cent Ans furent longues à se refermer !
      Leur fils, Louis, maître d'hôtel de Charles VIII, épousa une cousine germaine Louise du Plessis-Richelieu, une illustre famille qui donna plus tard le célèbre cardinal, ministre de Louis XIII. Louis et Louise eurent entre autres, un Louis, aîné, et un François, puiné,  et c'est ce François qui épousa en 1505 Catherine du Bois et, par son mariage, ajouta à ses fiefs de Mauray, La Treille et Puteau, celui de Poulaines dont, en octobre de la même année, il rendait foi et hommage aux chanoines de Bourges, barons de Graçay.
      Le fief de Poulaines, une nouvelle fois, changeait de seigneur et maître.

                                             

      Il est peu probable que François Herpin eut une longue vie : en 1523, il est représenté aux Etats Généraux de Blois par le procureur Pesnin et, la même année, c'est son épouse qui fait aveu aux moines de Chezal-Benoît du prieuré d'Espaillat et de ses dépendances. Huit ans plus tard, c'est encore elle qui fait aveu devant le seigneur de St.-Aignan pour la part des biens qu'elle possédait à Chabris.
       Leur fils, René Herpin, épousa Marie du Moustier dont le père, capitaine d'Issoudun et gouverneur de Château-Landon, avait été maître d'hôtel ordinaire de la reine. De ce mariage naquirent au moins 4 enfants :

          Catherine du Bois          Jean du Moustier
                   x 1505                                    x   (?)
           François Herpin        Catherine de Soupplainville 
                   |                                               |
            René Herpin       x       Marie du Moustier      xx     Antoine Bohier
              t avant 1562                                               t avant [1584]
     ____________________|_________________                   sans postérité
  Louis                 Anne               Léonore                X
   x ?                 x 1562                    x ?                     x ?
 Diane du  Jean Courauld  Arthus Grangier   N.Baffard
 Griffon

      
Toutefois, avant de nous intéresser aux héritiers de René Herpin, il convient      d'évoquer Antoine Bohier qui joua un rôle important sur le destin de Poulaines.           



Antoine BOHIER

  

        Veuve de René Herpin, Marie épouse en secondes noces Antoine Bohier, lui même veuf de Anne Hannequin, qu'il avait épousée en 1549. Ce remariage est étonnant quand on met en parallèle la modestie du fief de Poulaines et l'appartenance d'Antoine à l'une des plus grandes familles de la féodalité financière.  Antoine maire de Tours en 1545, receveur des finances à Bourges, était le fils d'Henri Bohier, notaire et secrétaire du roi en 1490, lui-même maire de Tours en 1506, puis général des finances, comme son frère Thomas, à qui l'on doit ....  le château de Chenonceaux !

       Bien que nous n'ayons pas de preuves généalogiques formelles, il paraît évident qu'un lien familial existait entre Marie et Antoine. Marie était la bru de Catherine Du Bois, descendante de ce Jean Du Bois qui avait épousé Perronnelle de Graçay. De son côté, Antoine était le neveu de Jeanne Bohier qui avait épousé un autre Jean Du Bois,le 6 octobre 1493, en la basilique St.-Martin de Tours, en présence du roi, de la reine et de des "grands" du royaume: les ducs d'Orléans et de Bourbon. Or, la puissance de Jean Du Bois ne tenait pas à son modeste fief, situé à Rouziers-de-Touraine - il ne sera "adoubé" qu'en 1495, à Fornoue.

       Comme les Bohier, Jean du Bois, d'origine bourgeoise, appartient à la grande finance qui gère les comptes royaux: cette même année 1495, il est contrôleur des finances en Languedoïl, dont le siège était à Bourges. Il n'est pas étonnant que Marie du Moustier et Antoine Bohier aient eu l'occasion de se rencontrer. Toutefois, le plus important est le fait qu'ils appartiennent au même groupe social, soucieux avant tout de conserver les privilèges acquis. Car cette réaction de défense est présente dans toutes les couches de la société : les nobles essaient par leurs alliances de consolider et d'augmenter leur patrimoine, comme les paysans, attentifs aux mariages de leurs enfants, essaient de conserver et d'augmenter leurs modestes tenures.

          Mais il est une autre raison qui peut expliquer l'union de Marie du Moustier et d'Antoine Bohier. La fortune considérable de ces bourgeois devenus en une ou deux générations les grands argentiers du roi, les place au-dessous de l'aristocratie princière certes, mais très au-dessus des nobles qui les jalousent. Les Bohier et les Du Bois sont cependant nobles, puisque depuis 1485, la fonction de secrétaire du roi confère la noblesse, ils demeurent des "messires", de "faux nobles" en quelque sorte. Ils ont tout l'or du monde mais ils n'ont pas la considération. Ils n'ont qu'un désir, acquérir un fief, être adoubés chevaliers, fuir la ville synonyme de bourgeoisie, aller vivre à la campagne, sur "leurs" terres, dans "leur" château et recevoir les hommages dus au "seigneur châtelain". Jean du Bois est adoubé à Fornoue, Thomas Bohier le sera en 1507 au siège de Gênes : on le vêt d'une armure, on le fait monter sur un cheval et voici le récipiendaire : écuyer ! Tous n'ont pas cette possibilité. D'où la nécessité de conquérir un fief noble. On comprend mieux le mariage de Perronnelle de Graçay et de Antoine du Bois. Une fille non mariée ne pouvait pas conserver son fief, puisque que c'est l'homme qui par son lien de vassalité offre son épée à son suzerain. Pour Antoine Du Bois, issu de la bourgeoisie berruyère, c'était acquérir la noblesse. Le mariage faisait la fortune de l'un et de l'autre. L'appel de la "terre" est si fort que Jean Du Bois,fortune faite, démissionnera de son échevinage en 1518 "pour ce qu'il se tenait et faisait sa continuelle demeure et résidence aux champs".

            Au XVème siècle, les vides humains laissés par la guerre de Cent ans et la grande misère donnaient encore aux riches bourgeois la possibilité d'acquérir des fiefs; au XVIème siècle. ce n'était plus possible. Antoine Bohier a probablement saisi l'opportunité du veuvage de Marie du Moustier " pour aller vivre aux champs" comme l'avait fait avant lui, son oncle Jean Du Bois.
                                              

         Antoine Bohier eut-il la "considération" qu'il attendait ? Nous l'espérons, mais force est de constater qu'il a disparu de toutes les biographies contemporaines et que ce sont nos recherches qui ont révélé son remariage avec Marie du Moustier. La dame de Poulaines perdit une nouvelle fois un mari mais conserva les écus. Elle en prêta même, à ce pauvre boucher Gigot, dont le fils se repentit fort car, ne pouvant rembourser les dits écus, la dame s'empara de ses terres. Elle en acquit d'autres, plus élégamment, et beaucoup d'autres, notamment à la Lyonnière de Chambon pour lesquelles on la voit payer, en 1592, les droits des lots et ventes. C'est aussi probablement à cette époque que le château fut remanié et revêtit l'aspect qu'on lui connaît aujourd'hui. Ces travaux furent l'oeuvre de son fils Louis Herpin. Il épousa Diane du Griffon qui lui apporta en dot la Barellerie (paroisse de Selles-St.Denis -41), et poursuivit la politique d'acquisitions de sa mère. En 1598, il achète le fief de Billy et, le 2 juillet "fait foi et hommage" au comte de St.Aignan. Avant 1605, il acquiert, près du château, la seigneurie de la Roche, les métairies de la Grande et de la Petite Roche ainsi que des droits sur le moulin. Un tel dynamisme et une telle prospérité inspirent confiance si bien que les chanoines de Bourges lui confièrent, en 1594, le fermage de leurs dîmes de Poulaines, ce qui est d'autant plus remarquable que Louis Herpin avait adopté le  protestantisme.

          Louis Herpin et Diane de Griffon n'ayant pas eu d'enfants, leurs biens furent partagés - selon leurs dernières volontés - entre leurs neveux respectifs qui se montrèrent tout aussi entreprenants que leur oncle et tante. Ce que nous évoquerons dans le prochain volet de notre étude: le château de Poulaines du XVIIème siècle à la Révolution.

avec le concours de notre correspondant Guy GUENAIS             

2ème partie : du XVIIème siècle à nos jours

                                                                                                              dessin de  M.Barberon  (A.M Poulaines)

                                                                
le Château de Poulaines à la fin du XIXème siècle

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