Poulaines
au XVIème siècle

Artisans et Paysans

les bourgeois

Poulaines n'étant pas une ville, il est difficile de parler -stricto sensu- de bourgeois, c'est pourtant ainsi que se qualifient certains "notables" habitant le bourg, comme le confirme l'acte 193 des registres de catholicité :

" Christophe Gigot, marchant et Louis Pelart aussi marchant, bourgeois demeurant aud.Poulaines"

Ces bourgeois se distinguent de la masse des paysans par leurs professions:
          1. - chirurgiens - notaires - greffiers - sergents - marchands - artisans - fermiers (c.à.d. régisseurs) - meuniers.
           2. - leur savoir : la plupart d'entre eux ont appris à lire et à écrire; ils signent les registres; les signatures, élégantes ou pâteuses indiquent les degrés d'instruction.
            3. - leur influence : ils sont souvent parrains, marraines, témoins.

La différence sociale entre cette bourgeoisie d'une part, le clergé et la noblesse d'autre part,  est faible. A la fin du XVIème siècle, le château de Poulaines était un foyer actif du Protestantisme. Nous ignorons  l'influence que la Réforme a eu sur cette petite bourgeoisie, mais il faut noter qu'il y avait à Poulaines un cimetière protestant, que les Herpin et les Courault, seigneurs de Poulaines, n'ont pas pu occuper à eux seuls. Nous en connaissons au moins un dont nous reparlerons: le notaire GILLOT.

                                                               les GIGOT

          La famille GIGOT exerça une large influence sur l'ensemble de la paroisse, surtout par le jeu de ses alliances (cf. généalogie ci-dessous). les racines ancestrales sont lointaines et attestées à Poulaines depuis le Moyen Age. Philippon décéda avant d'avoir remboursé les 330 écus empruntés à Marie du Moustier ce qui plaça son fils Louis dans une situation difficile. Il dut se résoudre à aliéner les terres de son père. Le compromis - qui nous est parvenu (cf. la seigneurie de Poulaines)- révèle que les Gigot possédaient, en 1582,  plus de 15 hectares de terres, la plus grande partie en biens propres, ce qui était à l'époque une superficie importante. Cette déconvenue ne sembla pas avoir outre mesure affaibli les Gigot.

          Louis, le fils aîné devint sergent. Ses deux gendres le seront à leur tour. Ces auxiliaires de justice jouissaient d'une grande considération. le plus présent était à l'époque Sylvain Leclerc. Sergent et commissaire huissier de la baronnie de Graçay, il demeurait au bourg. Il est dans les actes qualifié de "honneste homme", "honneste personne" "venerable homme". Il est demeuré célibataire au moins jusqu'en 1603, date à laquelle les actes présentent des lacunes. Très sollicité il apparaît auprès de toutes les familles, des plus modestes aux plus riches, et sur toute l'étendue de la paroisse, de la Moinerie à Aubigny.A deux reprises au moins il se substitue au prêtre pour rédiger les actes de baptême : deux actes sont de sa main. Outre les 10 actes où il signe comme témoin, il est à cette époque 19 fois parrain ! et donne son prénom à 9 nouveaux-nés. Les deux autres sergents, gendres de Louis Gigot, sont des "personnages" tout aussi importants de Poulaines. Etienne Chauvet est sergent royal et greffier du baillage de Chambon. Il est le neveu du curé d'Aize, et, s'il est moins sollicité que Sylvain Leclerc, c'est Marie, née Gigot,  qui remplit ce rôle. N'est-elle pas elle-même 19 fois marraine ! et probablement à l'origine d'une épidémie de ...Marie ? Et c'est à sa fille que le prieur léguera son héritage ! La présence d'Aimé Millet, l'époux de Françoise,  est beaucoup plus effacée, peut-être a-t-il émigré dans une autre paroisse ou bien est-il décédé jeune ?

          François, fils de François, d'où l'attribut le Jeune, est hôtelier. L'auberge,  connue à Poulaines comme étant "la grande maison", placée au coeur du village, face à l'église, est un lieu de rencontres privilégié, le centre des activités économiques. C'est chez François que décèdera le jeune curé Hayot
(cf.moines et prêtres). François resserrera les liens avec les Dufresne (chirurgien) en épousant sa cousine Antoinette.
          Christophe héritera de l'activité de son père, marchand-boucher, c'est-à-dire maquignon, il épousera la fille d'un laboureur, Françoise Maray; on peut penser que les activités des deux familles devaient se compléter.
           Les liens des autres enfants Gigot ne sont pas établis. Quoi qu'il en soit, les mariages apparaissent tout à fait conformes à cette petite bourgeoisie de village.
René et Michel épousent les filles de Jehan Potier, meunier d'Aubigny, également allié aux Bahuet, meuniers de Pinoton !
        Une autre Marie, soeur ou cousine, épousera Bien-Aimé Potin, fermier (régisseur) du prieuré de Chambon. Les Potin sont une autre grande famille de Poulaines; plusieurs d'entre eux accéderont à la noblesse !
          Quant à Christophe, peut-être l'un des fils du boucher, il accédera à la prêtrise, ce qui est une autre marque de l'ascension de cette famille. Peu à peu ces Polliniens s'éloigneront de la paroisse, mais leur aventure continue et nous saluons leur descendant direct, notre cousin et correspondant : Gérard Gigot,
(cf.cousinage).

1ère et 2ème générations

Philippon Gigot x Jehanne Baratin
boucher                               

          |             
Louis Gigot  x  Sébastienne Coillon
boucher                                  

au moins deux garçons

                         3ème et 4ème générations

                          LOUIS                FRANCOIS  [boucher]
                         sergent                  x Jeanne DUFRESNE soeur de
                                x  (?)                               René Dufresne ,
chirurgien
                                 |
  ___________________                  xx Antoinette MORISSET
 Marie            Françoise                               soeur de René Morisset,
       x                         x           
                                 notaire de Chambon
 Etienne               Aimé                    |
CHAUVET            MILLET             ___________________________
 sergent              sergent           FRANCOIS                      CHRISTOPHE
                                                          le Jeune                   marchand [boucher]
                                                        hostelier                     x Françoise Maray
                                             x Antoinette Dufresne
 
                                  4ème génération (suite)
nous ignorons de qui étaient les enfants qui suivent: de Louis ? de François? ou d'un autre frère?)

1.-Marie Gigot x Bienaimé POTIN fermier (= régisseur) du prieuré de Chambon
2 et 3.-René Gigot le Jeune et Michel Gigot le Jeune épousent les deux soeurs POTIER,
  Marguerite et Anne, filles du meunier d'Aubigny(le Jeune suppose l'aîné;il est probable que Louis et François avaient 2 frères : René et Michel)
4.-Etienne Gigot

                                       5ème génération
                 René Gigot      Christophe Gigot      Etienne Gigot       Marguerite Gigot
                                                    diacre

 les BOIN

Les Boin appartiennent également à l'une des plus vieilles familles de Poulaines, en 1482, l'un des fils, selon les dernières volontés de son père, "quitte" à l'abbaye de Barzelle 3 sous et 6 deniers de revenus sur une vigne située près de l'étang du Plessis (A.Indre.H.21). A la fin du siècle suivant, Pierre Boin est tailleur d'habits, Pierre le Jeune est clerc et Etienne, chirurgien. Ce dernier succède à René Dufresne que l'on ne retrouve qu'une seule fois dans les actes - ou bien ce Dufresne est décédé, ou bien il n'apparaît plus dans les registres car il a adopté la Religion Réformée, à la suite des seigneurs de Poulaines. Les marques de notabilité à l'égard d'Etienne Boin sont significatives:
                        en 1597, il est ................................chirurgien
                             1598,.....................messire Boin, chirurgien
          décembre 1598,.... honneste personne (...) maistre chirurgien de Poulaines
                              1599.............noble homme  (...) escuyer
                      mai 1599.......................messire(...) escuyer et maistre chirurgien du
                                                                                          Roy demeurant à Poulaines
un titre de noblesse peut-être attribué un peu rapidement, au mois d'août de la même année il est plus modestement qualifié:" Honorable homme messire Boin maistre chirurgien". Après cette date il disparaît des registres de catholicité: décès ? changement de paroisse ? huguenot comme Dufresne, qui devait être son beau-père ? Silvaine Boin, soeur, fille ou nièce d'Etienne est qualifiée d " honneste fille". Importance sociale des Boin, ils sont 36 fois parrains, 16 fois marraines, 15 fois témoins !

Pierre Sellier

apparaît comme étant le  successeur d'Etienne Boin, il est témoin dans les grandes familles bourgeoises de l'époque, mais c'est le baptême de son propre fils, le 17 mars 1601, qui va consacrer son rang: les parrains sont respectivement Noble Homme Jacques de Boisvilliers, qui donne son nom à l'enfant, et Etienne Pinon, les marraines sont demoiselle Marie de Boisvilliers et Marie Souchet (descendante des du Coudray et des de Barathon, mariée à Gilles Baillet, notaire et fermier du fief de la Roche).
             En 1602, Pierre Sellier a un adjoint
Christophe Champion, fils d'un maréchal de Buxeuil, qui a épousé Perrine Alexandre, fille d'un notaire. Les Champion feront souche à Poulaines et s'uniront à toutes les grandes familles.
 

François PINON

Avec François Pinon apparaissent les notaires. François est procurateur de la fabrice de Chambon. Ses deux fils, Saturnin et Etienne, sont également notaires, à Buxeuil et à Poulaines. Ce sont eux qui, en 1585, reçoivent le testament de Catherine du Coudray. Etienne meurt le 28 décembre 1610, il est qualifié de "notaire et procureur fiscal des seigneuries de Buxeuil, St.Christophe, Chambon, Aubigny, Espaillat" Ces fiefs devaient être ceux qui dépendaient de l'abbaye de Chezal-Benoist, Etienne ayant hérité de la charge de son père. Deux autres Pinon, absents des registres mais que nous connaissons par leurs filles, avaient été notaires. A eux seuls, les Pinon totalisent 29 parrainages, 8 marrainages et 25 témoignages.

René MORISSET

originaire de Chambon, il y sera notaire de 1590 à 1628. On sait de lui qu'un grand oncle était prêtre en 1533, que Jehan, son père était sergent, qu'il eut pour marraine Catherine du Coudray épouse de René de Barathon et que, à la mort de ce dernier, il fut l'une des 4 personnes qui eurent l'honneur de porter le cercueil en l'église de Poulaines. René Morisset a laissé des cahiers de "mémoires" qui étaient encore consultables à la fin du XIXème siècle, cahiers aujourd'hui, hélas, disparus.

Jacques DELORME

bien que bailli de Valençay," honorable escuyer licencie en loiz", Jacques Delorme devait habiter près de l'abbaye comme en témoigne cette lettre non datée, adressée à l'abbé commendataire, et qui se termine par ces mots :
                                               a Barzelles ce dimanche matin
                                                      Votre bien humble serviteur
                                                                              Delorme    (A.Indre H.9)
Les Delorme semblent être originaires de Chambon: en 1609, le terrier du prieuré évoque "les héritiers de Pierre Delorme". Jacques avait dû épouser Marie Pieplat, marraine de Marie Saget, le 29 février 1596; probablement le notaire fut-il veuf peu de temps après, car le nom de Marie Pieplat disparaît des registres. Lui-même ne dut pas survivre longtemps, Marguerite, sa plus jeune fille, devenue marraine est désignée comme étant "fille de feu Jacques Delorme". Les enfants Delorme sont 13 fois parrains sur des actes dont les familles sont  localisées à La Chapelle et sur les métairies de Barzelle.

                                             Jacques DELORME x Marie PIEPLAT
           ______________________________|__________________________
     Christophe      Marie    Antoinette    Jeanne     Barbe     Guillaume    Marguerite

Claude GILLOT

Chaque pôle économique avait  son notaire, il ne faut donc pas omettre le notaire de la baronnie de Graçay, Claude Gillot, probablement le plus important d'entre eux  mais son appartenance à la Religion Réformée nous prive de renseignements. Nous savons toutefois que c'est son neveu également huguenot,  Etienne Legrand, qui , en 1612, deviendra le " fermier " de la seigneurie de Poulaines.

LES  ARTISANS

 

       Du monde des artisans émergent les "maréchaux-taillandiers-charrons-bourreliers". Chaque hameau devait avoir sa maréchalerie, mais les actes -peu précis- ne nous permettent pas de les situer avec exactitude. le terrier de 1533 nous apprend que les Vaillant étaient charrons à Espaillat, (l'un  d'entre eux, Noël, fut religieux de Notre-Dame d'Ollins). Comme les laboureurs, comme les Gigot, bouchers de père en fils, les liens qui s'établissent entre leurs familles prouvent que l'on était alors en présence de véritables dynasties de maréchaux: Jehan Courant, est aubergiste de la "Grande Maison" en 1533, François Courant, l'un de ses descendants est maréchal, il est le beau-frère de " Louis Pelat, maréchal-bourrelier-marchand bourgeois"; ce Louis Pelat est lui-même gendre de Leonard Taureau, maréchal, quant au fils de ce dernier il est "taillandier" et allié à Silvain Bruère, maréchal !

           Les autres artisans apparaissent beaucoup plus discrètement dans les actes: Philippe Caillat est chapelier au bourg, des Perraguin sont tixiers, des Co(u)illon, cardeurs de chanvre (nous avons vu que Sébastienne avait épousé un Gigot), des Moreau sont charpentiers, peu d'éléments les séparent du monde paysan ce qui permet de les situer dans la hiérarchie sociale.

             Avant de clore ce chapitre il faut évoquer la situation de certaines femmes: Marie Souchet, d'une petite noblesse difficile à distinguer de la bourgeoisie; Françoise Anxoine est "fille de chambre", elle signe à 5 reprises en bas des actes de juillet 1596 à août 1598,puis elle disparaît... remplacée par Marguerite Potin, marraine de Marie de Barathon. Or, nous savons que cette marguerite, femme de chambre, épousera en 1606, un gentilhomme, Gabriel de Poix sieur de la Grange-Perrot à Buxeuil. Il est possible que Françoise Anxoine ait eu un itinéraire parallèle. Ces deux exemples (Marie et Françoise) sont significatifs d'une bourgeoisie et d'une noblesse aux frontières ténues.

  

les PAYSANS

          Ils constituent la grande masse de la population, mais rien, dans les registres de catholicité ne permet de distinguer nettement les laboureurs des journaliers. Seuls les actes notariés, émanant des seigneuries ecclésiastiques ou laïques permettent de distinguer les métayers les plus aisés, comme les Poitou à Beauvais, les Morin à Cungy, les Sauget à Vieille-Barzelle, les Maupou à La Chapelle de Combs. On pressent que certains laboureurs ont la possibilité d'assurer à leurs enfants une certaine instruction et celle de leur assurer une rente suffisante pour leur permettre d'accéder à la prêtrise : les Marseille (à Chambon), les Fourré, les Thévenin.

Les classes sociales à la fin du XVIème siècle sont toutefois bien dessinées
et demeureront stables au moins jusqu'à la Révolution, sinon après.

 

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