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1413- 1426 : la France traverse l'une des périodes les plus critiques de
son histoire. Le royaume est partagé, de fait, en trois zones
: -
Charles VII, faible et indécis, a succédé à Charles VI, tombé dans la
démence en 1392. Il s'est réfugié au sud de la Loire et ses adversaires
l'appellent par mépris : le roi de Bourges. Jeanne d'Arc n'est pas encore
allée le chercher à Chinon pour le faire sacrer à Reims
(1429)
- Le duché de Bourgogne est quasi indépendant. En 1418, Jean sans Peur
s'est emparé de Paris. Philippe le Bon a remplacé son père, assassiné, en
1419. Le duché s'est étendu à la Flandre, à l'Artois, au Charolais, etc.
Ce sont les Bourguignons qui livreront Jeanne d'Arc aux
Anglais.
- Et les Anglais précisément, dont les rois sont des princes français :
les Plantagenêts, qui, à ce titre, possèdent tout l'ouest du royaume, de
la Normandie à la Guyenne. En 1419, à Azincourt, ils ont fait subir au roi
de France une terrible défaite. Les chevaliers, décimés sous les flèches,
furent achevés à l'épée et à la hache.
A cette anarchie s'ajoutent de graves désordres sociaux et économiques :
en 1418 le nord du royaume connaît une sévère épidémie de variole et en
1420, c'est le sud de la France qui est ravagé par la peste.

Nous avons trouvé
dans les archives de l'abbaye de Barzelle deux parchemins (A.D.Indre H.9) qui attestent que, pour
échapper à la misère, certains paysans n'ont pas hésité à se "donner" à
l'abbaye. Qui étaient ces nouveaux "donnés" et quelle était leur
condition ?
Les deux actes ont probablement été rédigés par le même notaire: Jean
Chevalier, " clerc juré " de la Cour de "Monseigneur le Comte de Tonnerre,
seigneur de St.Aignan et de Celles en Berry" tenue à cette époque
par le duc d'Orléans, comte de Blois. Il s'agit du neveu du roi, le gentil
Charles bien connu de tous les poètes. Lequel Charles d'Orléans "tenait en
sa main" St.Aignan car Louis de Chalon, seigneur dudit lieu,à la vie
aventureuse, inconstant et ruiné, avait été dans l'impossibilité de rendre
hommage à son
suzerain.
La donatrice est Agnès Parisot. En 1413, veuve de Jean Pouliet, elle s'est
remariée à un nommé Boin. L'acte précise que la donatrice est " en bonne
santé, en bon propos et en bonne mémoire " , qu'elle agit " de son gré et
de sa pure, franche et libre volonté, sans aucun porforcément
(violence).
" La
donation est faite à " l'église de (ma)dame de Barzelle" et à ses
religieux en " considérant la grande affection et (le) parfait amour
et dévotion" que la donatrice " a toujours eus envers eux, et afin
de pouvoir , avoir et contenir sa vie et son état en cette église mieux et
plus honorablement " et " pour avoir part aux oraisons et aux prières qui
sont faites par ces religieux en cette église
".
Agnès s'engage à donner tous ses biens à l'abbaye, en tant que " donation
pure et perpétuelle ", " biens qu'elle peut avoir à présent, et qu'elle
aura et pourra avoir au jour, au temps et à l'heure qu'elle ira de vie à
trépas ", " sans en retenir ni excepter aucun
".
En échange les moines s'engagent à " administrer à ladite Agnès toutes ses
nécessités, tant en spiritualité qu'en temporalité, c'est à savoir, boire,
manger, vêtir, chausser et ses autres nécessités tant qu'elle sera en
cette présente vie, et après son décès, la faire sépulturer et enterrer
comme ils doivent et sont tenus de le faire à leurs frères et soeurs et
donnés, et comme il appartient à bonne et vraie catholique.
" L'acte est daté du " vendredi
qui suit la fête de saint valentin, le 16 février 1413. "

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Doit-on penser, comme certains historiens, que ces "donations"
traduisent une recrudescence du servage ? Nous ne le pensons
pas.
Certes, cet acte laisse bien des points dans l'ombre : quelle était
l'origine, la nature et l'importance des biens possédés par Agnès
Parisot, veuve Pouliet épouse Boin ? Nous ignorons son domicile,
comme nous ignorons son âge. Avait-elle des héritiers, qui,
par cette donation, vont se trouver déshérités
?
Les moines s'engagent à lui fournir le "boire, le manger, le vêtir,
le chausser et (toutes autres) commodités" tant matérielles que
spirituelles". Soit, mais ces termes sont trop vagues
pour mesurer la qualité des services rendus.
Toutefois, nous remarquons que la donatrice demeure chez elle, n'est
astreinte à aucune obligation de service, peut continuer les
occupations qui lui sont propres sans aucune contrainte, que sa
donation est celle de ses biens (ce qui prouve qu'elle avait
précisément des biens) mais que cette donation n'engage en
rien les biens de son époux (Boin).
Quelles sont les raisons qui ont poussé Agnès à
faire cette donation ? on pense immédiatement au dénuement de la
donatrice. Rien n'est moins sûr. L'abbaye de Barzelle n'est pas - en
1413 - une abbaye, au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Les
bâtiments ont été incendiés par "les Anglais" en 1315. Ils n'ont pas
encore été totalement reconstruits. La clôture n'existe pas. Les
moines, peu nombreux, sont issus des environs et demeurent logés
dans leur famille ou dans des familles d'adoption. Barzelle est une
abbaye fort modeste où tout est à reconstruire, ( elle ne retrouvera
sa plénitude qu'à la fin du XVème siècle et une certaine splendeur
au XVIè avec les d'Etampes de Valençay). Le "dénuement" ne peut pas
être entièrement exclu, bien que nous sachions que les Boin
appartenaient aux familles "bourgeoises" de Poulaines. Mais la foi,
ou des relations étroites avec un des moines de sa propre
parenté, peut, tout simplement, avoir incité Agnès à
donner ses biens - post mortem - à l'abbaye, sans que nous
voyions là une quelconque résurgence du servage. Nous serions tout
simplement placés devant une forme juridique de notre actuel
"viager".
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( à suivre ) |