la reddition de la colonne ELSTER
septembre 1944
Notre
correspondant Roland Giraud avait 17 ans en 1944
quand la fameuse division allemande
commandée par le général Elster traversa le Berry.....
à la suite de la diffusion sur
Arte (23 février 2005) du documentaire relatant l'évènement,
...Roland raconte
(...passionnant !)

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60 000 soldats allemands
stationnaient dans le sud-ouest de la France. Le 19 août ils reçoivent l’ordre
de regagner l’Allemagne en contournant le Massif Central. Trois colonnes de
20 000 hommes sont formées : deux motorisées, une à pied sous les ordres du
général de division Botho Henning Elster, cette dernière devant traverser la
Loire à Decizes. Troupes disparates disposant d’armement rudimentaire,
constituées de convalescents de l’Est, d’artilleurs, de gardes frontières,
d’observateurs aériens, de démineurs et de 8 000 marins. Cette colonne à pied
part de Dax, passe par Angoulême, Poitiers. Des étapes de 30, 40, 60 km par 24
heures (marches de jour ou de nuit), le record 73 km. Le 6 septembre la colonne
atteint Châteauroux mais le général rend compte que la queue de la colonne est
encore à Poitiers, à 100 km. Les éléments de cette colonne sont harcelés par les
FFI qui profitent des lieux propices aux embuscades ( exemples : portion de
route encaissée entre Chauvigny et Saint-Savin – franchissement de la Vienne à
Chauvigny ). Le général Elster avait auprès des Américains : « une réputation de respectabilité ». Il avait donné des ordres très stricts à ses troupes, ignorant l’ordre du grand Etat-Major de faire sauter des infrastructures "cela aurait porté préjudice à la population française or ce n’est pas contre elle que nous faisons la guerre" . Il avait présenté ses excuses au Préfet de Poitiers pour les régions persécutées par les deux colonnes motorisées. Le 7 septembre, mitraillage de la colonne entre Châteauroux et Issoudun. Jugeant ses hommes à bout et qu’en combattant, avec leur armement rudimentaire, « le carnage aurait été terrible », par ailleurs sans réponse de ses supérieurs, par l’intermédiaire du Comte d’Ornano (dans le château duquel il avait établi son PC) , il prend contact avec les FFI. Une réunion a lieu au château du duc de Maillé à Châteauneuf-sur-Cher. Condition de la reddition : se rendre aux forces alliées ( les Américains étaient à Orléans depuis le 20 juin) Cette reddition est signée à la sous-préfecture d’Issoudun le 10 septembre à 17 heures par 3 Américains, 2 Anglais, 3 Allemands ; 3 Français sont seulement présents. Le général Elster remet 8 millions de francs, l’argent de sa division, au Préfet de l’Indre « pour les dommages occasionnés ». Colère du colonel Bertrand commandant du 1er Régiment qui vient d’être créé, « impression d’être spolié des honneurs militaires par l’arrogance des Américains….Ils me volent mes Allemands… ». Il exige une seconde signature ; Elster accepte, elle a lieu à la mairie d’Arçay (Cher). La reddition officielle aura lieu à Beaugency où est installé un camp de prisonniers . Les Allemands partent en trois groupes avec leurs armes, ils n’ont pas été désarmés plus tôt, les négociations ont été dirigées par les Américains qui ne voulaient surtout pas que les armes soient récupérées par les FFI et surtout les FTP (communistes). Par ailleurs une crainte : Hitler avait ordonné aux soldats, passant outre à la hiérarchie militaire, d’abattre tout officier qui donnerait l’ordre de capituler. D’où ce fractionnement en trois groupes pour diminuer les risques de combat par ceux qui ne voulaient pas se rendre. A Beaugency, le 16
septembre, mise en scène « hollywoodienne », officiers généraux face à face, le
général Elster fait une déclaration dont les termes ont été discutés »
: La
situation militaire ayant contraint le haut commandement à priver mes troupes de
ses unités combattantes, je ne suis plus en mesure de parvenir, le fusil à la
main jusqu’à la frontière allemande. En conséquence je livre mes troupes à pied
et tout leur équipage à la 3e Armée américaine conformément aux
accords signés »
Le général Elster prisonnier dans le Missouri est changé de camp à plusieurs reprises et protégé, des prisonniers ayant juré de le tuer ainsi que ses officiers. Il est libéré en 1947. Le Conseil de guerre du Reich justifie sa condamnation à mort par contumace : « L’accusé a fait preuve d’une humanité déplacée et dangereuse ». En 1948, fin de l’enquête de dénazification. La Cour rend un jugement pour le moins surprenant à l’encontre d’un haut gradé : elle le décharge de toute accusation. Le dossier contient des indications selon lesquelles Elster était lié aux opposants militaires ayant organisé l’attentat manqué contre Hitler le 2O juillet 1944.
Le général Elster qui parlait parfaitement le français et l’anglais, a traduit en allemand et publié Moby Dick. Il est mort d’une crise cardiaque à 58 ans en 1952.
Quelques réflexions: - Chauvigny a eu de la chance. - Les exactions commises à Sainte-Gemmes et Maillé ont-elles quelque chose à voir avec les deux colonnes motorisées ? - Vélos, montres, bijoux, linge…volés à la maison n’ont peut-être pas quitté le Berry ou le Val de Loire. ! ! ! Roland Giraud
Nos lecteurs pourront
consulter avec intérêt le site : qui apporte un éclairage intéressant sur cette page d'histoire. |