1940 - 1944
L' O C C U P A T I O N

Les distractions étaient fort rares pendant les années d'occupation . Trois cinémas au confort réduit avaient ouvert leurs portes, le VOX en haut de la Tranchée, le TRIANON, avenue de Grammont et le REX au  centre ville dans une salle de billard qui avait miraculeusement échappé à l'incendie. On y accédait par une passerelle branlante qui enjambait les caves béantes des maisons sinistrées.
On pouvait également aller à Beauregard où étaient regroupé
es différentes activités (piscine - patins - et ...bal) mais Beauregard était situé à Sainte-Radegonde, loin de la ville;  on hésitait à s'éloigner de nos proches, à cause des bombardements et de tous les aléas de la guerre.
Comment se retrouver pour un après-midi entre copines et ...copains ? Alors, on se promenait, bras dessus, bras dessous; la circulation étant pratiquement nulle, on marchait sur la chaussée, tout en croisant nos pieds, ce qui nous faisait chalouper; on riait pour oublier l'angoisse et l'on chantait, l'on chantait, des rengaines reprises inlassablement dont celle-ci, dont je me souviens parfaitement et que je vous livre volontiers.

                                                     Jacqueline Rioland

 

la   chansonnette

Nous montons, nous descendons
nous arpentons
cette rue Nationale
de Grammont - mont-mont
jusqu'au pont - pont-pont
on  s'promène
comm'un troupeau d'moutons

attention !
lentement,  on r'descend
cette prom'nade est très sentimentale
le dimanche suivant
on r'verra  surement
la rue Nationale -a-le


 

La chansonnette pouvait traduire la révolte autrement que par une fausse insouciance.
Dans les écoles primaires, instructions obligent, les maîtres apprenaient à leurs élèves
la chanson dite "du Maréchal" :  Maréchal !nous voilà.......
Notre correspondant, Henri-Jean Bouin ,nous rapporte l'anecdote suivante :

"J'étais alors, à Tours, à l'école Mirabeau, dans la classe de M.Rabache.
Nous avions légèrement modifié le refrain (!) et chantions en sourdine :

Une odeur puante
sort des cabinets
et la France asphyxiée
se bouche les trous de nez.

Notre maître - curieusement - était fort dur d'oreille et n'entendait pas.
Nous ne savions pas, enfants que nous étions, que M.Rabache était dans la Résistance.
Il fut malheureusement arrêté par la sinistre Gestapo et mourut en déportation.

 

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