Denise Bardet
(suite)

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(...) Or en 1933 Hitler déclare la guerre à l'humanisme : " Toutes les philosophies ne sont compréhensibles que par rapport aux buts et aux conceptions de vie de certaines races. Très difficile de prendre position pour l'exactitude ou l'inexactitude de certaines idées si l'on n'examine pas leurs effets sur l'homme sur lequel on voudra les voir utilisées."
  
- négation de toute valeur humaine, de toute vérité;
   - soumission de la culture aux buts politiques de l'Etat
(...)
      Il ne faut pas nier le caractère allemand du phénomène national-socialisme :
   - les millions d'hommes qui acceptent et soutiennent le régime sont des Allemands. Ils reconnaissent dans ce qu'il leur apporte
 " d'anciennes et tenaces valeurs germaniques " :
            exaltation de la force
            culte du chef
            idée mystique du Reich éternel
            mythe de la race
   Voici les tendances qui ont servi à l'asservissement de l'Allemagne " depuis Arminius jusqu'à Rosenberg " .
     - l'hitlérisme a des répondants dans le passé. Même la pensée des grands humanistes n'est pas étrangère à cette tradition germanique, et l'hitlérisme peut se réclamer de Hegel, de Wagner, de Nietzsche... (mais: immense différence de niveau, de qualité, entre la pensée de tels hommes et l'idéologie hitlérienne qui n'utilise  à des fins grossièrement matérielles que les aspects durables de cette pensée.)

            Problème :
   - Y a-t-il une Allemagne du glaive et une de l'esprit ?
   - Faut-il dire qu'une seule représente l'Allemagne éternelle ?
Nous avons affaire à deux aspects également permanents de l'Allemagne.
L'Allemagne ? un champ de bataille séculaire entre
   la civilisation la plus haute
   la barbarie la plus inhumaine
Sans cesse le pays des poètes et des penseurs est rejeté dans les mêmes folies d'orgueil et de haine. (...)
   Aujourd'hui elle s'abandonne à "un sombre génie"
.......................
... Et pourtant il nous est facile de continuer à aimer l'Allemagne qui n'est pas notre ennemie : l'Allemagne humaine et mélodieuse (...) je veux dire ma reconnaissance à la vraie Allemagne... Je veux affirmer que cette véritable Allemagne c'est pour elle que nous nous battons... Puissions-nous les uns et les autres désarmer l'ennemi par des chansons ! Nous, Français, nous défendons le monde des rêves.
   Toute la vie allemande est réfugiée dans ceux qui incarnent l'éternelle amitié des peuples de France et d'Allemagne si souvent opposés par leurs maîtres et dont, à travers les siècles, les échanges de pensées ont plus fait pour la vie que jamais les guerres fratricides n'ont pu faire pour la mort.

 

Telles étaient quelques unes des réflexions que portait cette jeune enseignante sur les évènements tragiques qui agitaient notre pays. Ce qui n'occultait en rien chez Denise des pensées empreintes de romantisme et d'allégresse:

      "  Oh ! je veux vivre ! je veux des amis, du monde, une maison. Je veux donner et dépenser.
          La soirée est superbe - si belle qu'on craint même de l'enfermer dans sa poitrine quand on respire.
           ......
        L'amour est comme une lumière."

     C'est par ces mots que se referme le quatrième et dernier cahier. En 1943, Denise Bardet, voulant se rapprocher de sa maman (veuve), et de son jeune frère, demande et obtient sa mutation pour le village tout proche d'Oradour-sur-Glane. Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie, le 7 juin la Résistance fait sauter un pont de chemin de fer à Saint-Junien dans le but de retarder les troupes allemandes qui convergent vers la Normandie et font prisonnier un certain Kampf, ami personnel du commandant Dickmann. Le 10 juin le lieutenant Kleiss de la gestapo et 4 miliciens mettent au point un plan de vengeance et d'intimidation. Le 10 juin, 14 heures, le commandant Dickmann établit son PC dans la ferme Masset; en quelques minutes, le bourg d'Oradour est encerclé. 14 heures 15, la population est rassemblée sur le champ de Foire pour "un contrôle d'identité". 14 heures 30, les enfants des écoles sont conduits sur le Champ de Foire. 15 heures, les femmes et les enfants  sont séparés des hommes, puis,  conduits et  enfermés dans l'église. Vers 17 heures,  les Allemands mitraillent à l'intérieur de l'église; de la paille, des fagots, des chaises sont jetés sur les corps.  L'église est incendiée.

          Le corps calciné de Denise Bardet sera retrouvé au pied de l'autel,  serrant dans ses bras l'une des ses petites élèves.


 

 

 

corps calciné d'une femme tenant un enfant

 

 
 

intérieur de l'église après déblaiement

Robert Hébras: Oradour-sur-Glane, éd.CMD,1992
Jean Bardet: les cahiers de jeunesse de Denise Bardet, éd.Lucien Souny,2002

 

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