Orthographe

 
 
  1878  

           Une note dans le bulletin de l'Instruction Primaire pour le département d'Indre-et-Loire souligne la faiblesse des candidats à l'examen du Brevet:
           3  reçus au brevet simple sur 30 candidats
         10  reçues     - - - - - - - -            37 candidates
           Aucun(e) reçu(e) au brevet "facultatif" (qui constituait un échelon supérieur donnant droit à une allocation annuelle supplémentaire, et "conférer le droit de donner un enseignement plus élevé")
La faiblesse de ces résultats est imputée en grande partie à l'orthographe et à la ...ponctuation ! "Dictées très faibles; la ponctuation surtout a été fort défectueuse"
La note précise:
       " On se persuade trop aisément que la ponctuation n'est qu'un détail qu'on peut négliger; on semble oublier qu'elle indique ou précise la pensée de l'auteur et le sens du texte, et que, dans la dictée, elle est le signe principal auquel on reconnaît que l'élève a bien ou mal compris cette pensée ou ce sens. C'est elle qui montre, en outre, qu'on a l'intelligence de la constitution logique de la phrase et des rapports que les diverses parties dont elle est composée ont entre elles.
         Il y a maints cas dans lesquels l'introduction d'une virgule ou la substitution d'un point à une virgule constitue un véritable contresens et parfois un non-sens"
    
 La note rappelle la circulaire ministérielle du 8 mai 1855 qui stipule qu'une faute constituant un non-sens peut entraîner " la nullité de l'examen ".

 
Académie de
DIJON
1878  Brevet de capacité
Aspirants

                                               Orthographe   
      La France, qui s'est toujours plu à marcher la première vers l'avenir immense qui attend le monde, a donné au siècle son mouvement. Ce siècle, dont les débuts ont été si éclatants, qui a déjà vu tant de grandeurs mortelles passer devant lui, qui a produit la plus vaste des révolutions, a ouvert à l'intelligence humaine une carrière sans bornes. Les anciennes sciences se sont étendues et se sont appliquées; des sciences nouvelles se sont élevées; on a pénétré dans les plus profondes obscurités de la terre et l'on y a découvert les premières ébauches de la création et les plus anciennes oeuvres de Dieu; on s'est élancé vers les espaces jusqu'ici inaccessibles du ciel et l'on est sur la voie des mouvements auxquels obéissent ces étoiles, que leur incommensurable distance nous a toujours fait paraître fixes, dans les régions mieux explorées de l'infini.
     Revenant sur la surface de tous côtés visitée et déjà presque trop étroite du globe, les hommes de notre siècle l'ont resserrée, et, pour ainsi dire, l'ont transformée par les prodiges de leurs inventions. Les mers sont traversées par des vaisseaux sans voiles que n'arrêtent plus les tempêtes, et les terres sont parcourues par des chars dont la force et la vélocité ne semblent plus dépendre que de la volonté humaine. Ainsi les pays sont rapprochés, les esprits se sont unis, les pensées sont échangées; et, vainqueurs de la nature, les hommes, reportant leurs regards de leur demeure sur eux-mêmes, aspirent à découvrir, par l'observation et l'histoire, les lois mêmes de l'humanité.
       Lorsque ce siècle aura réglé sa curiosité et tempéré sa fougue, personne ne peut prévoir sa grandeur, comme rien ne peut arrêter son génie. Rendons hommage aux hommes qui par leurs travaux se sont efforcés de nous ouvrir ces voies glorieuses; soyons reconnaissants envers ceux dont les pensées ont crée nos droits, dont les découvertes forment notre héritage.
                                                                                                       Mignet

Académie de
l'Indre-et-Loire
1879  Brevet de capacité
Aspirantes

                                                     La Mer
La première chose qui se présente, c'est l'immense quantité d'eaux qui couvre la plus grande partie du globe. Ces eaux occupent toujours les parties les plus basses; elles sont aussi toujours de niveau, et elles tendent perpétuellement à l'équilibre et au repos. Cependant nous les voyons agitées par une forte puissance qui, s'opposant à la tranquillité de cet élément, lui imprime un mouvement périodique et réglé, soulève et abaisse alternativement les flots, et fait un balancement de la masse totale des mers, en les remuant jusqu'à la plus grande profondeur.
   Considérant ensuite le fond de la mer, nous y remarquons autant d'inégalités que sur la surface de la terre; nous y trouvons des hauteurs, des vallées, des plaines, des rochers, des terrains de toute espèce: nous voyons que toutes les îles ne sont que des sommets de vastes montagnes, dont le pied et les racines sont couverts de l'élément liquide; nous y trouvons d'autres sommets de montagnes qui sont presque à fleur d'eau. Là sont ces contrées orageuses où les vents en fureur précipitent la tempête, où la mer et le ciel, également agités, se choquent et se confondent: ici sont des mouvements intestins, des bouillonnements, des trombes et des agitations extraordinaires causées par des volcans dont la bouche submergée vomit le feu du sein des ondes, et poussent jusqu'aux nues une épaisse vapeur mêlée d'eau, de soufre et de bitume. Plus loin, je vois ces gouffres dont je n'ose approcher, qui semblent attirer les vaisseaux pour les engloutir; au delà j'aperçois ces vastes plaines, toujours calmes et tranquilles, mais tout aussi dangereuses, où les vents n'ont jamais exercé leur empire, où l'art du nautonier devient inutile, où il faut rester et périr: enfin, portant les yeux jusqu'aux extrémités du globe, je vois ces glaces énormes qui se détachent des continents, des pôles, et viennent, comme des montagnes flottantes, voyager et se fondre jusque dans les régions tempérées.
                                                                                                          Buffon

 

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