Histoire

     
 

 
     

COLONISATION

Comment la colonisation était-elle perçue ? Comment était-elle enseignée, à l'époque de Jules Ferry et de Ferdinand Buisson ? La source, qui nous a semblé la plus pertinente, est l'ouvrage d'un historien, J.-J.-E. ROY : Histoire des COLONIES FRANCAISES et des Etablissements Français en Amérique, en Afrique, en Asie et en Océanie, depuis leur fondation jusqu'à nos jours, d'après les documents publiés par le Ministère de la Marine et des Colonies.
L'ouvrage, un grand in-8 de160 pages, à couverture cartonnée rouge, édité chez Mame à Tours et  maintes fois réédité,  figure au catalogue des bibliothèques publiques et scolaires et à celui des livres de prix, bien qu'il nous ait semblé plus destiné aux maîtres qu'aux élèves. Une seule gravure en frontispice: "Tippo-Saëb, assiégé dans sa capitale par deux armées anglaises, fut tué sur la brèche". L'édition que nous utilisons est celle de 1884.

Une définition introduit le 1er chapitre:
       " les colonies sont des établissements formés, dans d'assez vastes proportions, en dehors du sol de la patrie, soit que la souche du nouveau rameau soit un Etat, une province, une localité isolée, une nation entière, ou bien une simple communauté"
        Cette définition est suivie d'un bref historique:
       " les colonies remontent aux premiers âges du monde; ainsi ce serait presque faire l'histoire des migrations des peuples depuis les temps les plus reculés (...)"
       L'auteur distingue:
           - les colonies de conquête, qui consistent à exercer une domination politique et militaire; Ex: les conquêtes d'Alexandre, celles des Normands, des Anglais aux Indes, des Français en Algérie;
          - les colonies de commerce, des "factoreries" fondées dans des régions inhospitalières qu'il faut protéger "afin de donner au commerce plus de sécurité". Ex: les Phéniciens, les Carthaginois, dans l'histoire moderne, les comptoirs (portugais, anglais, français,etc.) aux "Indes orientales".
          - les colonies de relâche, servent d'étapes" Elles sont d'une grande utilité pour les longs voyages par mer et dans les contrées inhabitées et barbares", "les colons ne vont s'y établir que pour y faire fortune par le négoce, et avec l'intention de revenir sur leurs vieux jours se fixer dans la mère patrie". Ex: le Cap, Singapour, les îles de la Société en Océanie.
          -les colonies d'agriculture, où les colons doivent se faire une nouvelle patrie, sans espoir de retour (...) attendu que dans la règle, ce ne sont que les fils et les petits-fils qui récoltent complètement ce que les pères ont semé.  Ex: la Sicile et la Basse Italie pour les Grecs, l'Amérique du Nord, la Sibérie pour les peuples modernes.
           - les colonies de plantations, ces colonies étaient ignorées des Anciens, ce sont celles qui produisent des denrées ou des articles de luxe auxquels le climat de la mère patrie se prête peu ou point du tout. "La plupart de ces articles exigent une culture dont les pratiques se rapprochent de celle du jardinage; dès lors un travail énorme, dont les Européens sont à peu près incapables, et auquel on a employé des travailleurs tirés des régions tropicales mêmes, c'est-à-dire ordinairement des esclaves nègres."
         
L'auteur souligne que ces colonies peuvent muter, ainsi l'Algérie, de colonie de conquête, devenue colonie d'agriculture.
         Ce chapitre -capital- fait ensuite l'historique des "conquêtes" modernes, depuis 1365 - Colonies fondées par les Dieppois au Sénégal et en Guinée-, jusqu'en 1858 - établissement en Cochinchine.

Le 2ème chapitre est tout aussi primordial dans la mesure où l'auteur présente les caractéristiques communes aux colonies:
             -la population permanente et sédentaire se compose
                                  * d'individus de race blanche européenne;
                                  * d'individus de race noire africaine;
                                  * des variétés de sang mêlé provenant du croisement de ces deux races.
                      la population flottante "c'est-à-dire celle qui se renouvelle par les arrivées et par les départs, se compose du personnel civil et militaire salarié par le gouvernement, de pacotilleurs, de subrécargues, des marins composant les équipages des bâtiments de commerce et de l'Etat, et de personnes que des affaires de commerce ou des intérêts privés appellent passagèrement dans les colonies".(...)
        "Jusqu'en 1848, la population de nos quatre principales colonies était divisée en deux classes, celle des libres et celle des esclaves. Un décret du 27 avril 1848 a aboli cette distinction avec l'esclavage des noirs; mais ce décret n'a pu effacer la distinction qui résulte de la couleur de la peau".(...)
         "L'ancienne classe blanche, composée exclusivement d'Européens ou de descendants d'Européens, possède la majeure partie des terres, des capitaux et des propriétés de toute nature. Le haut commerce et les industries les plus riches sont entre ses mains. (...)
          "La nouvelle classe de couleur libre [ qui aurait cru en s'y adonnant s'assimiler aux esclaves] partage en grande partie les répugnances de l'ancienne pour l'agriculture, malgré les efforts et les encouragements du gouvernement (...). En attendant, les propriétaires, pour remplacer les bras qui manquent pour la culture de leurs terres, ont été obligés de faire appel à des colons...
                 - Législation.  "Les premiers colons furent en général des aventuriers que l'ambition ou la misère avait exilés de leur pays. En mettant le pied sur la terre où ils s'établissaient, ils en prenaient possession au nom du prince qui régnait sur leur patrie. Les gouvernements leur venaient ensuite en aide, se substituant peu à peu à l'autorité qu'ils avaient créée, (...) en établissant un gouverneur dépositaire d'une autorité plus respectable et plus forte. [Il arriva que ces colonies devinrent un tel embarras pour la métropole qu'elles furent concédées à des compagnies privées; mais l'oppression que celles-ci imprimèrent fut telle qu'elles furent supprimées et les gouverneurs rétablis](...)
        [Des ordonnances (1762 et 1766) avaient établi l'indépendance judiciaire, tenant les gouverneurs à l'écart des décisions de justice]
     
  "Le décret du 28 mars-4 avril 1792 accorda les mêmes droits politiques aux hommes de couleur et aux nègres libres qu'aux colons blancs (...) La constitution du 6 fructidor an III soumit les colonies à la même loi constitutionnelle que le reste de la république, et les divisa en départements"
         " Le décret du 27 avril 1848, qui abolit l'esclavage, accorda aux colonies le droit de représentation à l'assemblée nationale, en proportion avec leur population"(...)"Mais cette assemblée, ainsi que la constitution de 1848, a disparu avant d'avoir accompli cette tâche. Aux termes de la constitution de 1852, c'est le sénat qui doit régler par un sénatus-consulte la constitution des colonies."
                - Justice. "La justice est aujourd'hui administrée dans les colonies françaises par des tribunaux de paix, des tribunaux de première instance, des cours d'appel, des cours d'assises, des conseils d'appel, et, en matière de commerce et de douane, par les conseils privés."
             -Gouvernement et Administration " dans chacune de nos colonies, le commandement général et la haute administration sont confiés à un fonctionnaire militaire ou civil, qui reçoit le titre de gouverneur."

                                                         à suivre

 

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