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En 1793, la Convention confia à des "Magistrats aux moeurs" la
mission d'aider les établissements; c'était surtout, comme le titre
l'indique, une mission de surveillance, un regard autant religieux que
politique sur les instituteurs. Cette fonction était confiée à des
Inspecteurs "gratuits" (!), des "notables", des "surveillants spéciaux".
Cette mission fut
organisée par la loi Falloux du 15 mars 1850:
les délégués avaient entrée dans toutes les écoles
du canton (publiques ou libres); ils communiquaient aux Inspecteurs tous
les renseignements qu'ils avaient pu recueillir, assistaient au Conseil
départemental (avec voix consultative s'ils n'en étaient pas membres); ils
se réunissaient au moins tous les 3 mois au chef-lieu de canton et
délibéraient sur tous les objets soumis par le Préfet ou le Conseil
départemental (notamment sur les projets de construction, les acquisitions
ou appropriations de maisons d'école). Une note de l'Inspecteur d'académie
nous apprend que les délégués avaient également une mission de
surveillance des examens:
"L'Inspecteur d'académie prie MM.les membres de la
délégation cantonale de vouloir bien
dans leur première réunion du 2 juin, désigner deux d'entre eux par
canton, pour prendre
part aux examens du certificat d'étude, qui commenceront dans la première
quinzaine du mois".
Le renouvellement des
délégués cantonaux était prescrit par l'article 42 de la loi. Nous sommes
en 1879 (voir notre dossier).
Mac-Mahon a démissionné sous la pression des républicains, Jules Grévy a
été élu président et Jules Ferry nommé ministre de l'Instruction publique.
La loi organique sur l'organisation de l'enseignement primaire ne sera
votée qu'en 1886. Nous sommes donc dans la période intermédiaire, il nous
a semblé intéressant d'interroger la composition de ces conseils cantonaux
dans un département, l'Indre-et-Loire, afin de mieux cerner l'évolution de cette
structure administrative jusqu'au remplacement, en 1986, des "conseillers
cantonaux" par les Délégués départementaux de l'Education nationale (D.D.E.N.).
|
DEPARTEMENT de l'INDRE-et-LOIRE |
Arrondissement de
TOURS |
Arrondissement de
LOCHES |
Arrondissement de
CHINON |
|
CANTON |
Nb |
CANTON |
Nb |
CANTON |
Nb |
|
Amboise |
15 |
La-Haye-Descartes |
10 |
Azay-le-Rideau |
10 |
|
Bléré |
11 |
Ligueil |
9 |
Bourgueil |
11 |
|
Châteaurenault |
14 |
Loches |
14 |
Chinon |
20 |
|
Château-la-Vallière |
11 |
Montrésor |
8 |
L-Ile-Bouchard |
8 |
|
Montbazon |
15 |
Le
Grand-Pressigny |
8 |
Langeais |
15 |
|
Neuillé-Pont-Pierre |
13 |
Preuilly |
8 |
Sainte-Maure |
11 |
|
Neuvy-le-Roy |
11 |
|
Richelieu |
13 |
|
Tours-Centre |
19 |
Total |
57 |
Total |
88 |
|
Tours-Nord |
13 |
|
|
Tours-Sud |
12 |
|
Vouvray |
11 |
|
Total |
145 |
TOTAL |
290 |
Nous ignorons les
critères qui ont été retenus par le Conseil départemental de l'Instruction
publique pour arrêter, dans les deux séances du 23 novembre 1878 et du 28
mars 1879, la liste des délégués cantonaux, mais nous constatons
l'importance administrative de cette structure par la présence des plus
hautes autorités politiques:
- les 3 sénateurs:
GOÜIN (Eugène) sénateur
inamovible
Descendant d'une famille
liée à la haute finance, au commerce et à l'industrie. En 1843, il prend à
Tours la direction de l'importante banque familiale
Goüin frères. En 1848 il
entre en politique - comme le prolongement naturel de ses activités; il
est maire de Tours de 1866 à 1874. Elu député en 1870, il siège au
centre-gauche, en 1872, il est rapporteur général du budget. Son
ralliement à la République lui vaut d'être élu en 1875, sénateur
inamovible. ?
1909,Paris.
FOURNIER (Hugues) sénateur,
ambassadeur à Constantinople
Né à Paris en 1821. Diplomate de carrière. Maire de Vouvray en 1876,
conseiller général, il est élu sénateur en 1879 et siège au centre-gauche.
Battu en 1888, il ne prolongera pas sa carrière politique.
GUINOT (Charles) sénateur maire
d'Amboise,
|
|
où il est né en 1827. Industriel, il est entrepreneur et
constructeur de ligne de chemin de fer. Il travaillera également à
la canalisation de la Sarthe et de la Mayenne; lors des crues de la
Loire en 1866, il parviendra à consolider les levées et à éviter un
désastre. Elu député en 1871 (républicain modéré), réélu en 1876, il
est également président du Conseil général de l'Indre-et-Loire. En
1878, il est élu sénateur et le restera jusqu'à son décès (1893).
Charles Guinot était l'oncle du futur président
Félix Faure (1895). |
et les 3 députés élus dans les trois circonscriptions:
BELLE (Antoine) à Tours
né à Montlouis (1824). Avocat,adjoint au maire de Tours (1866). Maire de
Tours en 1875. Député l'année suivante.(Il occupera le siège de sénateur
laissé vacant par le décès de Charles Guinot en 1893)
JOUBERT (Léon) à Chinon
|
médecin, né à Huismes (1814). Propriétaire de domaines fonciers, il
est élu député de Chinon ( gauche
républicaine) en 1876. ? 1901 château
de Vaugaudry, Chinon) |
|
WILSON
(Daniel) à Loches
|
|
Né en 1840 à Paris, d'un
ingénieur anglais fondateur de la Compagnie Parisienne du Gaz et de la
fille du conventionnel Cazenave, Daniel Wilson a fait son entrée politique
dans les salons de Chenonceau, chez sa soeur, épouse Pelouze. Contre toute
attente, il est élu en 1869, député de la 3ème circonscription (Loches)
contre le candidat officiel Mame. Il siège au centre gauche et devient
secrétaire de l'Assemblée; il votera, entre autres, la déchéance de
l'Empire et les lois constitutionnelles de 75 officialisant la république
; il sera réélu député en 71 et en 77. En 1879, il est
sous-secrétaire d'Etat aux Finances (Ce n'est qu'en 1881 qu'il épousera la
fille du président Grévy et sera compromis dans le scandale des
décorations : la Légion d'Honneur remise contre des sommes variant entre
25 et 50 000 francs ! Condamné puis blanchi, devenu magnat de la presse,
il sera de nouveau réélu député jusqu'à son effacement volontaire en 1902.
? 1919, château des Montains à
Loches |
(notices biographiques extraites de LAURENCIN,Dictionnaire biographique
de Touraine,CLD.1990)
Il est possible que ces éminents
personnages aient été membres de droit et que leur influence ait pesé sur
les décisions, mais il est peu probable que leur présence ait été
effective dans les écoles !
|
REPARTITION des POLITIQUES au sein des Conseils |
| conseillers généraux |
11 |
|
| conseillers d'arrondissement |
9 |
dont un président: Dumaine (St-Avertin)
un vice-président: Serrault (Azay-sur Cher) |
| maires et conseillers
généraux |
9 |
|
| maires et conseillers
d'arrondissement |
7 |
|
| conseiller d'arrondissement
et adjoint |
1 |
|
| maires |
50 |
|
| adjoints |
13 |
|
| conseillers municipaux |
10 |
|
auxquels il faut ajouter les 3 députés, les 3 sénateurs
et les représentants du clergé, le "doyen" de chaque canton, ( sauf à
l'Ile-Bouchard où siège, outre le doyen, le curé de St-Maurice). A Tours,
les représentants du clergé sont les curés de la cathédrale, de
St.-Symphorien et de la Riche. Soit au total: 110 + 6 + 24 + 1 = 141
politiques ou assimilés sur un effectif total de 290 conseillers.
origine SOCIO-PROFESSIONNELLE
des conseillers issus de la "société civile"
| médecins |
29 |
|
| vétérinaires |
2 |
FOUCHER à Bourgueil
-ARCHAMBAULT à Richelieu |
| notaires |
24 |
y compris "ancien notaire" et
"notaire honoraire" (*) |
| avocats |
3 |
SEILLER à Tours; DELAPORTE et
NAU à Loches |
| avoué |
1 |
BOUCHARDEAU à Tours |
| (divers) |
8 |
CHAISEMARTIN, président du Tribunal
de Loches
THUILLIER, ancien président
"
"
GILLET, juge à Chinon
+ 1 ancien percepteur, 1 receveur de l'Enregistrement,
1 vérificateur de
l'Enregistrement, 1
greffier, 1 huissier |
enseignement
et culture |
6 |
LABRESSOUS ancien professeur d'Université
(Amboise)
BROUILLARD, conservateur adjoint bibliothèque de Tours
de GRANDMAISON, archiviste départemental (**)
DIEUDONNE, ancien proviseur de lycée
DOUSSET, ancien principal de collège, Chinon
CHASLOT-DAUMIER,ancien chef d'Institution |
| industrie et commerce |
13 |
LESOURD; president de la Chambre de
commerce (Tours)
JACQUET, banquier (Bléré)
VICTOR-RENE, banquier (Loches)
DUBOIS, architecte (Bléré)
BRICE-PATHAULT, industriel à Amboise
DAT, conducteur des Ponts et Chaussées (Amboise)
GATIEN, fabricant de cuirs à Châteaurenault
MAME Paul, imprimeur (Tours)(***)
MAME Alfred, imprimeur (Tours)
CAILLE, ancien commis principal maison Mame (Tours)
LEPINE, directeur de papeterie (Balesme)
BRARD, ancien négociant (Tours)
BUSSON Théodore, négociant (Langeais) |
| armée |
|
(de) FAYOLLES, contre-amiral
(Langeais)
MOSBACH, colonel en retraite (Tours)
FRANCOIS, capitaine en retraite (le Grand Pressigny)
LEFFET, officier en retraite (Rivarennes) |
| agriculteur (****) |
1 |
ROBIN Camille (Monnaie) |
| propriétaires |
36 |
|
| sans indication |
19 |
(*****) |
-.NOTES.-
* le Conseil était essentiellement composé de personnes âgées, peut-être
parce qu'elles étaient sujettes à une plus grande disponibilité
( "ancien...", "en retraite", "honoraire",etc) ; l'appellation
"propriétaires" rassemble des rentiers comme Gustave MAME à St.-Antoine du
Rocher après qu'il ait cédé l'entreprise à son fils.
** le Conseil comprenait
des nobles qui n'étaient signalés que par leur titre de noblesse:
le marquis de MENOU à
Boussay, le comte BRANICKI à Montrésor, le comte de COURJAULT à
Saint-Ouen, le comte de PUYSEGUR à Marcé-sur-Esvres, le comte de la
ROCHE-AYMON à Champigny, le baron LIEBERT à Athée, auxquels il faut
ajouter le contre-amiral marquis de FAYOLLES. D'autres nobles figuraient
sans indication: de COOLS à Villedomer, de MAUPAS à Damemarie, de
CHAMPCHEVRIER à Marcilly-sur-Maulne, du PETIT-THOUARS à St.-Germain-sur-Vienne.
Il est possible que certains de ces notables de village participaient au
Conseil en raison de donations. Ainsi, c'est le comte du
Petit-Thouars qui avait été à l'origine de la fondation d'une école de
garçons à Saint-Germain-sur-Vienne et il offrait chaque année 10 bourses,
valant gratuité, à 10 garçons méritant de la commune.
*** Il est
évident que la présence de certains conseillers n'était pas gratuite.
C'est le cas précisément des imprimeurs Mame dont la maison d'édition
avait un très important département "livres de bibliothèques
scolaires" (cf.article).
Outre Gustave,
Paul et Alfred Mame figurait... l'ancien commis principal ! Il faut
ajouter les liens entre les "grandes familles" : Elisabeth Schneider,
petite-fille du fondateur des usines métallurgiques du Creusot,
épousera un Mame (Armand, fils de Paul); en dehors des liens familiaux il
faut ajouter les liens économiques : les Mame étaient actionnaires de la
banque Goüin et des papeteries de la Haye-Descartes! et tous ces
représentants ... siégeaient au conseil de l'Instruction publique.
****
Un seul agriculteur, mais il faudrait ajouter la quasi totalité des
maires, adjoints et conseillers municipaux.
*****
A ces professions il faut ajouter celle des sénateurs et députés: le
banquier Goüin, l'ambassadeur Fournier, l'entrepreneur Guinot, l'avocat
Belle et le "magnat" de la Presse: Wilson. |