Une sorcière en Berry


 

           Le Berry a toujours été un pays de prédilection pour les sorciers, c’est pourquoi le récit qui va suivre ne surprendra personne.

           L’histoire que je vais vous conter s’est passée, il y déjà fort longtemps, dans un petit village de cette province, un village où les habitants vivaient heureux et sans problème.

          Mais voilà qu’un jour un personnage étrange vint installer ses pénates dans une vieille chaumière délabrée qui existait hors du village, et les villageois, très intrigués, se posèrent un tas de questions en voyant cette personne inconnue, vielle femme édentée, à la peau tannée et au nez crochu, qui parlait très peu, et qui se promenait avec un corbeau apprivoisé perché sur son épaule. Puis, comme il ne se passait rien de notable, on finit par l’oublier un peu.

          Mais voilà que, quelques temps après, des évènements surprenants commencèrent à se produire. En premier, ce fut le père Sylvain qui, d’habitude, aimait bien boire un coup au point d’être saoul à peu près tous les soirs, qui n’arrivait plus à boire une goutte du meilleur vin sans avoir l’impression de boire le pire vinaigre. Le pauvre était devenu aussi sobre qu’un chameau en plein désert. Vous me direz qu’au fond, c’était plutôt bénéfique pour ses proches comme pour lui-même, mais voilà que par la suite il y eut une telle mortalité parmi les moutons que de mémoire de Berrichon, on n’avait jamais vu çà ! Cela venait-il d’un virus ? D’un microbe quelconque ?
           Là ou la stupéfaction fut totale, ce fut quand les vaches se mirent à donner du vin rouge à la place du lait. Heureusement qu’à cette époque on élevait encore les nourrissons au sein de leur mère, mais quand même, on aurait bien voulu comprendre pourquoi. Avaient-elles donc été brouter du raisin dans les vignes ? En tout cas, contrairement au père Sylvain, les veaux eux, avaient une cuite permanente au point que les mères vaches en devenaient folles. Quant au curé du village, lui, il en avait perdu son latin ! Il en était arrivé à bredouiller n’importe quoi en disant la messe. Heureusement que les paroissiens, de toutes façons, n’avaient jamais compris le latin, ce qui faisait que la chose passait inaperçue.
             Puis voilà que la mère Solange qui avant acheté des œufs pour se faire une omelette découvrit, en les cassant, qu’ils contenaient des coquadrilles ! Vous ne savez pas ce que sont des coquadrilles ? Ce sont une sorte de reptiles que l’on ne trouve que dans les œufs de coq. Vous allez me dire que les œufs de cop n’existent pas ! Eh bien si ! Mais seulement quand les sorciers ou les sorcières s’en mêlent.
            Bien sûr, dès ce moment, les pensées se portèrent sur l’occupante de la vieille chaumière et on se mit à la surveiller. Le plus acharné à cela fut le père Sylvain qui n’arrivait pas à se consoler d’avoir perdu le goût du bon vin. Un jour que la vielle était en train de faire bouillir quelque chose dans un chaudron devant sa porte, il s’approcha tout doucement, sans bruit, en se cachant derrière les buissons, puis profitant d’un instant ou la vieille était partie chercher quelques rondins dans le bûcher qui était derrière la chaumière, il courut jusqu’au chaudron pour voir ce qu’il y avait dedans. Horreur ! Parmi des herbes, des serpents et des crapauds ! Le doute n’était plus possible.
            De retour au village, le père Sylvain fit part à tout le monde de sa découverte. Bien décidés d’en finir avec cette sorcière, les gens du village pensèrent d’abord à la faire exorciser par le curé ; mais hélas ! Le pauvre ayant perdu son latin ne se rappelait plus la formule qu’il fallait prononcer en de telles circonstances. Alors tant pis ! Les choses étant ce qu’elles sont, on se décida à employer les grands moyens !
             S’armant de fourches, de bâtons et de tout ce qui tombait sous la main, ils se dirigèrent vers la chaumière. La vieille à la vue de tout ce monde qui arrivait avec visiblement des intentions hostiles, comprenait que son pouvoir ne pourrait agir sur des gens aussi nombreux, enfourcha un balai de bouleau qui était devant sa porte, et partit vers son corbeau qui s’écria : quoi ? quoi ? quoi ?

           On ne la revit jamais ! Le calme revint dans le village, le père Sylvain reprit goût au pinard, les vaches eurent à nouveau du lait, et le curé retrouva son latin.
C’est depuis ce temps là que, si vous venez à passer devant la cour de l’école à l’heure de la récréation, vous entendez sans doute les enfants chanter sur l’air d’au « Clair de la lune » :
                                               Depuis sa chaumière
                                               Pour nous faire tort
                                               La vieille sorcière
                                               Nous jetait des sorts
                                               Mais tout le village
                                               S’en étant fâché
                                               C’est dans les nuages
                                               Qu’elle dut se cacher

Nos compliments et nos remerciements à l'auteur Monsieur Guy Renaud, pour plus de compléments sur notre troubadour, consulter   Ú Guy RENAUD

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