Romesac

 
 
     
1362-
 
Guillaume de Romesac donne 100 sous de rente au chapitre de Levroux sur la tuilerie de Romesac
 
1374- Guy Le Bouteiller de Senlis, seigneur d'Hermenonville et de la terre de Levroux, époux de Blanche de Chauvigny qui lui avait apporté cette terre en dot, fait saisir les biens de feu Guillaume de Romesac, faute d'hommes.
Les chanoines du chapitre Saint Silvain de Levroux, lui signifièrent que lesdits biens leur appartenaient après le don que leur avait fait ledit Guillaume; en contrepartie, les chanoines devaient faire un service pour le salut de son âme; en vertu de leurs privilèges, ils pouvaient acquérir et posséder domaines en ces fiefs et terres. Ledit seigneur leur donna mainlevée, confessant avoir vu lesdits privilèges
 
1377- 1ère mention du "manoir" de Romesac. En 1383 ce manoir n'est toujours pas érigé en fief et n'a pas de seigneur reconnu. Seule quelques maisons basses formant un petit village nommé Romesac proche du bois du même nom.
 
1453- Le 15 juin, Jacquette du Peschin, fille de Louis, seigneur de la terre de Levroux et d'Yseult de Seully, apporte cette terre à Bertrand 1er de la Tour, comte d'Auvergne et de Boulogne. Un bourgeois de Levroux, Pierre Hémery, ayant cédé ses droits sur les terrages de la paroisse de Saint-Phalier aux chanoines du chapitre de Saint-Silvain de Levroux, ces derniers  lui cèdent par échange leur héritage de Romsac.  Pierre Hemery , peu après, obtient de la "dame de Levroux (Jeanne de Bourbon)" la permission de faire construire un petit château.
 
1486- Pierre Hémery est seigneur de Romsac et de Villebon, fief situé paroisse de Rouvres-les-Bois
 
1501- Pierre Hémery est autorisé à construire fossés, pont-levis, bonde (étang) et sur le "plain" colombier et garenne (cf.acte ci-dessous). (La distance entre ces deux dates -1453/1501- donne à penser que ce Pierre était fils du précédent)
 

   
début
XIVème
      * en 1507, Pierre  Hémery  procureur de la comtesse de Boulogne, la
        représente à Blois dans une sentence rendue au profit de la Dame et
        au détriment des chanoines de chapitre de Levroux
      * 1508, 1er juin - Gabriel Limosin vend à Pierre Hémery la quarte partie par indivis d'un terrage. C'est le dernier acte que nous possédons attestant la présence d'un Pierre Hémery
     * en 1509, le successeur de Pierre fait ériger Romsac en fief, il  augmente considérablement le domaine par achats et échanges.
 
    A une date qui nous est inconnue  la veuve de Pierre , Ysabeau, procède à un échange (de terres?) avec sa fille qui a épousé Thamegy Sainson.

       *Jérôme Hémery est cité pour la première fois (1512) dans un acte concernant la cession au chapitre de Levroux de terrages, par indivis, situés sur la paroisse de St.Phallier.
 

1516  On peut supposer que la veuve Ysabeau est décédée: Jérôme et sa soeur, l'épouse de Thamegy Sainson, se partagent l'héritage
 
1523-

 

 

 

 

Jérôme participe à la rédaction des coutumes de Blois
         * Levroux dépendait du baillage de Blois et non pas de Bourges
        * composition de la délégation de Levroux
 

 clergé: "pour le prieur et chapitre de saint Silvain de Lepvroux, Jean Mesnart leur procureur"
 noblesse: "pour la Dame de Lepvroux, Pierre Driet & Jerosme Emery procureur de ladite seigneurie"
tiers état: " pour les manans et habitans de Lepvroux Jean Joslin, leur procureur"

 
modifications obtenues par la délégation.
COUSTUMES LOCALES des terres & Chastellenies de Lepvroux & Bouge.
                                           CHAP.I.
                               De prinse de bestes
En prinses de bestes en son dommage, le preneur est creu de sa prinse, en icelle affermant par serment, & des dommages & et interests, iusques à la somme de cinq sols tournois. Et si par le defendeur la reddition desdites bestes luy est deniée, est tenu le demandeur de le prouver.

                                          CHAP. II.
                                    De confiscation
                                           
Art.II.
Que confiscation n'a lieu, sinon en cas de crime de leze Majesté divine ou humaine.

                                         CHAP. III.
                                       
De terrage
                                          
Art. III.
Qu'aucun ayant terres à terrage, cessé par trois ans & V mois de labourer et enfruicter lesdites terres terrageaux, il est permis au premier laboureur de les labourer. Et n'est deu aucun profit au Seigneur: sinon qu'il a douze gerbes de bled creu en icelle.
  Premier]
s'entend le premier qui s'offrira.Fr.Rag.

                                        CHAP. IIII.
                                 
 De successions.
                                           Art. IIII
Par la coustume dudit lieu, le fils aisné ne prend que le principal manoir & vol d'un chapon, ou un arpent de terre à l'entour dudit manoir, pourveu qu'au dedans d'iceluy il n'y ait four à ban, moulin, chaussée. Et le reste se divise par esgale portion.
                                          
 Art. V.
 *
En succession en ligne  collaterale, soit en fief ou roture, les masles & les femelles succedent par egales portions. Et n'y a aucun droit d'ainesse, pourveu qu'ils soient en pareil degré.
                                            Art. VI.
Par ladite coustume on n'use point de rapel, & a representation lieu.
                                           Art. VII.
 *
Par ladite coustume, entre nobles le survivant gaigne les meubles, soit qu'il ait enfans ou non.
                                        

 

 


Jérôme décède après 1539, date à laquelle il est cité pour la dernière fois.
Jérôme laisse une veuve, Perrine Mobue, et deux enfants mineurs, Pierre et Léonard. Perrine obtient la dispense de foi et hommage au dauphin, devenu sgr. de Levroux par son mariage, jusqu'à la majorité de ses enfants.
 
1551-   le 1er mars, Pierre III, majeur, fait aveu de la terre de Romsac et de Villebon. Il décède peu de temps après (1556), sans descendance.  Léonard hérite des deux fiefs.
 
1556- Léonard Hémery, seigneur de Romsac. Il était à cette époque marié à Anne (de) Sartres et s'était installé à Issoudun comme "honorable bourgeois". Il bailla ses fiefs à des fermiers. Il décède en 1579, laissant à son tour deux enfants mineurs. Pierre de Valentienne, bourgeois d'Argenton, sr. de Bournoiseau et des Prunes (Argenton) est nommé tuteur et curateur des enfants.
 
1576- Les religieux de Déols se désistent du bois de Romesac en faveur de Jean Daumont, en retour de 120 écus soleil.
 
1590- Le château de Romsac, qui devait être plus ou moins à l'abandon est incendié. Le 2 mai, François Gravier, fermier du lieu de Romsac, requiert le juge de Levroux, afin que celui-ci fasse la "description et le procès verbal des ruines et démolitions, faites par le feu ou autrement, par les gens de guerre, voleurs, en ce misérable temps". Les dégâts sont estimés 547 livres 10 sols. Malheureusement ces réparations ne pourront être faites car, outre les deux fiefs de Romsac et Villebon, Léonard avait légué à ses enfants... 4 000 livres de dettes !
 
1592-  La veuve de Léonard, Anne  Sartres, qui s'était remariée à un certain Jean Durzy, est à nouveau veuve. Devant la "décadence" de Romsac, elle souhaite le remboursement de ses droits et demande la saisie des deux fiefs (Romsac et Villebon) sur ses enfants et leur curateur. Plusieurs "criées" en cette année 1592 ne rencontrent aucun acheteur.
 
1593-

Romesac trouve preneur: "le 30 et dernier jour de juillet, par devant le garde du scel de la châstellenie de Busseuil, Anne de Sartes, veuve Léonard Hémery, sgr. de Romsac et de Villebon, demeurante à Issoudun, fondée de la procuration de Pierre de Valentiennes, tuteur et curateur de ses enfants, passée à Argenton chez Me.Boulaye, notaire le 6 juin 1593, vend à Thomas de Grasset écuyer sr de la Renaudière et de Beaulieu, paroisse de Ste Colombe y demeurant et à Antoinette de Guillon, le fief et manoir de Romsac et le fief de Villebon, moyennent le prix et somme de 1500 écus, revenant à la somme de 5400 livres et pour le vin de marché,200 sols."  Il passera à Pierre de la Chapelle, écuyer, sr du Cluzeau, (paroisse de Chaillac) par le mariage de ce dernier avec la fille de Thomas: Marguerite de Grasset.
  * En 1594, Pierre de La Chapelle est gouverneur de Nyon en Picardie; il rendra cette ville à Henry IV après que ce dernier ait abjuré.
  *  En 1596, Pierre de La Chapelle, qui habite La bergerie (paroisse de Ste Colombe)  baille Romsac (300 livres) à M.Fardy.
En 1609, Thomas de Grasset qui demeure sgr. de Romsac, rend "foy et hommage" à François de Fiesque qui vient d'hériter de sa mère (Alphonsine Strozzi) des fiefs de Romsac, Bois-au-borgne, Beaulieu (paroisse de Ste Colombe) et Villebon (paroisse de Rouvres-les-Bois).

                                             sur la cérémonie de foy et hommage, voir notre article


1628-
 
le château  est vendu à Charles Fournier de Carles de Pradines,("escuyer du Roy à la grande escurie de sa Majesté"). Ce dernier  absent,( il participe au siège de La Rochelle), est représenté par son frère César de Carles, prêtre, prieur du chapitre de Levroux. La vente, le 23 juin, s'élève à 4000 livres plus 200 livres pour les épingles de Madame du Cluzeau (Marguerite de Grasset); toutefois seuls sont perçus 297 livres 17 sols, le reste représente un volume de dettes dues à des créanciers présents à la vente: parmi ceux-ci nous relevons Benjamin de Couraud sgr. de Chevilly (paroisse de Méreau) pour une somme de 300 livres, Pierre de la Porte, sgr. de Poulaines, (400 l.), Silvain de Chauveron, sgr.du Plessis-Doré (paroisse de Poulaines), tous les trois beaux-frères de Pierre de la Chapelle. Il installa sa femme et ses enfants dans un pavillon de Levroux (non sans en avoir délogé à grande peine un chanoine qui l'occupait), fit démolir les bâtiments existants, entreprit la construction d'un nouveau château et partit guerroyer (siège de La Rochelle) au service du maréchal d'Effiac pour ... financer les travaux qu'il confia  aux frères Le Mercier, architectes de Richelieu. Ce nouveau château est construit sur une plate-forme carrée surélevée de 80 cm par rapport au terrain environnant, entourée d'un fossé de 10 m de large et de  2,20 m de profondeur.
Les terres et bois  possédés par de Pradines à son décès en septembre 1669 sont estimés à 800 ha. Dépendaient du fief une douzaine de métairies (dont celle de La Porte démolie, déplacée et reconstruite à cette même époque-1628) et une trentaine de maisons rurales (dont celle des Rioland), réparties sur la paroisse de Sainte-Colombe et les paroisses limitrophes.
Ce fut l'apogée de Romsac, qui se présentait alors ainsi:
 

" corps de logis comprenant une jolie salle, une chambre basse, une petite cuisine, un petit cellier, au-dessus, 3 chambres hautes avec cheminée. Dans la cour ( à peine 4 toises au carré) une boulangerie et une écurie,  un passage menait à un pavillon formant entrée avec pont-levis (dans son prolongement la métairie de la porte); le tout entouré de murailles et de fossés"

   
1634 achat de la châtellenie de Jeu-Maloches (12 500 livres); cette châtellenie dépendant du roi, Fournier rend foy et hommage au roi devant la grosse tour de Châtillon. Deux ans après, Fournier transforme le "pavillon" de Jeu-Maloches en réduisant les 5 étages à 3, en faisant percer des fenêtres; il ajoute  une grange, acquiert le fief du "petit Jeu-Maloches", 2 métairies (Jeu et Rouzières) et deux prés, le tout pour 16 930 livres et (!) 2 deniers.
   

 

Les  FOURNIER de PRADINES.....
                                       JOHANNE de SAUMERY.....
                                                                               BARJOT de RONCEE

 

                       Charles  de FOURNIER   x 1618  Péronne de LA PALLU
        de CARLES de PRADINES (1582-1669)                                              (1588-1654)
                                                                  |
                                                          CHARLES (1619-1680)
                                                de Fournier de C .. de P..
                         
                                  x (1) 1646                                      xx (2) 1671
              __________________________                                              
   Jacques de Johanne              Marie de Johanne (1624-1660)       Renée Le Charron
sgr. de Saumery  (1622-1709)      de la Carre de Saumery
             |                                           ___|__________________
         Louise (1743)                    Marcoul                        Claude
         x 1691                                    de Fournier                 de Fournier
          René
  Barjot de Roncée
  de  Moussy (1658-1729)
              |
        Alexis  (1695-1763)
       x 1726
   
Geneviève
     de Borderie de Vernejoux (1700-1778)
   

   
   
1646 Charles Léon Fournier, fils aîné du précédent épouse à Chambord Marie de Johanne de la Carre fille du sgr de Saumery et de Beauregard-Laleu, capitaine du château de Chambord. Après lui avoir donné 5 enfants, Marie décède en 1660, âgée de 36 ans.
   
1669 Au décès du père, Charles Léon, gentilhomme de la chambre du duc d'Orléans, hérite de Romesac et de ses dépendances. Il décèdera en 1680, laissant à sa veuve, Renée Angélique Le Charon, qu'il avait épousée en secondes noces en 1671, de nombreuses dettes.
   
1690 le 16 mars, la terre de Romesac est saisie; elle est adjugée 38 692 livres par "la cour des aydes" au sgr de Levroux, comte de Fiesque, mais...
   
1690 les 2 et 13 septembre, Marcoul, fils aîné des Fournier, mousquetaire de la garde du roi, obtient par sentence du Châtelet que Romesac lui soit attribué par "retrait lignager" sur le comte de Fiesque.
 
Retrait lignager : faculté aux parents du côté d'où provenait un bien, de retraire ce bien lorsqu'il était vendu, afin d'assurer la conservation des propres dans la famille. Ce retrait ne pouvait se faire que dans le temps légal qui suivait la vente et devait être accompagné du remboursement de la vente "prix principal, frais et loyaux coûts"  
Le retrait féodal (cf.infra) était la possibilité pour un seigneur de retraire un fief ou un "bien noble" relevant de lui quand il était vendu.

(Ces retraits rendaient les acquisitions précaires , pesaient sur la valeur des immeubles et s'accompagnaient souvent d'abus énormes).                                
                                                (
M.Marion, Dict.des Institutions, Paris,1923)
   
1694 au décès de Marcoul, sans postérité, son frère cadet, Claude, fait valoir son droit à héritage, sous bénéfice d'inventaire; le 2 mai il vend Romesac, 46 107 livres 9 sols,  à son oncle Johanne de la Carre, sgr de Saumery, maréchal des camps, gouverneur de Chambord, grand maître des Eaux et Forêts de L'Ile de France, et grand bailli de Blois (Il était l'époux de Catherine Charron des Mesnars, belle-soeur de Colbert). La vente permit tout juste  de rembourser les dettes de Marcoul, notamment le "retrait" dû au comte de Fiesque.
 
1699 6 mars - acquisition de deux métairies au village des Bouillies, à Poulaines, appelé également "le petit terrage de Graçay". Adjudication  au sgr de Saumery, par décret fait desdits biens au siège présidial de Blois, sur le sieur Louis Turquet, licencié ès lois. Ces deux métairies sont chargées de cens et de rente envers les chanoines du chapitre de la Ste Chapelle de Bourges, seigneurs barons de Graçay. Quittance donnée à Joullain, receveur du sr.de Saumery, par Gigot, receveur du prieur d'Aubigny  d'une somme de 30 livres
 
1704 Jacques sgr de Saumery baille (pour 9 ans) la métairie des Bouillies à Pierre et René Bouin moyennant 260 livres par an.
 
1709 décès de Jacques de Saumery, sa fille Louise hérite de Romesac. Elle avait épousé en 1691, à Tulle, René Barjot de Moussy, marquis de Roncée, (Panzoult) Crouzille et autres lieux (tous en Touraine), "guidon des gens d'armes de Bourgogne", issu d'une branche La Pallu (cf. géné, ci-dessus) . Un fils, Alexis, naît à Paris en 1695.
 
1726 Alexis épouse à Tulle, en 1726, Geneviève Borderie de Vernejoux, fille d'un avocat au parlement de Bordeaux, maire de Tulle (1684), conseiller du roi (1685)
 
1729 décès de René Barjot (à Tulle); l'année suivante, Louise, sa veuve, renonce à la communauté maritale; c'est peut-être à cette époque que Romesac passe à son fils, Alexis. Toutefois la cérémonie de foy et hommage n'aura lieu que le 3 septembre 1742.
 
1742
Messire Alexis Barjot de Moussy, marquis de Roncée, demeurant ordinairement en son château de Roncée, paroisse de Panzoult, province de Touraine et, à présent, en son château de Romsac, paroisse de Saint-Phallier, sgr propriétaire du lieu et fief de Romsac et autres fiefs annexés (...) a reconnu tenir en lige, foy, hommage, de haut et puissant sgr messire Antoine Antonin, marquis de Longaunay, sgr baron des terres, châtellenies et baronnies de Levroux et Brion, à cause de sa dite baronnie, châtel et grosse tour de Levroux, le dit lieu et fief de Romsac et autres fiefs y annexés;
pourquoi il s'est transporté en cette ville, et par-devant nous, notaire susdit et soussigné, pour rendre à mondit sgr les foy et hommage qu'il lui doit (..) étant au devant de la principale porte et entrée dudit château, ledit sgr de Roncée s'est mis en devoir de vassal, a offert à mondit sgr baron de Levroux la bouche et les mains, fait et prêté le serment de fidélité et les soumissions requises et portées par la coutume général du Comté de Blois.
Pierre Faisant, notaire;
Jacques Lenoir, procureur au siège de la baronnie de L'isle-         Bouchard, procureur fiscal dudit sgr de Roncée, y demeurant;
Estienne Aumerle, greffier de la justice de Levroux.
contrôlé à Levroux par
Pénigault qui a reçu 48 sols.

Le dénombrement aura lieu l'année suivante et reconnaîtra après arpentage une superficie de 447 arpents (environ 225 ha.)
   
1751 Les de Roncée mettent en vente le domaine de Romesac, dont une affichette imprimée à Paris ( chez THIBOUST, imprimeur du roi, Place de Cambray) nous apporte quelques précisions, (il faudra attendre 4 ans pour  trouver un acquéreur):
 
VENTE de la Terre de ROMSAC en Berry, Généralité de Bourges, à 50 lieues de Paris, grande route de Toulouse, à 5 lieues de Touraine;

Cette terre consiste en un château régulier (...) la dite terre affermée à un seul fermier, la somme de 4 300 livres, non compris les bois-taillis; les charges et rentes sont acquittées en outre par le fermier sans diminution du prix du bail.
Il appartient au propriétaire un fond de bestiaux pour la somme de 20 000 livres, que le fermier a entre ses mains et doit lui remettre en fin de bail.
Il y a 540 arpents de bois-taillis, la jeune futaie joignant le parc contient 25 arpents, le tout estimé 20 000 livres.
Le château est meublé d'anciennes tapisseries, de quelques lits et autres meubles qu'on pourrait vendre à l'acquereur.
Le revenu annuel et certain de ladite terre est de 6 000 livres, ce qui se prouve par le prix du bail et le montant des coupes de bois.
La Poste aux chevaux et aux lettres est à Levroux qui n'est qu'à une demi-lieue de Romsac, et les messagers, charettes, et autres commodités publiques de la route de Toulouse, passent à un quart de lieue.

Il faut s'adresser à Madame la marquise de Roncé, rue d'Enfer, près le Luxembourg.
 


1755

 Léon François comte de Barbançois,sgr de Villegongis, Chézelles, Vineuil et autres lieux (1717-1795) et Louise Le Féron son épouse (1777), se rendent acquéreur de Romsac pour la somme de 112 400 "livres francs deniers" plus 1000 livres pour "pot de vin". (le couple aura 6 enfants, dont 2 naîtront à Romsac: Marguerite (1755) et Marie-Hélène (1756))
   
1756 26 août.- retrait féodal exercé par Antoine Antonin marquis de Longaunay, sgr de Levroux, époux de Barbe Cadot de Sébeville, sur le comte de Barbançois. S'en suivent, par avocats interposés, de nombreux mémoires où chacun fait valoir ses droits. Le comte de Barbançois conteste le dénombrement, fait par le marquis de Roncée en 1743, dont se prévaut le seigneur de Levroux qui "ne peut s'emparer d'autorité des biens que M.de Barbançois refuse de laisser et qu'il soutient devoir lui rester comme étant en censives, non sujettes au retrait".
Ces biens relevaient des barons de Graçay, du seigneur de Bouges et des chanoines de Levroux.
Le dénombrement de Romesac n'eut lieu que le 13 juillet 1758. Entre temps et avant d "abandonner" Romesac (14 janvier 1757), le comte de Barbançois avait vendu les Bouillies, pour 4 000 livres, au sieur Pornay, marchand à Valençay.
 
1792




1793
A cette date,  le domaine appartenait en indivis à leurs deux fils: Alexandre Maximilien François marquis de Longaunay et Antoine Constantin, vicomte de Longaunay époux de Marie Aimée Françoise de Bienassis. Les deux frères vendent Romsac l'année suivante (13 février 1793) à Armand, Louis, Jacques Elisabeth Fortuné, comte d'Aiguirande, seigneur de Villedieu qui épousera en 1799 sa cousine germaine Anne d'Aiguirande. Le domaine demeurera dans cette famille  jusqu'à la fin du XIXème siècle.
 

ARMAND-Louis-Jacques-Elisabeth-Fortuné, chevalier,
dit le
Comte d'Aiguirande, comte de Villedieu,
seigneur des terres de Levroux et de Romsac

C'est  le 2 août 1760 que naquit ARMAND en la paroisse St Eloi de Fresnes-lès-Rungis. Il était le fils de JACQUES, dit le comte d'Aiguirande, seigneur de Pouligny (Notre-Dame) et comte de Villedieu et d'Elisabeth Louise Philippe Mathurine de Vassé.

Jacques,  capitaine des dragons au régiment du Prince de Bourbon Conti (1783) avait acheté, pour la coquette somme de  255 000 livres, le comté de Villedieu, les terres de Mehun-sur-Indre à Villedieu, le Bois-Robert à Neuillay et la Tour de Rançay à Niherne).
 
En 1787, Armand fut admis aux Honneurs de la Cour sous le titre de Comte d'Aiguirande. Son oncle, Antoine-François et sa tante Suzanne-Marie du Lau d'Allemans étant décédés,  il recueillit ses deux cousines,  Anne   et Marie Aimée.
 
En 1791, on le retrouve administrateur du Conseil Général du district, il le restera jusqu'au renouvellement des autorités constituées en 1792. Cette même année, le 20 mai, il vend le comté de Villedieu à André de Guilloteau, comte de Grandeffe (paroisse de St Maur).

L'année suivante, loin d'être affaibli par la chute de la royauté, il achète  (10 mai 1793) aux frères de Longaunay, la terre seigneuriale de Levroux "dont le centre depuis que le château est en ruine est celui de Romsac" pour la somme de 130 000 livres et devient ainsi le nouveau propriétaire de Romsac, dont les terres se trouvent sur les paroisses de Levroux, Ste Colombe et St Phalier. La transaction s'élève à  240 300 livres :
  
-  195 000 livres pour les biens fonciers : le château, la ferme du château, 7 domaines, 6 locatures, 1 tuilerie, 3 maisons, 1 parc entouré de fossés, 1 garenne, 2 étangs, 1 pêcherie, 240 arpents de bois, les terres qui dépendaient des domaines et des locatures, les pépinières et les vignes.
  - Plus 44 300 livres pour les bestiaux, outils aratoires et l'ensemencement des grains.
   - Plus 1 000 livres pour les charges
 
L'acte de vente fut passé au château de Romsac  (paroisse de Saint-Phalier-lès-Levroux), le 11 mai 1793, par Eusice Barbier, notaire au département de l'Indre, résidant en la ville de Levroux
                                                                                     AD.36.2E-1312
La rédaction de l'acte ne manque pas de piquant et montre à quel point l'avenir était incertain. L'article 1 stipule que les dîmes sont "réservées et exceptées de la vente" mais ... bien que soit "contre toute probabilité"... on ne sait jamais... si "par évènement"... les "droits" étaient "rétablis" ! il est  préférable de les stipuler  dans l'acte de vente! De la même façon, les cens et les rentes (article 15), et le droit de terrage (article 16) sont acquis par "le citoyen d'Aiguirande" mais "sans garantie ni engagement" !

Les droits féodaux ne furent pas rétablis mais l'histoire nous apprendra que ce fut bien le "citoyen" d'Aiguirande qui profita de l'aubaine, car la crise économique, la chute de la monnaie (février 1796), les dévaluations ont fait que les 239 300 livres dont les frères Longaunay ont dû un temps se réjouir, ne fut que monnaie de singe !

Toutefois, et pour l'heure, le citoyen d'Aiguirande, s'il peut un temps rêver au rétablissement des privilèges, n'en a pas terminé avec la République... 

 
En effet,

le 24 février 1793,  la Convention lève 300 000 volontaires pour faire face à l'Europe coalisée. Les difficultés économiques, le mécontentement général provoquent la création d'un Comité de salut public, la chute des Girondins, le bannissement des émigrés; pour s'attirer la bienveillance des autorités révolutionnaires, le comte-citoyen d'Aiguirande, donne en juillet 1793, 1 000 livres pour équiper les volontaires de la commune de La Fontaine (ci-devant St Phalier) , plus 1 500 livres pour l'équipement d'un cavalier. Générosité bien mal récompensée, le 20 octobre 1793, par mandat du comité de surveillance de l'Indre Libre, il est arrêté et emprisonné à Châteauroux avec les deux petites cousines, sous prétexte que "l'aristocratie leur est entrée jusqu'à la moelle des os" et que de ce fait, ils ne sont pas "dans les vrais principes de la révolution et qu'ils n'y ont jamais été". Heureusement, le représentant du peuple et député des Vosges, Jean Claude Charrier,  en mission dans les départements de l'Indre et du Cher, après avoir entendu les autorités constituées ainsi que le comité de surveillance, les fait remettre en liberté ( 30 août 1794 .)

 
En mars 1799, Armand épouse à Levroux Anne, la cousine germaine qu'il avait recueillie.
 
Sous la Restauration, le calme revenu, le couple d'Aigurande augmenta  de façon notable son patrimoine en acquérant plusieurs domaines dans et hors la commune de Levroux. Elevé à la dignité de maire, Armand le restera jusqu'à son décès ( 22 novembre 1831) . Anne l'avait précédé dans la tombe le 20 mars 1829. Tous les deux furent inhumés dans le cimetière de St Phalier.

 Sans descendant, en 1829, année du décès de son épouse, Anne, Armand légua tous ses biens à son neveu, Alexandre Charles François, dit le marquis d'Aigurande :
          " Je donne et lègue à Mlle Marie-Aimée d'Aiguirande, ma belle-soeur, demeurant avec moi et pour le cas où elle me survivra, l'usufruit et jouissance seulement, de tous les biens, meubles et immeubles qui se trouveront composer ma succession. Je lègue à mon neveu, Alexandre Charles François Xavier d'Aiguirande, demeurant avec moi, la nue propriété des biens meubles et immeubles que je délaisserai et qui se trouveront m'appartenir le jour de mon décès pour, par lui, n'avoir la jouissance desdits biens qu'après le décès de ma belle-soeur."

En signe de gratitude envers quatre de ses domestiques, le comte donne à chacun 600 francs de rente viagère. Cette rente n'aura d'effet que pour le temps où ces personnes resteront employées à Romsac et dans le cas où certaines d'entre eux quitteraient leur place, la rente sera considérée comme nulle et non avenue."

           Le 2 décembre 1831, 10 jours après le décès du comte, les notaires de Levroux, Pinault et Lambron,  procèdent à l'inventaire des biens, sur la réquisition de M.Depiégu, propriétaire demeurant au château de Romsac, en qualité de mandataire de Mle d'Aiguirande, et de M.Defougières en qualité de tuteur du neveu, mineur.

     Les 447 articles commencent par l'inventaire de la chambre du défunt, où se trouvent entre autres, "un secrétaire à tombeau, en bois de rose" contenant 3450 pièces d'or de 20 F,  2392 pièces de 5 F, évaluées respectivement à 60 000 et 11 960 francs et un "portefeuille de cuir de Russie" contenant 8 billets de la Banque de France de 1000 francs chacun.
      La bibliothèque (art.88 et 89) comprend 1093 livres:
          - 700 volumes brochés, dont l'Encyclopédie (... volumes), le Dictionnaire historique (11 vol.), l'Histoire de Napoléon, un Traité sur l'agriculture, etc.
             -   393 volumes reliés, dont les oeuvres de Rabelais, Corneille, La Fontaine, Voltaire, J.J.Rousseau, Raynal, etc.
     L'expertise dénombre 8 domaines, 7 locatures, les bestiaux et le "cheptel de fer" (charrues, herses, tombereaux, charrettes, etc.). Il a également été dénombré plusieurs milliers de gerbes de différents grains et de nombreuses ruches.

       Au total (y compris pièces et billets),
 l'estimation s'élève à .....................................162 347,98  F.
 les créances actives à ................................... 141 911,00  F.
 les créances passives à ................................... 11 360,36 F.

  

   
A propos du titre des Aiguirande, cf. le Nobiliaire du Berry de Desgranges
 
La maison d' Aiguirande appartenait à la noblesse chevaleresque et aurait eu pour berceau, la petite ville de ce nom (Aigurande et non Aiguirande), sur les confins de la Marche et du Berry. Cette seigneurie forte importante, appartenait au XIIIième siècle aux barons de Châteauroux, princes de Déols et du Bas-Berry et on en a conclu, sans preuves sérieuses, que la maison d'Aiguirande était issue de cette illustre race.
  Or monsieur Paul Cravayat, archiviste du département  du Cher, disparu en 1958, estimait avec une grande vraisemblance que le berceau de cette famille doit être recherché en Bourbonnais, en un lieu nommé Aiguirande, devenu Le Plaix, sis sur la commune de St Désiré, dans le canton d'Huriel (03), famille connue dès 1073. Nous trouvons en effet dans le cartulaire de la Chapelle-Aude de nombreux personnages de ce nom "de Guirande, Aquirande, Aiguiranda, Aguranda, Eguirande).
   

1839

Armand,  dont on vient de lire l'inventaire de ses biens, après son décès en 1831, avait outre le frère cadet, Charles, dénommé le chevalier d'Aiguirande,  un troisième frère, ecclésiastique de son état, qui vivait à Romesac. Charles, lui, était né au domaine familial du château de Villedieu en 1765; il fit carrière dans l'armée et la termina à Paris en 1798 dans la légion de police générale. Il regagna alors son Berry natal, plus précisément Levroux, où il épousa (1810)... sa domestique, Anne Madrolle, elle-même fille de François Madrolle et de Jeanne Davenat, une  famille fort modeste de journaliers. Le chevalier d'Aiguirande n'avait pas attendu le mariage pour consommer ses amours ancillaires, car les époux reconnurent dans l' acte de mariage leurs deux filles: Véronique, née le 11 novembre 1806  et Louise, née le 14 mars 1810. Le couple donna naissance, le 18 mai 1815,  à un troisième enfant, Alexandre, le fameux neveu d'Armand qui héritera de Romesac, mais auparavant, Charles (le père) décéda à Levroux en 1827. Et, comme le vaillant chevalier avait épousé Anne mais nullement la famille Madrolle ! au décès de son époux, Anne, "étant non commun en biens de son défunt mari", dut renoncer à tous les avantages résultant en sa faveur du contrat de mariage, à savoir une donation de 2000 francs, payés en meubles, en effets mobiliers ou numéraire, 1000 francs de rente viagère par semestre, et l'usufruit et jouissance pendant sa viduité de la maison occupée rue de l'étang à Levroux par "Monsieur d'Aiguirande" : aux  enfants de subvenir à ses besoins !

          La mésalliance était effacée, ( et par là même l'opinion des révolutionnaires du Comité de Salut Public castelroussin confirmée : "les d'Aiguirande, aristos jusqu'à la moelle des os" ! ) Toutefois, le marquis, n'ayant pas eu d'enfant de son mariage consanguin, accepta de prendre sous son toit ses trois neveux, "à titre gratuit (sic) uniquement par affection" ! Il conserve la curatelle des deux filles, quant à Jacques Defougières (dont on ignore le lien avec les d'Aiguirande), il  est élu tuteur du jeune Alexandre, lequel est envoyé illico par son oncle à Paris,  au collège royal de Saint-Louis, pour parfaire son éducation. Ainsi, non seulement Anne fut dépouillée de ses maigres biens mais on la sépara de ses enfants, respectivement âgés de 21, 17 et 12ans! (Sept ans après, Véronique demeurée célibataire décédera à 28 ans; Louise aura plus de chances, elle épousera en 1838 un bourgeois, "le chargé d'affaires du marquis", Jean Florent Depiégu qui, tout en  résidant au château, possédait le domaine de Beaulieu à Sainte-Colombe).

          Au décès de son oncle, Alexandre étant mineur (16 ans), son tuteur fut autorisé à emprunter la somme de 57 000 francs pour acquitter "le droit de mutation" résultant du legs de son oncle, et Marie-Aimée, continua à exploiter Romesac, mais 5 ans après, Alexandre, devenu majeur, reçut par acte notarié, de la "cousine usufruitière", Romesac et l'ensemble des biens, moyennant la somme annuelle de 30 000 francs. (On peut comparer cette rente annuelle de 30 000 francs avec les maigres 2 000 francs octroyés à Anne Madrolle par son modeste époux et néanmoins retirés par le richissime marquis Armand !)
          En 1839,  Alexandre, devenu Marquis d'Aiguirande, s'empresse d'augmenter son domaine, en février il achète notamment l'emplacement de l'ancienne église de Sainte-Colombe et le cimetière attenant.  Cette même année, le 10 avril,  Alexandre épouse Clémence  de Poix. 
   
Louise, Caroline, Clémence est la fille d'un maréchal de camp, Louis de Poix et de Charlotte Duchesneau. Elle n'a que 16 ans quand elle épouse, le 2 octobre 1827, Charles, Henri comte de Préaulx de 19 ans son aîné. Le couple habitait, soit dans une agréable demeure de Levroux, place Gabatum, soit au château de La Chênelière, près de Nogent-le-Rotrou (28). Le couple mena joyeuse vie fréquentant les salons et les soirées mondaines de la Restauration. Quatre enfants se succédèrent: Charles (1829), Gabrielle (1832), Henriette (1833-1834),Marie (1835).
En 1838, le 3 juin, Louise reçoit par testament de son père, le château de Marécreux et le domaine de la Cour, en échange dune pension annuelle viagère de 5 000 francs. Une semaine après, son époux, le comte de Préaulx, décédait en son château de la Chênelière. A 27 ans, Louise était veuve pour la première fois.
   
  Prémonition ? à peine mariés, le couple envisage d'établir une sépulture, pour eux et leurs enfants,  dans la tour ouest du château de Levroux. Or, cinq mois après l'union, Clémence accouche d'un enfant mort-né et peu de temps après,  le 4 mai 1841, c'est Alexandre qui décède. Il était âgé de 26 ans. Au moins eut-il le temps de rédiger ses dernières volontés: son épouse Clémence, veuve pour la seconde fois à 30 ans, est usufruitière, sa belle-fille Marie  légataire universelle; il n'oublia pas son origine  Madrolle : la maman est "héritière à réserve avec un droit du quart de la succession", droit auquel elle renoncera contre une somme forfaitaire de 190 000 francs. Elle survivra huit ans à son fils et s'éteindra rue du cloître à Levroux, en juin 1849.
   
  Blason des d'Aiguirande
 
 
D'or au lion de sable, armé et lampassé de gueules

                                             les       d'Aiguirande
                                                           __________________________________________
            
                            Jacques                                                               Antoine
                                             _____|______________________                                  ________|________
      
                                Armand            Charles            Louis                       Anne                        Marie-Aimée
     
                   le marquis    le chevalier l'ecclésiast.       x son cousin                     d'Aiguirande 
                                              x sa servante                      le marquis Armand                              
                     
                              Anne Madrolle                                                                                               
                                                  ____________|__________                                                                                     
                                    Véronique         Louise            Alexandre x Clémence de Poix,
  dite "la marquise"
        
                  † 28 ans       x Florent    marquis de Romesac             veuve de Charles comte de Préaulx 
                                           Depiégu       
sans.postérité      ___________________|_________
                                     chargé d'affaires                       Charles               Gabrielle               Marie
                                        du marquis                         de Préaulx              de Préaulx           de Préaulx
                                                                                 x 1853                   x 1850                x 1853
                                                                         Charlotte de Launay  marquis de Cordoüe      
Henri
                                                                      
        ss.postérité                    |          de la Bourdonnais
                                                                                                                                            un fils                         |
                                                                                                                           ___________________
                                                                                                                           René   Arthur   Georges  Roger
                                                                                                                               
de la Bourdonnais

   
 

 Au décès d'Alexandre, Louise Caroline  Clémence de Poix, qui se fait appeler Clémence ou plus simplement (!) "la marquise", ne peut exercer pleinement son droit d'usufruit car Marie-Aimée est encore bien vivante (elle ne décèdera qu'en 1846, âgée de 81 ans). Or, Clémence est impatiente de profiter de cette immense richesse qui devrait d'ici peu lui échoir : le château est situé au centre de 1686 ha et possède 24 domaines  locatures et des terres qui s'étendent sur 9 communes. La rumeur colporte même que Marie-Aimée possède dans une cave du château 1 toise carrée de pièces d'argent ! (à son décès on ne trouvera que 6 966,37 francs). Clémence ronge son impatience en faisant démolir ce qui restait de la haute tour de Bonnan à Levroux pour palier les travaux les plus urgents et restaurer "le pavillon" encore appelé "l'aile du portail", le tout à ses frais.
         Libérée de la tutelle de Marie-Aimée "la marquise" entre en conflit avec sa fille qui, devenue majeure, entend faire valoir ses droits de légataire universelle. La fille doit s'incliner, c'est à son tour d'attendre !
           Enfin la veuve peut mener joyeuse vie. Des fêtes somptueuses se succèdent pour distraire la nombreuse société qui entoure la marquise (le célèbre illusionniste Houdin y séjournera une semaine).
          Nous  sommes en 1852, la marquise a 42 ans, elle est en Angleterre dans le comté  du Middlesex où elle épouse à l'église anglicane un aventurier, Duport-Latouche, et tente, vainement (le Droit anglais ne le permettant pas), de faire légitimer une fille, Louise Clémence Eugénie, née de cette union quelques mois auparavant à Romesac.
 

   
Duport-Latouche, et non "comte Duport de Latouche" comme il se faisait appeler avait onze ans de moins que la marquise. Il était né à Loudun en 1822 d'un jeune ménage de "marchand de fer" . A 18 ans il s'engage dans l'armée et gravit rapidement les échelons, on le retrouve sous-maître de manège, cinq ans après. En 1848 il est sous-lieutenant au 1er escadron de Guides d'état-major. Il se fatigue vite de l'armée, il s'absente constamment et préfère de loin la compagnie de la marquise; sur un rapport du maréchal Bugeaud, un jugement du conseil de guerre le radie de l'armée.
Personnage fantasque, capable d'actes de bravoures inconsidérés autant qu'inutiles, hâbleur, il est qualifié dans son entourage de "braque" ! Passionné de chasse à courre il monte un équipage. Au cours d'une partie de chasse dans la forêt de Vierzon (19 janvier 1857), il relève le défi d'aller chercher "un chevreuil forcé qui bat l'eau à l'étang de Faye". Ce sera le défi de trop, il tombe de son cheval dans l'eau glacée, il est pris de congestion et disparaît dans l'étang; il en sera retiré trois heures plus tard.
Selon la volonté de sa famille il sera inhumé à Saumur près de sa soeur.
 
  Et voici, Clémence la marquise, veuve pour la troisième fois. Entre temps elle avait marié ses enfants:
     - Gabrielle (en 1850) épouse Marie, Fernand Gonsalve marquis de Cordoüe qui vivait au domaine de la Gauthière à Vicq-sur-Nahon (le couple se séparera très vite après la naissance d'un garçon, Fernand, et le marquis décèdera, à 34 ans, en 1864; quant à Gabrielle, elle s'éteindra en 1889, dans un garni de Châteauroux, hébergée par son cocher !);
      - Charles (en 1853) épouse Charlotte, Zélie de Launay de Cohardon et s''installera dans le domaine maternel de la Chênelière (Officier au 1er régiment d'infanterie légère, il décèdera en 1859 sans postérité;
      - Marie, cette  même année de 1853,  épouse le comte Henri, Julien, Anne de la Bourdonnaye de Coëtcandec.

     Son veuvage achevé, la marquise reprend ses relations mondaines et le château vit à nouveau de tous les éclats du Second Empire. Clémence vieillit, outre les décès qui s'accumulent les relations avec la fille cadette se brouillent. Le 28 décembre 1877, elle stipule devant Me Arnou, notaire à Levroux, dans un testament olographe:
    "* J'institue pour légataire universelle, Mme la comtesse de la Bourdonnaye.
        * Je réduis, autant que la loi me le permet, la part héréditaire de la Mme la marquise de Cordoüe, ma fille aînée. (cf.encart, ci-dessous)
        * Mme la baronne de Bellissen reçut dans la succession de son père et par la dot que je lui ai constituée pour son mariage la somme de 500 000 francs (la petite Louise, née du "braque" Duport-Latouche,  avait été unie, en 1873, au baron Cyprien de Bellissen-Bénac, propriétaire, ,conseiller général de l'Ariège, demeurant à La Bastide de Sérou; Louise apportait à son baron la terre de Trez  dont elle était propriétaire à Baudres)
        * Je donne aux communes de Levroux, Baudres, Bouges et Rouvres, la somme de 5 000 francs.
        * A mon cousin germain, Louis de Poix, les portraits de famille et je lui demande de voir par cette disposition une preuve de ma sincère affection"
 
On devine que sous cette "réduction de la part héréditaire" un sourd et tenace ressentiment opposait les deux femmes, la mère et la fille ! Cherchez l'homme et vous trouverez la cause !, cet homme c'est un modeste palefrenier, Pierre Puard, modeste peut-être, mais possédant des atouts qu'il faut croire irrésistibles ! Engagé en 1867, à 31 ans,  il est l'année d'après "valet de chambre" de la marquise, valet de chambre et beaucoup plus; une position bien rémunérée : en un an il a économisé plus de 2 000 francs, une somme considérable ! Puard prendra vite conscience que la "marquise", c'est une aubaine, mais pour la bagatelle mieux vaut la fille ! Et Gabrielle, séparée de son mari, n'en a pas moins le sang chaud, son petit fils dira d'elle : "Elle fut une femme légère, même avec les domestiques; c'était une gaillarde, fumant la pipe et remontant le Cher à la nage" (On sait qu'elle décèdera en 1889 dans un garni de Châteauroux, loué par son cocher !) On imagine l'affrontement qui eut lieu entre les deux marquises, celle d'Aiguirande et celle de Cordoüe ! Puard fut prié de renoncer à la fille, on exhiba de la bonne monnaie, rien n'y fit; Puard s'entêta dans son refus. Mais là ne s'arrêtent pas les exploits donjuanesques du palefrenier-valet de chambre ! Une triple liaison est vite découverte, car la plus jeune des filles, la petite Louise, qui n'a que 16 ans, est enceinte ! Pour éviter le scandale, il faudra avoir recours à la clandestinité d'une sage-femme de Luçay-le-libre, qui, contre 10000 francs trébuchants, se chargera de la besogne: "je fus amenée dans une chambre tendue de noir, éclairée à la bougie, en compagnie de personnes masquées, près d'une femme voilée qui accoucha d'un garçon", selon son propre témoignage. 
 Du même coup Puard signa sa perte. En moins d'un an, le palefrenier s'était joué de la mère et des deux filles ! Pour la châtelaine de Romesac, ce triple affront n'était pas tolérable, Puard sera châtié !

Au matin du dimanche 1er mars 1868, au jour anniversaire de ses 33 ans,  Pierre Puard est retrouvé mort, allongé au bord du chemin qui mène à Moulins-sur-Céphons, au lieu-dit, le Pré Mou, près du pont de la Reuille. La veille il avait fait part de son intention d'aller rendre visite à sa vieille maman à Fontbernard; par la même occasion il lui porterait ses économies et verrait "l'état de ses couvrailles". C'est Armand Poirier qui prévint la gendarmerie. Poirier est journalier de son état, mais c'est avant tout un braconnier, il est bien connu de la maréchaussée, il a été condamné à plusieurs reprises pour des délits mineurs, car il aime bien la chopine, et, quand l'occasion se présente, il est prompt à la bagarre et il en veut particulièrement au garde-chasse de Romsac, un certain Cantin ! Il n'oubliera pas ce dernier dans sa déclaration ! " Il faisait très mauvais temps et je revenais d'Ecueillé où j'étais allé couper de la bourdaine; parvenu à la hauteur du Pré-Mou,  j'ai vu trois hommes conduisant une mule ou un cheval, portant en travers de selle "quelque chose"; de ces trois hommes j'ai reconnu Cantin..."

Le corps fut apporté à l'hôpital de Levroux, l'autopsie révéla qu' "il avait reçu un coup sur la tête". Des témoins rapportèrent qu'il avait beaucoup plu mais que le corps était pratiquement sec et qu'un sac avait été jeté sur lui, d'autres avaient remarqué qu'il portait deux sabots "gauche", un autre affirma que ce n'étaient pas deux sabots mais un sabot et un brodequin, etc. Rien n'y fit, le magistrat instructeur, que la marquise s'était chargé de séduire au préalable, conclut à un non-lieu. En 1873, une nouvelle enquête, à la demande d'un industriel de l'Indre et d'un sénateur, n'eut pas plus de succès.

La vérité sera connue beaucoup plus tard, par les "mémoires" de l'abbé Rabier, dont le père était l'un des deux hommes qui accompagnait Cantin dans sa sinistre besogne.
                                                                  d'après Jacques Dupré op.cit.

 
   En 1878, Clémence de Poix, marquise d'Aiguirande décédait dans son château de Romesac, âgée de 67 ans.
 
Il était écrit que la vie tumultueuse de Clémence, la "marquise", ne s'arrêterait pas en 1878: en effet par deux fois, le sanctuaire, dans lequel elle reposait près d'Alexandre et de son enfant mort-né, allait être profané.
Selon la volonté des jeunes époux,
(comme nous l'avons indiqué ci-dessus), la tour du Bonan du château de Levroux, avait été aménagée en sépulture
(cf.annexes), et c'est là que Clémence était venue rejoindre Alexandre et leur enfant.
Or,
(et nous laissons la parole à un témoin oculaire) "en 1925, j'ai vu les cercueils dans une tour; des soldats américains, qui avaient participé à la guerre 14-18 et qui étaient cantonnés dans le pays avaient cassé la porte et profané les sépultures. J'étais encore très jeune et je suis descendu à mon tour avec d'autres gamins. J'ai vu les deux tombeaux, il y avait aussi un cercueil de verre, rempli d'alcool, qui contenait un enfant en très bas-âge".
La porte fut rebouchée en maçonnerie, mais,
" pendant la guerre 39-45, des soldats firent un grand trou dans le mur (côté ouest), débouchèrent la porte et profanèrent les tombes: ils sortirent la marquise et la mirent debout le long du mur, les chairs étaient encore rouges (embaumement ?); des chiens errants déchiquetèrent le corps et des gamins jetèrent les bras et les jambes dans un noyer proche, où ils restèrent un certain temps. Moi, étant de passage, je vis le "spectacle !", j'en ai fait part au maire qui fit inhumer la dépouille au cimetière".
                       
                                               d'après Jacques Dupré,op.cit.
 
 
1884-1885 vente par licitation entre les 3 héritières. Le domaine (à l'exception de quelques parcelles mineures concédées à sa soeur , sa belle-soeur et à des particuliers) échoit en quasi totalité à Marie Charlotte Anna de Préaulx comtesse de la Bourdonnais, pour la somme de 1 632 200 francs.
 
1891 nouvelle vente par licitation entre les quatre fils de Marie Charlotte: René, Arthur, Georges et Roger: Roger de la Bourdonnais, adjudicataire.
 
1905 Un incendie détruisit le château les 24 et 25 septembre 1905.
 
           Le Château de Romsac, près de Levroux vient d'être à peu près entièrement détruit, sauf une partie de l'aile droite qui a pu être préservée grâce à l'admirable conduite de tous les citoyens accourus au premier signal sur le lieu du sinistre pour porter secours. C'est d'ailleurs au précieux concours des habitants qu'ont dut de pouvoir sauver la majeure partie du mobilier.
          L'Incendie qui se serait déclaré vers les deux heures de l'après-midi dans la salle de billard, parait être accidentel.
          Les pertes difficiles à évaluer semblent devoir s'élever à environ 150.000 francs et ne sont assurées que pour 75.000 francs à la mutuelle de l'Indre, dont 50.000 francs pour les bâtiments et 25.000 francs pour le mobilier.
          Monsieur le comte Roger de la Bourdonnaie qui habite le château, était absent au moment du sinistre, prévenu télégraphiquement il est rentré aussitôt pour ne plus trouver que des ruines
Journal de l'Indre du jeudi 28 septembre 1905 (AD.36.PR.702-28)

Après l'incendie, le comte Roger de la Bourdonnaye "sacrifia de beaux arbres pour trouver les fonds nécessaires à une très partielle sauvegarde des bâtiments", il vendit les domaines et finalement, le 1er juillet 1906, céda ce qui restait du château à MM. Paul Gratier, pharmacien et Marcel Gratier, médecin, l'un et l'autre habitant Levroux. Le domaine restera dans cette famille jusqu'en 1981.
 

 

annexes-1              annexe-2

 

(à suivre)