Berry
et autres
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les cloches de nos villages

 

Un peu d'HISTOIRE ...
 

          Les premières clochettes en terre cuite sont - déjà - attestées en Chine, 5000 ans avant J-Ch. et dès l'époque des Xia, (première dynastie connue, au 2ème millénaire) les Chinois maîtrisaient la fonte du bronze !
            On peut donc dire que l'usage des cloches remonte au balbutiement de nos civilisations. Plus près de nous, les Romains utilisaient les "tintinabulae" pour annoncer certains évènements comme les marchés, les spectacles, l'ouverture des bains,etc. Mais c'est au V
ème siècle que Paulin, un évêque de Nola, en Campanie (d'où le nom de "campanile") aurait introduit des cloches dans les églises. Dès lors l'usage des cloches va se répandre dans les villages et devenir indispensable à la vie de la communauté.


FONCTIONS ...
 

            Le sacristain, ou bedeau, en avait la charge. Louis Rioland, de la grande famille des tisserands de Châteauvieux (41), eut cet honneur et, pour cette raison, fut inhumé (1730) dans le choeur de l'église ! Le sonneur avait pour mission d'informer les villageois: l'annonce des offices comme les "angélus" du matin (6h.), du midi (12h.), du soir (18h.),  rythmaient la journée. L'information pouvait être occasionnelle, c'était alors l'occasion donnée au sonneur de faire "chanter" la cloche pour un baptême, de la faire "rire" à toute volée pour un mariage, et l'on sait que le bedeau avait ses petites manies : une petite pièce et la volée n'en était que plus belle; parfois aussi la cloche "pleurait",  c'était le tintement lourd, sinistre du "glas" qui annonçait un trépas; dans les champs, les paysans avaient compris, c'était la Marie qui n'était pas bien depuis quelques jours qui s'en était allée, ou la Jeanne qui attendait son petit, "ça se s'ra mal passé!". Parfois encore, mais plus exceptionnel, il fallait prévenir d'un danger immédiat et le sonneur "toquait le saint", d'où le "tocsin". Louis n'étant plus là, c'est son successeur qui dut avoir cette dramatique mission quand, à Châteauvieux, le 19 décembre 1737, tout un pan du coteau s'éboula, enfouissant plusieurs maisons sous des tonnes de rochers: la communauté avait bien besoin de bras, la cloche appelait au renfort comme  l'actuelle sirène appelle les pompiers. On mesure ainsi tout l'intérêt de la cloche (fût-elle modeste) ou des cloches (dans un milieu plus urbanisé), au service de toute la communauté humaine.
             Néanmoins, la cloche portait en elle une double et terrible menace: elle était logée dans un clocher, le clocher dans une église (et la nuance entre la minuscule et la majuscule - église/Eglise - était bien mince), qui plus est,  elle était en bronze ...  les canons aussi ! Et c'est pourquoi en 1793, Lazare Carnot, insensible aux Angélus, aux baptêmes et autres "bondieuseries" décida, sans autre forme de procès, de fondre les cloches de France. Certains paroissiens nuitamment allèrent décrocher la précieuse messagère pour la soustraire aux commissaires du peuple, hélas! plus de 100 000 d'entre elles rejoignirent les champs de bataille, non pas pour chanter des Te Deum mais pour cracher des boulets ! * Les conflits terminés, d'autres cloches réoccupèrent les clochers; l'attente parfois fut longue, le clocher de Châteauvieux demeura silencieux pendant 39 ans ! Aujourd'hui, le modernisme aidant, les cloches sont électrifiées, certains affirment qu'elles sonnent faux : " Ah! mon brave Monsieur, il fallait voir les bedeaux tirer les cloches, il y avait dans ses bras de la force, de la souplesse, des vibrations !"  - Gloire aux sonneurs de cloches ! alléluia !
 
Toujours sur la brèche, Guy GUENAIS nous fait parvenir une délibération  du Directoire du district d'Issoudun, datée du 13 septembre 1791, signée du Président MOIREAU
 
   Et le dit jour treize septembre mil sept cent quatre vingt onze, trois heures après midy les administrateurs du Directoire du district d'Issoudun se sont assembles en leur bureau aux personnes de messieurs Gilbert MOIREAU, Jean-Baptiste BARRE, Louis ALADENISE, Jacques Philippe PENEAU et François Etienne DEMONFERRAND, vice président, administrateur procureur sindic et secretaire.
  Ou etant le sieur COUSIN secretaire greffier de l'administration qui nous a exposé que d'après notre deliberation du 4 7bre present mois par laquelle il avoit été commis a l'effet de se transporter dans les ci devant communauté de Glatigny  Barzelle et autres endroits de notre district ou les églises sont suprimées et meme vendues pour en faire descendre les cloches et desuite les faire conduire en cette ville, il se seroit transporté en la ci devant église de Chambon située paroisse de Poulaine et qu'après avoir fait descendre les cloches de cette église suprimée et vendue et sur le point de les faire charger pour les faire conduire en cette ville, le peuple du village de Chambon dite paroisse de Poulaine se étoit opposé et avoit remonté dans l'église dudit Chambon les dites cloches que s'étant alors apperçu du danger qu'il y auroit d'executer notre deliberation il auroit cru devoir requerir la force publique et s'adresser à cet effet a la municipalité de Poulaine qui s'est refusée de leur prêter secours et de lui donner main forte ainsi que cela a été constaté par un proces verbal du neuf de ce mois que ledit Cousin a a l'instant deposé sur le bureau.
  La matière mise en déliberation et sur ce oui par le Procureur sindic il a été arrêté par nous administrateurs du Directoire du district que le procès verbal fait par ladite Municipalité de Poulaine portant refus de preter secours et donner main forte audit Sr Cousin commissaire par nous nommé pour faire descendre et conduire en cette ville les cloches de l'église suprimêe de Chambon seroit adressé avec copie de la présente délibération à Messieurs les administrateurs du Directoire du Département pour les prier d'enjoindre a la municipalité de Poulaine de faire transporter en cette ville lesdites cloches de Chambon et cela dans la huitaine a compter du jour de la notification qui leur sera faite de la deliberation du Departement a intervenir.
  Ensuite Messieurs se sont occupes du travail de l'administration jusqu'a sept heures que Mr le President a levé la seance du consentement de tous les membres".
Aïe, aïe, aïe ! z'avaient du caractère les Chambonnais de Poulaines, la main sur le coeur : " Touchez pas à ma cloche " ! On aimerait bien savoir ce qu'il advint !

SAUVEES !!!!!

" Ce jourd'hui six octobre mil sept cent soixante et onze, huit heures du matin (6 octobre 1771) les administrateurs du directoire du distric d'Issoudun assemblés extraordinairement en leur bureau aux personnes de M.M Gilbert MOIREAU vice president Jean Baptiste BARRE Louis ALADENISE Jacques Philippe PENEAU et François Etienne DEMONFERRAND administrateur procureur sindic et secretaire.
  Ou etant Mr COUSIN premier commis de l'administration et commissaire par nous nommés le trente septembre dernier pour l'execution de la deliberation du departement du dix neuf du même mois, est entré et rapporté que le samedi premier de ce mois, il s'est transporté au bourg de Poulaine, que là il a notifié a Mr Lebon Maire de la municipalité de ce lieu, la deliberation du departement et dessus portant entre autres choses que les cloches de la ci devant eglise de Chambon seront descendues et conduites à Issoudun aux depens de la municipalité dudit lieu et que ladite deliberation seroit lüe a l'issüe de la messe paroissiale dudit Poulaine le dimanche que suivroit la reception.
  que le dimanche deux octobre la municipalité de Poulaine s'est assemblée et a remis au curé cette deliberation pour en faire lecture. Ce qui a été exécuté que le lundi matin il se rendit avec cette municipalité a l'eglise de Chambon a l'effet de faire descendre les deux cloches du clocher, qu'alors ils reconnurent que nuitament elles avoient été enlevées par des gens attroupés ainsi qu'il resulte du procès verbal qu'il en a adressé et déposé sur notre bureau vu lequel proces verbal et les pieces jointes oui le rapport et le procureur sindic les administrateurs du directoire du distric d'Issoudun ont delibére que tout ledit procès verbal que les pieces relatives a cette affaire seront envoyées au departement a l'effet d'etre authorisé a denoncer a Mr l'accusateur public les faits y contenus et faire informer contre les auteurs fauteurs complices et adherans de l'enlevement furtivement et nuitament fait des cloches de l'eglise de Chambon".
                                  ...et à l'abbaye de BARZELLE ?
 
 " Le six juillet mil sept cent quatre vingt dix recollement d'inventaire fait à l'abbaye de Barzelle par Mrs Lebon (fermier de Buxeuil) et Perraguin administrateurs du district d'Issoudun. ... plus trois cloches dans le clocher et une petite cloche au dessus du refectoire...
  Le vingt et un septembre mil sept cent quatre vingt onze 2 cloches de Barzelle pesant respectivement 1480 livres et 35 livres sont envoyées par la méssagerie d'Issoudun à Limoges à l'adresse du directeur des Monnayes pour être fondues".
  Là encore, que sont devenues les deux cloches manquantes ?...
                                                                                        EH, OUI !!!


La FONTE ...
 

         Gloire aux sonneurs, fallait-il encore qu'il y ait des fondeurs. Au début, les cloches n'étaient que deux plaques de métal rivetées entre elles. La cloche rituelle de grande dimension, telle qu'on la connaît, serait apparue en Italie au VIIème siècle. Les artisans furent longtemps des moines, peu à peu  remplacés par des artisans "civils" itinérants qui "coulaient" au pied de l'édifice car  le charroi était non seulement difficile mais périlleux dans la mesure où l'on risquait de fêler la cloche.
          Il fallait d'abord confectionner un moule, lui-même composé de trois parties:
    - le "noyau" en terre, qui allait correspondre au "vide" de l'intérieur de la cloche,
    - la "pauvre cloche", qui sera détruite pour laisser la place au bronze,
    - la "chape" extérieure qui allait supporter la température du métal en fusion.
( à partir du XVème siècle la cloche fut plus ou moins enrichie de décors au moyen de  "la technique de la cire fondue".)
        Le moule terminé, il fallait procéder au coulage: le bronze était chauffé à une température de 1080 °C, puis en quelques minutes, voire en quelques secondes déversé dans les rigoles aménagées dans le moule. Le démoulage n'intervenait qu'après refroidissement, plusieurs jours étaient parfois nécessaires.
       Le travail n'était pas terminé pour autant, il fallait meuler, aléser, poncer, polir, pour améliorer le spectre sonore. C'est pourquoi on pouvait dire qu'il n'y avait pas deux cloches pareilles: les paroissiens étaient jaloux de leur église, de leur clocher.... de leurs cloches. Ainsi, à Tours (37), affirmait-on que les cloches de Saint-Julien étaient bien plus belles que celles de la cathédrale Saint-Gatien !
 

Vous avez vu sous la main du fondeur,
Ensemble se former, diverses en grandeur,
Dix-sept cloches d'airain, rivales du Tonnerre ?
Il achève leur moule, enseveli sous terre,
Puis par un long canal en vanneaux divisé,
Y fait couler les flots de l'airain embrasé,
 Si bien qu'au même instant, cloches petites et grandes,
Sont prêtes, et chacune attend et ne demande
Qu'à sonner quelque mort et de haut d'une tour
Réveiller la paroisse à la pointe du jour.
                                                                          André CHENIER

 

Pendant le coulage, une énorme quantité de gaz se dégage,
 il est immédiatement brûlé, d'où les torchères.
                                             photo: asso.nordnet.fr


BAPTÊME ....

                    


            Les cloches avaient un coût, comme le montre la facture suivante. Il fallait le plus
souvent avoir recours à un mécénat, le baptême  consistait
avant tout à "honorer" les généreux donateurs, et la cérémonie était si importante pour les curés de la paroisse qu'elle méritait de figurer dans le registre de catholicité, au même titre que le baptême d'un enfant du village  ! Notre correspondant Guy GUENAIS nous en fournit un exemple découvert dans les registres de Varennes (36)

 
         Aujourd'hui 23ième jour de may 1752 la grosse cloche a été par moy Mr Pierre
         Sainson prieur curé soussigné bénie suivant la permission qui m'a été accordée
         par Mr Very grand vicaire de son éminence monseigneur de la roche foucault
         cardinal archevêque de bourges en datte du 22 avril audit an signé very et
         majeone secrétaire laquelle cloche a été nommée Marie par joseph guillaume
         de bellevalle officier de feu son altesse royal mgr le duc dorléans régent du
          royaume petit fils de france et dame Marie anne hernault épouse de honoré
          jacque dumenil seigneur de préblasme
.

                                                                      
Les COUTS

                   fondeurs ............................................  48 livres
                   7 livres de suif, à  7 sols et demi la livre.  52 sols 6 deniers
                   5 livres de bourre................................  10 sols
                   2 livres de savon.................................  24 sols
                   2 livres de parafine .............................  10 sols
                   4 livres de cire à 38 sols la livre.............   7 livres 12 sols
                   1 corde et demie de bois + voitur(age)...12 livres
                   6 livres de chanvre............................... 27 sols 6 deniers
                   1 toise de bois ..................................... 10 sols
                   1 poinçon et 3/4 de charbon ................    5 livres 5 sols
                   1 boucle pour tenir le baudrier..............   20 sols
                 
 pour d'autres ferremenents et raccomodages.45 sols
                   4 charrois de terre.................................40 sols
                   1/2 millier de carreaux..........................   8 livres

                  
 les fondeurs ont pris les deux tuyaux qui font 3 ou 4 livres de métal
                    La dite cloche fut fondue le 6 mai sur les 9 ou 10 heures du soir

                    En tout.................................................92 livres 16 sols

          La bénédiction de la petite cloche avait eu lieu deux ans auparavant, le 9 novembre 1740                                                            

    
     . la bénédiction de la petite cloche a été faite par Mre pierre Sainson prieur dudit
       Varennes soussigné en ayant obtenu la permission de Mr Damonville grand vicaire
       de mgr l'archevêque en datte du quatre septembre audit an laquelle a été nommée
       Marie par le Sr Louis Grados brunet et dame Marie Moreau.
       IL en a couté: 

                       pour les fondeurs ................................quarante livres
                       une corde de bois................................trois livres dix sols
                       quatre livres de suif.............................vingt sols
                       quatre livres de chanvre...................... vingt quatre sols
                       une livre et demy de cire......................quarante huit sols ;
                       un poinson de charbon ........................ trois livres
                       et  pour autres choses..........................trois livres
       
Les fondeurs ont pris les tuyaux de la cloche qui font environ trois a quatre livres de métal.

 
 
A la lecture de l'article,
notre cousin, Alain FOUGEROUZE, nous signale que:

             "... le 18 octobre 1719, à Chitry (Yonne), la petite cloche fut baptisée
              Barbe; le parrain en fut Germain GUERON et la marraine, sa soeur  Barbe,
              épouse de André DENESVRE, capitaine de la ville de Cravan."

              (André et Barbe sont les ancêtres (sosas 848-849) de Alain FOUGEROUZE)

 
Relevé d'un baptême de cloche à MOULINS/Céphons en 1774...          par Michel MARDON
 
l'analyse du document permet de détailler les différentes parties de la transcription:
 
la date 13 juin 1774
le prêtre officiant GARROS, prêtre curé de Moulins
la cloche baptisée la moyenne cloche (ce qui suppose au minimum 3 cloches)
l'autorité sollicitée Monsieur DUBOIS, supérieur du Grand Séminaire, vicaire général de Mgr l'archevêque de Bourges, autorisation en date du 22 avril 1774
nom de baptême MARIE-LOUISE, le nom est celui de la "marraine"-bienfaitrice, (sauf quand un empêchement nécessite une procuration).
la parrain Messire Silvain de CONSTANTIN, écuyer, sgr du Pin.
marraine Damoiselle Marie-Louise de GUENAND, fille de
       -  messire Charles de GUENAND, chevalier, seigneur de Boisregnaud et autres lieux, chevalier de l'ordre militaire et royal de Saint-Louis et ancien capitaine au régiment du commissaire général de la cavalerie,
       -  et de dame Madeleine HARDY,
ses père et mère.
 
autre baptême : POULAINES 1616-1749 ......                                               par Guy GUENAIS
 
 

L'abbé Duroisel rapporte les inscriptions qui figuraient sur les deux vieilles cloches, déposées aux environs de 1880 pour être refondues:

 
Petite cloche : S. JACOBE, ORA PRO NOBIS. JACOVES DE BOISVILLIERS, éCUIER, SIEUR DE BUXCEL P.- DAMOISELLE SABELLE DE RENARD DUBREUIL ESCUYER, SIEUR DE CHEVAULNE. M.TUPAIN 8 N. 8 F. LES DéMONIOST M' ONT FAISTE, L' AN 1616
 
  Grosse cloche : IAY éTé  BéNIE L' AN 1749,  Mre PIERRE CHARBONNIER éTANT CUREé SOUS LES CHEVINAGES DE Mtre MARTIN SARAULT ET FRAN HéRAND IAY éTé NOMMéE LOUIS-JEANNE PAR VéNéRABLE LOUIS-EMéRITE DU BAILLEUL ABBé DE BRAZELLES (dans le texte) VICAIRE GéNéRAL DE RHODES ET NOBLE DAME JEANNE DE LAMARCHE éPOUSE DE Mre HIPPOLYTE DE COUDREAU CHEVALIER S .Gal DE BOISLARCHAY POULAINE SAINTE-CéCILE ET AUTRES LIEUX.
  GAULARD ET DUPONT NOUS ONT FAIST.
 
Les nouvelles cloches ont été fondues par M.Chambon, de Montargis. Les marraines ont été mesdemoiselles Jeanne et Marie de Brettes, et madame Jolivet. Les parrains ont été M M. le vicomte Martial de Brettes, l'abbé Pierre Broua et Le Corbeiller, directeur de la ferme-école de Cungy.
 

et voici quelques clochettes rapportées de par le monde ...

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