Berry

1795 : un mariage d'enfants
 

 de notre correspondante :  Nathalie LAURION

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Mariage François MULOT – Françoise GOGRY
26 Nivose An 3 (15 Janvier 1795) – Genouilly (18)

(L’orthographe a été respectée à la lettre)

 Le vingt six nivose l’an trois de la république française une et indivisible par devant moi etienne Baron officier public de la commune de genouïlly Département du Cher sont comparus dans la salle de la maison commune pour contracter mariage françois Mullot cultivateur agé de quize ans fils mineur de silvain Mullot cultivateur agé de qurante quatre ans et deffunte anne berterand tous domiciliés en cette commune d’une part

Et françoise Gogri agée de treize ans fille mineure de feu louïs Gogri et de anne morin domiciliés en cette commune d’autre part

Lesquels futurs conjoints et accompagnés de silvain mulot père de l’époux  de silvain belliard cultivateur agé de soixante ans domicilié en la commune de Douçay département de Loir et Cher et Etienne Baron cultivateur agé  de soixante ans tous deux grand oncle du futur et jean Gogris cultivateur agé de vingt cinq ans frère de la future et de jacques Theret instituteur voisin et ami de la future agé de cinquante ans et aussi accompagné de silvain Mulot père de l’enfant futur époux et de anne Morin mère de la future épouse ont déclaré  à moi etienne Baron et à tout le public présent qu’il consente au mariage de leur enfant et ont demandé que cette célébration consigné dans l’acte soit considéré comme consentement donné par écrit : moi etienne Baron après avoir fait lecture en présence des dits témoins de l’acte de naissance de françois mulot en datte du jour d’hier qui constate qu’il est né en cette commune du dit genouïlly le vingt trois novembre mil sept cent quatre vingt du légitime mariage  de silvain mulot et de anne bertrand , de l’acte de naissance de françoise gogry en datte du jour d’hier qui constate quelle est née en cette commune du dit genouilly le trois may mil sept cent quatre vingt deux du légitime mariage de louis gogry et de anne morin ci-dessus dénommé de l’acte de publication de promesse de mariage dressé par moi Etienne Baron le vingt trois du présent mois et affiché le même jour à la porte de cette maison commune du dit genouilly après aussi que françois mulot et françoise gogry ont du déclaré à haute voix se  prendre mutuellement pour époux, j’ai prononcé au nom de la loi que françois mulot et françoise gogry sont unis en mariage et j’ai rédigé le présent acte que les parties et les témoins ont déclaré ne savoir signé sauf les soussignés  garnd oncle du futur époux des parties entre les futurs conjoints fait en la maison commune de genouilly les jour mois et an ci-dessus

Signatures:
Theret - Belliard                                                                       Baron
                                                                                              Officier Public

                                                                                      témoin non parent
                                                                                 
Jacques Theret 50 ans
                                                                                   instituteur (rédacteur ?)
Silvain Belliard - Etienne Baron                               

~60 ans    grands oncles    ~60 ans                                  
                            |                                                                       
    Silvain Mulot   x (U)Anne Bertrand      (U) Louis Gogri x Anne Morin
         44 ans          |                                                            |          Jean Gogri
                                              
26 nivose an 3                              25 ans frère
                
François Mulot  ------------x-----------Françoise Gogri
                 14 ans 1 mois                                       12 ans 8 mois
                

          Avant de nous interroger sur la précocité de ce mariage il convient de préciser que le couple eut un itinéraire "normal". François vécut 72 ans en bon père de famille et décéda le 5 juillet 1852, Françoise s'attarda un peu plus longtemps et ne consentit à s'éteindre qu'en 1868, à l'âge respectable de ... 86 ans ! nul doute qu'elle devait être à cette époque la doyenne de Genouilly !

          Ses maternités furent comptées, elle avait 18 ans (1800) quand l'aînée des enfants, Catherine, vint au monde; Jacques (1803) suivit 3 ans plus tard; Jean naquit en 1809, il n'est pas impossible qu'un enfant décédé se soit glissé entre les deux garçons. Quoi qu'il en soit, les trois années qui séparent les maternités induisent que Françoise, en "bonne nounou", allaitait ses enfants.

          Il faut tenir compte également que l'entrée dans le monde du travail intervenant très jeune, la maturité était plus précoce:  le frère de François s'est marié à 18 ans, sa nièce à 16 ans; chez les Gogry une nièce s'est mariée à 18 ans, une autre à 16 ans. On peut citer le cri du coeur de la bonne du curé de Valençay qui écrivit quelques années plus tôt, au dos d'un registre:
 
  a vous bonnes gens
qu'avez famille
vite a quatorse ans
mariez vos fille
quar si était trop tard
sonnent la japille*
car lon met au azar
le beurre et le lard
 
    * japiller : parler vite et bas dans le dos des gens pour en dire du mal.

          Toutefois la précocité du mariage de François et Françoise est particulière: le jeune marié (l'acte parle de " l'enfant" et non pas de fils, futur, promis) est peut-être dans sa 15ème année mais il n'a en réalité que 14 ans et ...1 mois !
           Nous sommes en pleine période révolutionnaire, l'hypothèse d'échapper à la conscription ne peut-être retenue car la dispense n'était accordée qu'à ceux qui étaient "chargés de famille", ce n'est pas le cas.
           Il est inutile de rechercher l'existence d'un patrimoine qu'il aurait fallu conserver à tout prix dans la famille. Il s'agit de journaliers modestes, analphabètes (seul un grand oncle sait signer, encore faudrait-il pouvoir apprécier la qualité du graphisme pour percevoir le degré de culture).

           La clé réside peut-être précisément dans cette condition sociale, quand on apprend que les parents, veufs, se marient entre eux le même jour:
                 Silvain Mulot, veuf Bertrand, épouse Anne Morin, veuve Gogry.

Nous avons un cas semblable à Poulaines: le samedi 30 novembre 1798,
          Charles Rioland, veuf Grajon, épouse Marie Coutand, veuve Darnault;

le même jour est célébré le mariage des quatre enfants :
                       Marie Rioland 21 ans épouse Charles Darnault, 20 ans
                    Charles Rioland, 17 ans, épouse Blanche Darnault, 14 ans.

Dans un cas comme dans l'autre ce sont des foyers modestes, l'habitat l'est tout autant; un inventaire après décès datant de 1792 (même rubrique: histoire>Berry>1792) montre que dans "une pièce unique vivaient au minimum, 3 couples, 3 enfants et 1 adulte, toutes générations confondues, avec tous les problèmes d'hygiène et de promiscuité". Cette situation n'avait rien d'exceptionnelle, c'était la condition de la plupart des journaliers. A tout prendre, peut-être valait-il mieux prévenir et  marier  les enfants ... "avant".

         Problème d'intendance ? peut-être, les actualités nous apprennent qu'au XXIème siècle le problème est récurrent, à la différence près que le mariage ne s'impose plus comme une nécessité !

Ce n'est qu'une hypothèse, nous remercions nos cousins correspondants qui pourraient nous signaler d'autres cas semblables.

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