Inventaire
après le décès de
Laurent et
Angélique Rioland-Rabier
1792
( pour consulter l'inventaire:
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Cet inventaire nous livre des informations d'un grand intérêt: témoignage émouvant qui nous introduit au coeur même d'une famille de journaliers agricoles, nous révélant les conditions de vie de la majorité de nos ancêtres berrichons, nous permettant de mieux comprendre les aléas de notre histoire et les bouleversements sociologiques qui vont émailler le XIXème siècle ?
inventaire: Bertrand Darnault
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Laurent appartient à l'une des plus anciennes branches des Rioland, enracinée à Vicq-sur-Nahon, branche qui connaît encore aujourd'hui de nombreux descendants. Il est le 3ème enfant (dans l'état actuel de nos connaissances) de François Rioland et de Marie née Pelletier. A 20 ans il épouse Angélique Rabier issue d'une famille de Rouvres. Peu après leur mariage en 1759, Laurent quitte la maison familiale située à Vicq et va s'installer avec son épouse à Sainte-Colombe, (aujourd'hui Bouges) où il afferme la métairie de Bois l'Abbé. En 1792, on le retrouve occupant une dépendance de la métairie De la Porte. Entre temps le couple aura eu six enfants... six garçons !
Michel Rioland x Marguerite Pelaud |
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ANTOINE
U
1791 |
MATHIEU | ETIENNE | ANDRE | JEAN | JEAN |
| 30 ans x 1787 Angélique Beaunier |
U 1765 | 23 ans | 22 ans | 19 ans | |
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généalogie établie par GUY GUENAIS on peut également se reporter à la généalogie établie par MICHEL MARDON, et à celle du docteur CLAUDE MARIOTTINI cf.Vicq/Tableaux |
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En deux mois le malheur va frapper cette famille: Antoine, l'aîné, jeune marié, décède laissant une petite orpheline de 18 mois, Solange. Un mois après, c'est au tour du père (Laurent) et de la mère (Angélique) de s'éteindre à quatre jours d'intervalle. Ces décès entraînent ipso facto un partage précédé d'un inventaire établi devant notaire. Nous sommes en février 1792 - "l'an 1 de la liberté" - mais il ne faudrait pas en tirer des conclusions sur la période révolutionnaire, la monarchie n'était pas encore abolie; illettré et ne jouissant pas de ce minimum d'aisance propre à certains laboureurs, Laurent ne fut pas un "citoyen actif", il n'aura pas participé "au mouvement des idées", mais il aura probablement subi de plein fouet les crises frumentaires qui se sont succédé à la fin des années 80-90 et les disettes qui ont suivi n'auront peut-être pas été étrangères à l'épidémie qui devait le faucher, lui, comme elle avait fauché son fils et fauchera son épouse. L'inventaire reflète le patrimoine d'une famille de journaliers agricoles dans la seconde moitié du XVIIIème s. En l'absence du cadastre napoléonien
(actuellement hors
consultation aux archives départementales) nous ne pouvons donner
avec précision la situation de la fermette des Rioland. Un document
dactylographié concernant la seigneurie de Romsac
(AD.36- F.1130) nous
donne toutefois quelques indications. La métairie proprement dite, occupée
en 1792 par les Guignard, comprenait un corps de logis composé de 3
chambres et d'une écurie, suivaient les dépendances, granges, bergeries,
"toits à bêtes" et, à proximité, " deux petites chambres de demeure". Il
est possible que cette maison ait été celle des Rioland, réplique de
celle du jardinier: 2 chambres basses (1 chambre à vivre et 1 cellier),
grenier au-dessus, l'ensemble mesurant "25 pieds" de longueur (8 mètres,
environ). La tuilerie
située près de l'étang, sur le domaine, explique que la métairie
proprement dite était recouverte de tuiles. En l'absence d'indication,
nous ne pouvons pas affirmer que les masures du jardinier et des Rioland
bénéficiaient de cette protection, elles étaient probablement, et plus
modestement, recouvertes de chaume.
Si les 36 boisselées constituaient une superficie suffisante pour faire
vivre la famille, encore fallait-il que ces terres soient des terres
riches, il semble bien que non. Observons le cheptel:
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le boisseau mesure de Levroux valait
en 1799: 12,89 litres [AD.36:Q ...] il
faut ajouter des différences sensibles dans les capacités du boisseau
selon que l'on mesure du froment (ca. 12-13 litres ou de l'avoine 15-16
litres). Nous ignorons la capacité des boisseaux mesure de Levroux pour
les autres grains ou issues.
Les maigres revenus de la tenure, aggravés par la
crise frumentaire qui a précédé, provoqué et accompagné les premières
années révolutionnaires, ont placé la famille dans une situation
financière critique. Le système juridique qui liait le propriétaire
foncier (représenté par son fermier, Guignard) était celui du métayage à
50/50: les pertes comme les bénéfices étaient partagés par moitié. Au jour
de sa mort, Laurent doit sur le cheptel, 406 livres et 1 sol, ce passif
s'ajoutant au cheptel proprement dit qui s'élève pour moitié à 203 livres,
4 sols 6 deniers, plus les arrérages qui n'ont pas été payés à la
Saint-Michel, 7 livres 10 sols, soit plus de 616 livres hypothéquées sur
les moissons de froment et de seigle à venir.
Les dettes accumulées chez les commerçants de Levroux sont également des indicateurs de la "cherté" de la vie:
Il est probable que ces dépenses de "bouche" aient été contraintes par les repas servis à la famille lors des deux cérémonies (obsèques d'Antoine, puis celles des parents). Le salaire du domestique (nourri, logé, blanchi) étant de 2 livres par mois, ces obsèques auraient coûté plus de deux années de salaire d'un domestique ! Il faut toutefois relativiser cette somme : les cahiers de compte du fermier de Romsac (Guignard) nous apprennent qu'une journée de travail (d'un journalier) était payée 12 sous. En 1792, Guignard verse à Antoine et Mathieu pour 280 journées la somme de 167 livres. Ce qui correspond (environ) à une année de travail ! Ces 167 livres correspondent à 90 boisseaux de blé ! Autre parallèle: les obsèques auront coûté 4 mois de salaire d'un journalier ! (à compléter). La visite de l'habitation nous permet de
mesurer le niveau de vie de ses occupants. Pénétrons dans la maison, plus exactement dans "la chambre", qui est
"la salle commune" car elle est
unique: on y dort, on y mange, on s'y réchauffe. Est adjoint un
cellier, le tout surmonté d'un grenier. Bien que le détail ne soit pas
précisé le toit doit être recouvert de chaume
En dehors des lits, le mobilier est
des plus simples: 6 coffres permettant à chaque adulte de ranger linge et
vêtements personnels; 2 sont en poirier,
(celui du père et celui de
Geneviève), 3 en noyer, (dont l'un
très petit n'est estimé que 2 livres , ce qui est peu, les 2 autres étant
estimés 5 fois plus), un 6ème, en chêne,
(celui de Mathieu). 1 dressoir à 5
rayons (il ne semble pas qu'un buffet bas soit inclus), 1 maie et 6
chaises paillées. L'inventaire ne fait pas état de table, qui devait
cependant exister, lacune ou ...? |
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la maie elle servait de pétrin pour pétrir le pain, puis de huche pour le conserver. |
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Les coffres protègent les vêtements; par sa précision, l'inventaire est saisissant. Le coffre de Laurent comprend 7 chemises, 2 culottes, 3 gilets, 1 biaude, 3 vestes, 1 mouchoir, 1 chapeau, 1 paire de souliers et 2 paires de guêtres. (Il faut y ajouter les vêtements mortuaires, car on ne peut douter, comme le voulait la coutume en Bas-Berry à cette époque: les morts étaient inhumés dans leur plus bel apparat.) Notons que Laurent, comme la plupart des paysans, ne portait ni tricot de corps, ni caleçon, ni chaussettes, été comme hiver. Longues, les chemises étaient portées à même la peau, elles pouvaient être -ou non- glissées dans les culottes. Elles étaient en "toille commune de ferasse".
Comme les hommes, les femmes ignoraient les sous-vêtements. Outre
les "chemises de toile commune" (chanvre) au nombre de 5, que Véronique
portait à même la peau, le coffre contenait: "un corps couvert d'étamine
bleue"(robe), 2 corsets, 1 "casaquin
(corsage de paysanne avec
des basques dans le dos formant deux gros plis à la ceinture)
de droguet rayé" (la
chaine du droguet était en coton et la trame en laine), 3 jupons, 3
paires de bas (2 en laine,
1 en coton), 3 tabliers, et une grande cape
("capotte croisée de serge bleue")
pour se protéger de la pluie, du vent, du froid. Et, pour compléter le
tout: 3 mouchoirs et ... 9 "coeffures". L'inventaire des
ustensiles nécessaires à la vie de tous les jours est tout aussi éloquent: Les
autres instruments, si modestes soient-ils, mettent en valeur la vie
autarcique de la communauté familiale. Après les ustensiles de
cuisine nous trouvons dans le cellier, 1 seille à eau, 1 petit bour
(cuvette?) et 1 petit miroir qui devaient servir à la toilette. Une seille
est en seau fait en boissellerie, sans cercles, avec une anse en
bois, comme le sont les boisseaux,
que fabriquaient les boisseliers pour mesurer les grains et d'une
façon générale toutes les matières sèches.
Ainsi s'achève l'inventaire des pauvres biens, mobiliers et
immobiliers, possédés par Laurent et Angélique Rioland. soit un solde positif de : 195 livres 6 sols partage fait, restera à chaque héritier : 39 livres 1
sol 1 denier !!!!!!! annexe: la seigneurie de Romsac
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