P O U L A I N E S  an IV
( 5 pluviôse an IV  - 25 janvier 1796 )

                La population de Poulaines nous est connue grâce à l'article 1 de la loi du 10 vendémiaire,  an IV ( 2 octobre 1795 ) qui faisait obligation aux municipalités de dresser le "Tableau des Citoyens au-dessus de l'âge de 12 ans". Ce tableau est conservé aux archives départementales de l'Indre (   ) sous la forme d'un cahier de 20 feuillets (39 pages) qui comprend 7 colonnes :

                1.- Noms des habitan(t)s
                2.- Leurs prénoms
                3.- Age
                4.- Leur état ou profession
                5.- Lieu de leur habitation
                6.- Epoque de ladite habitation sur la commune où ils résident
                      actuellement
                7.- observations

       Ce recensement peut être consulté intégralement sur nos deux tableaux:

tableau A.- du n° 1 à 687
tableau B.- n° 688 à 1157

REDACTION

           Nous ignorons, à ce jour, la situation politique de Poulaines, il semble que la commune était alors administrée provisoirement par trois membres qui ont signé le document :

          Pierre RENAUDIN précise sur le document: "président par interim". C'est un "vieillard" de 60 ans; il connaît bien ses administrés, qui sont aussi depuis 30 ans, ses ouailles, car c'est le curé du village. Il ne semble pas que Pierre Renaudin ait offert la moindre résistance aux idées révolutionnaires, il fait partie de cette majorité de prêtres berrichons ayant juré fidélité à la Constitution ( cf. dans les échos, le serment prononcé devant la municipalité le 26 décembre 1790).  Nous aurons l'occasion  de préciser - dans un autre dossier - que Pierre Renaudin partageait avant la Révolution, avec les moines cisterciens de Barzelle, un abonnement à des revues que nous qualifierions aujourd'hui d' "avant-garde" - Barzelle qui, vendue comme bien national, sera acquise par René Héraudin, premier évêque constitutionnel de l'Indre. Quant à son vicaire, Louis Auroux, il se défroquera avec ou sans la bénédiction de son curé,  épousera la fille de l'épicier et exercera diverses fonctions: instituteur, juge de paix...Auroux fut remplacé par Claude RACINE le 1er avril 1790, lequel RACINE n'apparaît pas sur ce recensement.

           Louis DELAHAYE, c'est "l'intellectuel" de la jeune commune: il est notaire,  âgé de 38 ans et vit avec sa soeur, Julie, 32ans, et avec sa mère, veuve, née Elisabeth SARAULT. En plus de la charge de notaire, Delahaye assurera, un temps, celle d'Agent des Contributions directes et sera bien noté par ses supérieurs hiérarchiques : "très intelligent"," très actif", "très surveillant", bien que ... " a mis un peu de retard dans la confection des notes ...", "n'a point envoyé les matrices...".

           François BERANGER, 35 ans, artisan-cardeur,  représente la petite bourgeoisie locale. Il a épousé en 1783, Anne LOUET. Désigné  secrétaire, c'est à lui que revient la rédaction du cahier.

Pris dans sa totalité, le document est bien conservé et lisible, malgré certaines lacunes dues au papier de médiocre qualité,  à l'encre trop grasse, à la graphie du secrétaire Béranger et ...aux étourderies dudit !

           1.- La commune a été divisée en 6 sections :

A/la ROCHE-B/leROUET-C/BARZELLE-D/lePLESSIS-E/leBOURG-F/les IDEREAUX
Béranger suivra l'ordre suivant : A - C - F - E - D - B. Toutefois, dans une même section, on peut trouver des résidences situées dans le secteur adjacent:

            ex: Delahaye, notaire, habitant au bourg,  se trouve recensé dans la section du Plessis.

Nous ignorons s'il s'agit d'un manque de rigueur de l'agent recenseur ou d'une subtilité du zonage de la commune. Poulaines possédant un cadastre Napoléonien, ce document devrait apporter des éclaircissements. Dans nos analyses nous avons abandonné la répartition en sections pour ne retenir que les lieux réels de résidence.

             2.- Chaque section est ensuite divisée en "feux", c'est-à-dire en "maisons"; plusieurs familles pouvant vivre au même pot et au même feu, ce qui était le cas, entre autres, des domestiques. Deux erreurs se sont glissées: l'article D-23 est vide, par contre l'article B-64, résidence du contrôleur de l'Enregistrement GOYER , a été omis (peut-être volontairement car le citoyen - auquel on refusera le droit de vote dans la commune ! - semblait ne pas être perçu en odeur de sainteté) Quoi qu'il en soit, les deux erreurs s'annulant, le nombre des foyers s'élève à 337.

                3.- Chaque citoyen reçoit un numéro d'ordre; à ce niveau,( la fatigue aidant ?) le secrétaire Béranger a commis un certain nombre d'étourderies,
 ex
:le 514 est compté deux fois,  le 544 est omis, le 954 fait suite au 944,etc, ce qui, les omissions et les répétitions s'annulant, donne le nombre exact de  ...... 1158 citoyens âgés de plus de 12 ans !

                 4.-  La graphie des patronymes ( à un moindre degré celle des micro-toponymes, peu nombreux) incite à beaucoup de prudence. Les jambages des "petites lettres" (m n u v i t ) mêlés à des voyelles mal formées ( a o e ) rendent certains patronymes illisibles. De plus, le recensement ne se fait pas sur présentation ... d'une pièce d'identité ! Béranger ne connaît pas les 1158 citoyens de la commune, même si le nombre des patronymes est évidemment  inférieur, il écrit comme il entend et le citoyen interrogé est bien incapable de lui dicter son nom, dans la mesure où la plupart des Poliniens de l'époque sont analphabètes. Par ailleurs, le rédacteur Béranger n'a pas une orthographe rigoureuse, il donne à deux patronymes qui se suivent, deux orthographes différentes ! Il cultive le doublement des consonnes; les prénoms inusités lui ont donné bien des tourments : Anriettes...Hellianne.... Dans la mesure de nos connaissances des registres de catholicité antérieurs, nous avons pu interpréter certaines graphies, mais pas toutes, c'est pourquoi, dans le doute, nous recommandons aux chercheurs de toujours vérifier - à partir d'un acte de mariage (ou autre) l'authenticité du patronyme, ce que rend possibl l'indication des âges et des années de présence dans la commune.

                 5.- Les âges combinés avec le temps de présence dans "l'article désigné" constituent une aide précieuse. Toutefois il convient d'être prudent et de vérifier la véracité des déclarations. Nous prenons comme exemple une famille qui nous connaissons bien : les Rioland, laboureurs, à Chambon.

section B dite du Rouet    - article 42
1077 RIOLLAND Pierre 60 laboureur à Chambon 60
1078 LIMET Marie 63   63
1079 RIOLLAND Charles 44   44
1080 RIOLLAND Marie 25   25
1081 RIOLLAND Anne 20   20
1082 RIOLLAND Jeanne 15   15

A.- les âges et les temps de présence étant identiques, les Rioland habitent dans cette ferme depuis leur naissance.

B.-le recensement datant de 1796, Pierre est né en 1796 - 60 = 1736
                                                              Charles, en...........................1752, etc
     ce qui est faux- à un an près : Pierre est né en 1735, Charles en 1751, etc

C.- un indice important : Anne figure sur l'acte alors qu'elle doit épouser Hippolyte Veillat le 20 janvier 1796, lequel Veillat n'apparaît pas sur le registre car il réside encore chez ses parents à Ste-Cécile. La conclusion est évidente :
François Béranger est passé à Chambon avant ce 20 janvier et tous les recensements antérieurs sont à dater de 1795. Si cette date est retenue les âges sont exacts : Pierre est bien né en 1735 et Charles en 1751.

D.- Une déduction s'impose, nous ne connaissions pas la date de naissance de Marie Limet, née à Rouvres, nous pouvons retenir celle de (1795-63) 1732, la recherche sur les registres de Rouvres en sera grandement facilitée.

E.- La composition de la famille est également riche d'enseignements:
la ferme cultivée est assez importante puisqu'elle nécessite le concours des deux frères Rioland : Pierre, aîné et chef de famille, et Charles son cadet de 16ans. Pierre a épousé Marie Limet. Charles est veuf : son épouse, Françoise Grajon est décédée en 1794, Charles se remariera en 1798 avec Marie Coutand. Trois filles de plus de 12 ans vivent avec leurs parents respectifs : Marie, 25 ans, Anne 20 ans, Jeanne 15 ans. A ce niveau une erreur s'est glissée et Béranger a confondu les deux cousines : c'est Anne, la future mariée, fille de Pierre qui a 25 ans et c'est Marie, fille de Charles, qui a 20 ans. Les prénoms doivent toujours être considérés avec beaucoup de prudence, d'autant que le prénom de baptême n'est pas toujours celui usité au sein de la famille.
           Anne avait une soeur, Marie, qui a épousé François Gaultier en 1786, elle a suivi son époux et c'est à Vicq que nous devrions la retrouver.
           Charles a au moins (ou peut-être) 5 enfants : Marie et Jeanne qui figurent sur le cahier, mais aussi Charles, né en 1782, qui devrait figurer, oubli ? tricherie sur l'âge ? ou, plus simplement Charles est-il parti comme domestique dans une autre commune .... Les deux autres garçons, Jean et François, ont respectivement 12 et 10 ans... mais nous ne savons même pas s'ils sont encore en vie, car nous ne les trouvons, ni ne les retrouverons, nulle part.

      En conclusion, la déclaration de Pierre est fiable (il est impensable que ce soit lui qui se soit trompé sur les prénoms) mais le relevé du secrétaire-recenseur doit être pris avec prudence.

                  6.- Quelques exemples permettent de mettre en lumière l'intérêt de ce recensement:

A) même section: article 36
          - Claude
LABANNE  64 ans, manouvrier  à Chambonnais depuis 64 ans;
        - le nom de son épouse nous est inconnu (déchiffrement hasardeux : V...), nous savons qu'elle a 62 ans et qu'elle est à Chambonnais depuis 40 ans, on peut déduire sans trop de risque qu'elle est venue habiter chez son époux après son mariage (1795-40) qui doit se situer dans le registre de l'année 1755. Au cas où le mariage aurait été célébré dans une autre commune, le registre des naissances peut suppléer : les LABANNE ont une fille Marie née en (1795-19) : 1776
(Ces spéculations ont été confirmées par notre correspondante: Marinette RIOLAND-Vallée (descendante directe de Nicolas): les 2 frères LABANNE, Claude et Nicolas, ont épousé les 2 soeurs VIVANT (l'une et l'autre appelées Marguerite), le mariage a bien été célébré en 1755; Marie est née en 1777 et non en 1776. Ces informations peuvent être désormais consultées sur Poulaines-bourg) - mai 2006)

B)même section, article 37
            Le couple AUDINEAU abrite chez lui un enfant de 12 ans, François ...vy;
on peut également déduire que cet enfant ne portant pas le nom du père est le   
fils que Marie AUGER, veuve remariée, a eu d'un premier mariage. Le remariage de Marie AUGER ne peut se situer qu'après (1795-12) : 1783 et plus probablement en 1785-1787. L' énigme devrait être assez facile à résoudre.

               Nous nous efforcerons, à chaque fois que nous en aurons la possibilité, de compléter les informations fournies par ce recensement de l'an IV, mais nous espérons également que les chercheurs nous feront part de leurs propres découvertes et contribueront ainsi à l'écriture de cette histoire de Poulaines.

an IV sections A-C-F-E

an IV sections D-B

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