De
nouvelles découvertes venant sans cesse remettre en question les
connaissances, il est difficile de se prononcer sur l'origine de l'homme.
Toutefois, l'évolutionnisme ne peut plus être remis en cause, Theillard de
Chardin, que j'avais lu avec passion en son temps, quand il se voyait
privé du "nihil obstat", est reconnu par le Vatican. Sans remonter aux
racines des primates, les différences entre l'australopithèque et l'Homme
moderne sont considérables, mais il aura fallu plusieurs millions
d'années. Même en tenant compte d'une certaine accélération de l'Histoire,
il faudra peut-être des centaines de milliers d'années avant que naisse
l'Homo scientificus. La fonction créant l'organe, il n'est pas insensé de
penser que l'évolution ne fera que se poursuivre dans le même sens:
augmentation de la boîte crânienne, taille plus grande, diminution des
membres inférieurs, disparition progressive des doigts de pieds (l'homme
n'étant plus digitigrade), diminution des fonctions sensorielles (un
matériel sophistiqué suppléant peu à peu les organes des sens),
développement d'autres fonctions, aujourd'hui latentes, comme le
magnétisme,etc. Mais la transformation la plus radicale sera peut-être
l'affaiblissement, sinon la disparition, de la sexualité. Et le
paléontologue scientificus s'étonnera du rut et du vêlage communs
aux mammifères. Car, dans mon esprit, même si je le déplore, il ne fait
aucun doute que la famille va disparaître .
Aujourd'hui, nous
avons d'un côté les politiques qui poussent à la natalité: plus de bras,
toujours plus de bras, pour développer les moyens de production et
accroître les bénéfices financiers, pour certains d'entre eux, hélas,
fournir aussi de la chair à canons, pour enfin, dans le meilleur des
cas, se dire que dans la masse, se trouveront quelques génies pour
faire progresser la société. De l'autre côté, les biologistes montant la
garde devant leurs éprouvettes, les greffes d'organes et les clonages:
"le scientificus est là, dans nos laboratoires, nous attendons que
vos esprits apaisés lèvent les interdits". Nous n'avons pas d'exemple
que l'homme ait quelquefois repoussé les avancées de la science. Et,
depuis le professeur Barnard, que de progrès! Certes, prudent, le savant a
d'abord greffé des souris, prudent, il a d'abord envoyé un singe dans
l'espace, mais la technique des couveuses artificielles n'est plus si
futuriste! De fait, l'accouplement perdant sa fonction vitale, l'humain
glissera peu à peu vers un genre neutre. Dans notre société d'aujourd'hui,
la multiplication et l'acceptation des couples homos sont les prémisses
d'une révolution culturelle comme l'est depuis longtemps
l'affaiblissement de l'instinct maternel: naguère, l'enfant était élevé
par la mère jusqu'à l'âge de 7 ans, l'entrée au cours préparatoire a
réduit la "maternance" à 6 ans, l'école maternelle à 3 ans, ensuite les crèches
et par défaut la nourrice à quelques mois. Et les chantres de glorifier
"la femme libérée".
Tel -
peut-être - sera l'homo scientificus de demain. Son espérance de vie aura
considérablement augmenté, le moindre organe défaillant sera immédiatement
réparé, remplacé dans les cliniques, comme le sont aujourd'hui nos
voitures dans les ateliers de mécanique-auto. Il voyagera dans le cosmos
et ses connaissances seront telles que sa cosmologie sera totalement
modifiée. Mon esprit borné est incapable d'imaginer ce que
sera alors sa relation à l'Origine de la Matière dans l'Espace-Temps.
Et
encore, pourrait-on ajouter, ce "scientificus" ne sera qu'un gamin de
l'Humanité. Viendra le jour où il devra s'extirper du système solaire,
appelé à disparaître. L' "Être", je n'ose plus dire l'homme, devenu "hypothéticus",
se sera exilé quelque part dans la voie lactée, ou ailleurs, à moins qu'un
accident cosmique ne l'ait fait disparaître, laissant la place, ainsi
vide, à un autre Être né dans quelque autre galaxie. Quoi qu'il en soit,
mon esprit est totalement démuni, totalement borné: vouloir donner
une réponse à la question posée par la nature et l'existence même de Dieu
n'est que vanité. Stricto sensu. Donc - impossible. Ainsi se trouve
justifié mon agnosticisme.
Je crois comprendre les athées comme les fidéistes, je respecte leur
conviction qui les aide à supporter l'angoissante question de l'Être et du
Devenir, car il n'est pas facile d'être agnostique, de ne pouvoir
s'appuyer sur rien, d'avoir l'impression de "nager entre deux eaux" et de
lutter sans cesse pour ne pas sombrer dans le nihilisme. La tentation est
grande, parfois, de renoncer à ses doutes, de se laisser convaincre et
d'adhérer à une "église", à une communauté, d'avoir ainsi la possibilité de partager, celle
de recevoir, d'être soutenu, d'être aimé. C'est tout le prix à payer pour
conserver son indépendance. Les églises puisent leurs racines dans les
mythologies, une doctrine prend forme, un prophète se fait le héraut, des
disciples introduisent des rituels impératifs, dont l'observance est si
rigide que le moindre manquement apparaît comme une attaque contre
l'intégrité de ladite église. Les intérêts séculiers, collectifs ou
individuels, se superposent au dogme et entraînent les communautés dans
des conflits sanglants au nom même de l'amour que les hommes portent
à leur prochain ! L' Histoire est cousue de guerres de religion ! Comment
comprendre les massacres réciproques auxquels se sont livrés catholiques
et protestants au nom d'un même Dieu ? auxquels se livrent aujourd'hui, au
nom de l'Islam, les sunnites et les chiites ? et je pourrais évoquer les
Hutus et les Tutsis et bien d'autres encore, et ...
...
encore faut-il préciser que les églises peuvent tout autant être athées et
posséder, en leur sein, leurs intégrismes. Le marxisme puise ses sources
(sa mythologie) dans la pensée antique, il a pris son essor au "siècle des
Lumières", s'est enraciné dans la Révolution française, il a eu son
héraut, Marx, et sa bible, le Capital. Une église a suivi: le communisme;
lequel a sitôt secrété ses intégrismes: léninisme, trotskisme, stalinisme,
maoïsme, etc. hélas, serais-je tenté d'ajouter, au nom de la pureté
dogmatique ("la fin justifie les moyens"), les massacres pouvaient
commencer ! Plutôt que de citer d'autres exemples (bien qu'il me brûle de
dénoncer le laïcisme qui a corrompu la laïcité), je voudrais insister sur
l'actualité brûlante et le danger que pourrait constituer l'écologie
élevée au rang de système doctrinaire.
Le mythe de la Nature puise ses sources dans les profondeurs de la pensée,
(près de nous, citons le De Natura rerum de Lucrèce); la peur,
engendrée par l'accélération des progrès techniques et corollairement par
l'évolution dérangeante des mentalités, a sensibilisé l'opinion; des
"militants" -issus le plus souvent de la météore marxiste éclatée - sont
les "apôtres" de la doctrine; une doctrine qui a trouvé son "messie" en la
personne de Nicolas Hulot, unanimement apprécié par sa sincérité,
son intelligence, sa connais-sance approfondie du dossier; manque le
"Livre", la bible, ce qui ne saurait tarder, la ligne directrice commence
à se dessiner: non pas donner à l'écologie un portefeuille ministériel qui
traiterait les problèmes à égalité de compétences avec les autres
ministères (éducation, économie, justice, etc.) mais englober tous les
ministères sous la tutelle de l'écologie; une dictature de l'écologie, en
quelque sorte; à quand les mesures répressives prises par les "disciples"
au nom de la pureté idéologique ? mesures qui sonneraient le glas du
progrès et le retour aux conservatismes les plus obscurantistes.
Ainsi se précise mon agnosticisme, l'incapacité mentale d'approcher l'idée
de l'Absolu, et en conséquence, la méfiance, pour ne pas dire le rejet, de
tout système fidéiste ou athée qui prétendrait m'imposer SA vérité.
( Cette attitude, placée
ici au plus haut niveau, aura imprégné ma vie dans ses actions les plus
élémentaires. Déjà, lycéen, certains camarades m'appelaient "l'anar", ce
qui me révoltait. Je ne suis pas anarchiste, je ne dénonce pas l'autorité
en soi, je ne me réjouis pas de la "chienlit"; bien au contraire, pour
reprendre les quelques exemples sur lesquels je me suis appuyé, je
considère qu'il y a de "très bonnes choses" dans l'écologie et
de très mauvaises, "de très
bonnes choses" (et de très mauvaises) dans le marxisme, "de très bonnes choses"(et
de très mauvaises) dans le
protestantisme, je ne connais pas suffisamment l'islam pour juger du
chiisme et du sunnisme mais j'aurai l'occasion d'exprimer tout le bien (et
tout le mal) que
je pense du christianisme,etc. Je dénonce tout système qui emprisonne
l'esprit, qui dicte les comportements hors desquels "il n'y a point de
salut". Est-il attitude plus stupide, plus imbécile, plus stérile que
celle de la politique partisane: on est "de gauche" ou bien on est "de
droite", et chacun de jeter l'anathème sur l'autre ! Ce que je rejette,
c'est l'autoritarisme secrété par " l'esprit de système", ce que je
revendique, c'est la liberté de penser et d'agir, sans pour autant
chercher à nuire, à détruire !. Pourquoi cette attitude serait-elle
inacceptable, pourquoi ne serait-elle pas tout aussi organisée ,
rationnelle ?)
hghghg
Agnostique et spiritualiste. Le paradoxe n'est qu'une apparence trompeuse
mais il ne faudrait pas se méprendre sur la notion de spiritualité à laquelle
je me réfère. Je repousse l'idée dualiste du corps et de l'âme, cette idée
qu'il y aurait en l'Homme deux réalités substantielles indépendantes l'une
de l'autre, l'une étant matière, donc mortelle, l'autre pur esprit, donc
immortelle.
Quand je
jette un regard sur mon passé, je regrette de ne pas avoir fait de sport,
de ne pas avoir entretenu la masse musculaire, les articulations osseuses,
la capacité respiratoire, je regrette d'avoir suivi le diagnostic erroné
d'un médecin ignare et de ne pas avoir pris soin de mon système nerveux interne,
je regrette de ne pas avoir entretenu ma mémoire, de ne pas avoir
approfondi certaines notions quand j'en avais la possibilité, je ....
Ainsi je mets sur un même plan les
activités cérébrales (pensée, mémoire,etc.) et les fonctions végétatives
qui appartiennent tout simplement à l'anatomie et à la physiologie
animales. Car les animaux ne sont pas des machines, ils pensent, ils
éprouvent des sentiments et, dans une situation donnée, réfléchissent
à l'attitude à adopter. Il suffit de lire le regard de nos animaux de
compagnie; il suffit d'entendre pleurer la mère à qui - pour lui voler son
lait, on vient d'enlever
son bébé-veau; les cris des brebis qui perdurent
plusieurs jours ne sont-ils pas déchirants?
Précisément ce que
j'appelle esprit, c'est cette part de l'intelligence qui émerge et nous
différencie des animaux. C'est ce qui, en nous, est la part de l'humain.
J'emprunte l'image à la Trinité, telle qu'elle est enseignée dans la
doctrine chrétienne:
le Fils > le Saint Esprit > le Père
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
humain > esprit > divin
- - - - - - - - - - - - - - - - -
animal > esprit > HOMME
- - - - - - - - - - - - - - - - -
L'esprit c'est la capacité du cerveau à produire des idées, à les retenir,
à les enregistrer sur "le disque dur" de la mémoire, mais ce n'est pas
seulement une aptitude à accumuler des connaissances, c'est aussi celle de
discerner, de faire des choix, d'acquérir son propre esprit critique. Si
bien que, - si j'appelle "culture" l'ensemble des acquis possédés par un
groupe humain, à l'intérieur du groupe chaque Homme possède une culture
qui lui est personnelle. Cette culture est donc à la fois un héritage plus
ou moins encyclopédique transmis par l'Histoire et l'appropriation
personnelle (donc subjective) que chacun d'entre nous fait de ce savoir.
J'appartiens à un groupe historique défini: la
civilisation méditerranéenne, dont le contenu est le plus souvent
qualifié de gréco-latin et judéo-chrétien. Reste à déterminer, à
l'intérieur de cet ensemble, les choix
qui ont été les miens et, en conséquence, l'itinéraire suivi.
hg
Je
suis chrétien, depuis 2000 ans si j'ose m'exprimer ainsi, mais sans adhérer pour autant à une Eglise.
J'ai un temps et par tradition appartenu à l'Eglise romaine, mais
l'anathème ayant été prononcé contre moi, je me suis trouvé -de facto-
libéré et, après un temps douloureux d'hésitation, je n'ai pu que m'en
réjouir.
Ainsi, je ne partage pas
les convictions catholiques de ma fille, Mathilde, quand elle mêle à
son engagement chrétien des critères mystiques, irrationnels, mais j'approuve totalement quand, à
propos de l'appel lancé par l'abbé Pierre en 1954, elle écrit dans un
billet de presse:
" Hiver 54 ! Le premier cri d'un bébé retentit
dans la nuit glacée*; c'est le mien ! La veille, c'était un autre cri qui
hurlait sa souffrance : une dame était morte; un bébé aussi ... J'ai très
tôt associé ces deux événements. L'action de l'abbé Pierre m'a construite,
en parallèle avec celle de saint Martin qui donne son manteau à un pauvre
transi de froid, orientant mon regard vers les autres, selon mes charismes
propres.
Avec infiniment moins
d'humanité et d'efficacité bien sûr ! Mais,
(etc.)"
*( Mathilde est née le 2 février à 23h.45, il gelait à pierre fendre!)
J'approuve totalement comme j'approuve, à l'intérieur de l'Eglise,
son action orientée, pour l'essentiel, vers l'oecuménisme.
Être chrétien c'est en premier lieu
reconnaître l'existence du Christ. Je ne
suis absolument pas un spécialiste des Ecritures. Je ne me suis intéressé
à "l'histoire sainte" qu'après mon année de philo quand la métaphysique
est devenue pour moi source d'interrogations. J'ai lu "la Vie de Jésus",
un énorme pavé de Daniel Rops que j'ai eu bien du mal à terminer et que,
par esprit d'équilibre, j'ai entrelardé d'extraits empruntés à Renan.
Aucun historien ne met aujourd'hui en doute l'existence physique de
Jésus, bien qu'il n'ait laissé aucune trace écrite de sa propre main. (
Socrate, non plus, son existence n'en est pas moins avérée.) Palestinien
né en Galilée dans une famille juive très pieuse, il fut séduit par
l'enseignement de son cousin Jean-Baptiste et comme lui, adoptant pauvreté
et modestie, il entreprit de prêcher à la façon des prophètes bibliques.
La qualité de son prêche et son charisme lui valurent l'adhésion de
nombreux disciples qui l'accompagnèrent dans ses pérégrinations. Ce fut sa
perte. Il inquiéta Jérusalem, à la fois le pouvoir religieux et les
forces d'occupation romaine. Les prêtres prétextèrent des ferments
d'hérésie, ils l'arrêtèrent (comme le fut Jeanne d'Arc par les
Bourguignons) et le livrèrent à leurs ennemis romains (comme Jeanne le fut
aux Anglais) lesquels le condamnèrent à la peine de mort qui à l'époque
était la crucifixion (comme à l'époque de Jeanne, le bûcher). Telle fut, je
pense, dans sa brièveté la réalité historique du Christ.
C'est en second lieu se
reconnaître dans son enseignement. Jésus apporte d'abord une réponse
apaisante à l'angoisse existentielle. Oui, la souffrance et la mort sont
inévitables. Dieu est bon, mais il est juste. La faute incombe aux hommes
et à leur insupportable volonté de puissance. Sur ce point, Jésus ne fait
que reprendre la tradition biblique: la désobéissance d'Adam et Eve qui se
sont perdus en "mangeant la pomme" de la connaissance. Il est évident que
j'ai toujours rejeté cette vision biblique d'une Humanité "progressant"(?)
du Paradis vers l'Apocalypse; je pense tout au contraire que
nous progressons du chaos universel vers le paradis, défini comme le
mieux être et le mieux vivre. Néanmoins, force est de reconnaître que la
tradition biblique est vivace chez nos contemporains; qui n'a pas entendu
autour de soi ces réflexions: "à quoi ça sert, tout ça!"(voyage dans
l'espace), "ils vont bien faire tout exploser !" (atome), "Tout ça c'est
d'leur faute!" (climat),etc. ? Comment ne pas voir dans ce
conservatisme basé sur la peur le grand danger d'une forme d' "écologie à
rebours" ? En contrepoint de la notion de faute
originelle vient celle du rachat par un rite purificatoire: le baptême. Le
baptême n'est pas une "invention" du Christ, il existait dans certaines
communautés juives, Jésus lui-même a été baptisé dans les eaux du Jourdain
par Jean, précisément dénommé Baptiste. A la notion de rachat s'ajoute
celle de l'immortalité. Le corps est condamné à la mort et à la souffrance
"in lacrimarum valle"! mais l'âme survivra et atteindra le paradis pour
peu que nous ayons une vie irréprochable, et c'est alors qu'intervient le
message proprement dit du Christ, le seul que je retiens: "Aimez-vous les uns les autres".
Je n'en connais pas de plus élevé. Et c'est en ce sens que je me dis
"chrétien".
Je me suis très tôt interrogé
sur les invraisemblances apparentes véhiculées par la religion chrétienne,
je m'en suis très vite désintéressé ne voyant là que les fruits d'une
dialectique philosophique et politicienne stérile, occultant l'essentiel. C'est refuser de
prendre en compte la réalité historique. Jésus a vécu il y a deux
millénaires. Il s'adressait en grande partie à des illettrés, (rien ne
prouve qu'il n'était pas lui-même analphabète), dans un contexte culturel
très éloigné du nôtre où le polythéisme, contre lequel il s'élevait, était
encore la religion de l'occupant romain; sa prédication empruntait
le mode de la parabole, des métaphores, des symboles, vouloir prendre son
"message" au pied de la lettre est une malhonnêteté intellectuelle. De
plus la vie de Jésus nous est connue par ceux des apôtres qui sachant
écrire ont rédigé les évangiles. Mais il ne me semble pas que les textes
originaux aient été retrouvés, il s'agit de textes apocryphes, recopiés
bien après le décès de leurs auteurs. Textes dont il est bien difficile de
démêler l'authenticité et les ajouts, les modifications qui allaient dans
le sens d'une religion nouvelle. Prenons toutefois le mythe de
"l'Immaculée conception"
Marie, dit-on, était vierge.
Je réplique: " pourquoi pas ? "
Si Jésus s'était inscrit dans une
lignée d'enfants, elle ne l'aurait pas été, c'est évident. Dire qu'elle
était vierge, c'est dire que Jésus était son premier enfant. Non seulement
vierge, mais fille-mère , ce qui ne sembla pas choquer l'opinion de ce
temps, on s'empressa ( peut-être mais ce n'est pas certain) de la
marier à Joseph car il fallait bien subvenir à l'entretien de la femme et
de l'enfant. Joseph fut royalement oublié, il faudra attendre la fin de
notre Moyen Age, pour qu'il soit pris en considération par l'Eglise.
Occulté, Joseph, mais tout autant les frères et soeurs de Jésus, car, à
moins d'un cas de stérilité de l'un ou de l'autre, il est peu probable que
le couple n'ait pas eu d'enfants.
(
Suspecte cette occultation
? certainement pas, à travers mes travaux généalogiques, je peux affirmer
que tous les enfants, même dans une famille notable figurant au d'Hozier,
ne sont pas tous répertoriés. Pour l'être, faut-il encore qu'ils se soient
faits remarquer.
Ainsi un historien
contemporain -professeur, docteur- a pu écrire qu'Antoine Bohier, d'une
illustre famille, lui-même trésorier général des finances, vivant tout
près de nous au XVIème siècle, était resté célibataire, alors qu'il avait
été marié deux fois et avait eu des enfants. Isaac Bartet en est un autre
exemple, mon opuscule n'a d'autre but que de corriger les omissions,
parfois volontaires et malveillantes, de ses contemporains).
Deuxième
exemple: que signifie " l'Immaculée conception" ?
C'est un dogme qui date du ...
XIXème siècle! Toujours cette notion génésiaque du péché originel attaché
à la condition humaine et le rachat qui en découle! Marie n'avait pas été
"baptisée", donc elle était impure, mais par une grâce spéciale, le fait
d'avoir conçu le Christ l'avait purifiée, l'avait "rachetée", elle était
devenue intrinsèquement "pure". Evidemment, en cette fin du XIXème siècle
les anticléricaux s'en donnèrent à coeur joie, déformant volontairement le
dogme et laissant croire que Jésus était né des rapports coupables de la Vierge
et... du Saint-Esprit! Le dogme de l'immaculée conception n'est pas un fait
historique, n'a jamais été "évoqué" par le Christ! Jésus lui-même serait
fort étonné s'il apprenait qu'il avait été déifié et fort triste de
constater que l'on s'était servi de son enseignement pour fonder des
Eglises, on nom desquelles "ses frères" s'étaient entretués.
Le dogme de l'immaculée
conception est interne à l'Eglise, laissons les Pères de l'Eglise,
les papes et autres théologiens à leurs élucubrations théologiques
auxquelles ils ont droit. Laissons également les cléricaux et
anticléricaux à leurs querelles stériles; elles ne m'intéressent pas. Ne
mêlons pas l'histoire - à laquelle je me réfère - et la théologie fumeuse
que mon esprit cartésien repousse. Je pourrais multiplier les exemples,
mais je n'irai pas gloser sur le sexe des anges !
Quoi qu'il en soit,
Jésus a bien vécu, son message est un message d'amour, cela me suffit.
Mais ce n'est pas le seul archétype au coeur de ma réflexion. Il y a
Epictète, que je connais un peu,
(il était au programme !),
Sénèque
(dont la seule
annonce d'une version me paniquait), Marc-Aurèle,
(aux préceptes moraux d'une
lecture plus aisée), en d'autres termes: les stoïciens; je dois
toutefois reconnaître que la vertu m'ennuyait un peu et que l'abnégation
heurtait ma combativité naturelle. Socrate, plus exactement Platon,
m'ennuyait tout autant car je ne trouvais pas le vocabulaire approprié
pour traduire sa pensée
(d'où un certain nombre de mésaventures chiffrées!); je dois
toutefois reconnaître aujourd'hui qu'il m'a beaucoup influencé, non
seulement par son exigeant "connais-toi toi-même" mais par sa
dialectique; sa méthode du questionnement (qui n'est pas
exactement la maïeutique, mais qui en est proche) fut au coeur de ma
pédagogie. Je dois reconnaître également que j'ai découvert, bien après
mes années d'études, le philosophe qui allait influencer au plus haut
point ma pensée: Epicure.
Je
n'avais jamais eu l'opportunité de traduire un texte d'Epicure, si bien
que ses écrits, fort rares il est vrai, m'étaient
inconnus. Je prenais pour vraie l'idée répandue que l'épicurisme n'était
qu'une sorte d'incitation à la débauche et ce mot sous-tendait l'horrible
... luxure! Il me faudra donc attendre la lecture de Lucrèce pour comprendre
que l'épicurisme est une école de sagesse.
(
Depuis, un ami m'a offert la Lettre à Ménécée, recopiée de sa
propre main, d'une écriture fine et élégante, lettre que je conserve, non
seulement comme un trésor affectif inestimable, mais comme le témoignage
même d'un plaisir épicurien !)
Ce que
j'ai retenu de la "morale" d'Epicure s'articule en deux points:
Premier point:
- l' "aponie" - une hygiène du corps permettant de
prévenir , ou d'atténuer le plus possible les souffrances corporelles
(par l'hygiène, les sports équilibrés, la médecine,etc)
- et l' "ataraxie"-une hygiène de l'esprit
par
absence de troubles psychiques.
(L'une et l'autre caractérisée par le a- privatif: absence de)
>>>
suite-3>>> |