Ce que je crois - 2

             De nouvelles découvertes venant sans cesse remettre en question les connaissances, il est difficile de se prononcer sur l'origine de l'homme. Toutefois, l'évolutionnisme ne peut plus être remis en cause, Theillard de Chardin, que j'avais lu avec passion en son temps, quand il se voyait privé du "nihil obstat", est reconnu par le Vatican. Sans remonter aux racines des primates, les différences entre l'australopithèque et l'Homme moderne sont considérables, mais il aura fallu plusieurs millions d'années. Même en tenant compte d'une certaine accélération de l'Histoire, il faudra peut-être des centaines de milliers d'années avant que naisse l'Homo scientificus. La fonction créant l'organe, il n'est pas insensé de penser que l'évolution ne fera que se poursuivre dans le même sens: augmentation de la boîte crânienne, taille plus grande, diminution des membres inférieurs, disparition progressive des doigts de pieds (l'homme n'étant plus digitigrade), diminution des fonctions sensorielles (un matériel sophistiqué suppléant peu à peu les organes des sens), développement d'autres fonctions, aujourd'hui latentes, comme le magnétisme,etc. Mais la transformation la plus radicale sera peut-être  l'affaiblissement, sinon la disparition, de la sexualité. Et le  paléontologue scientificus   s'étonnera du rut et du vêlage communs aux mammifères. Car, dans mon esprit, même si je le déplore, il ne fait aucun doute que la famille va disparaître .
           Aujourd'hui, nous avons d'un côté les politiques qui poussent à la natalité: plus de bras, toujours plus de bras, pour développer les moyens de production et accroître les bénéfices financiers, pour certains d'entre eux, hélas, fournir aussi de la chair à canons, pour enfin,  dans le meilleur des cas, se dire que dans la masse,  se trouveront quelques génies pour faire progresser la société. De l'autre côté, les biologistes montant la garde devant leurs éprouvettes, les greffes d'organes et les clonages: "le scientificus est là, dans nos laboratoires, nous attendons que vos esprits apaisés lèvent les interdits". Nous n'avons pas d'exemple que l'homme ait quelquefois repoussé les avancées de la science. Et, depuis le professeur Barnard, que de progrès! Certes, prudent, le savant a d'abord greffé des souris, prudent, il a d'abord envoyé un singe dans l'espace, mais la technique des couveuses artificielles n'est plus si futuriste! De fait, l'accouplement perdant sa fonction vitale, l'humain glissera peu à peu vers un genre neutre. Dans notre société d'aujourd'hui, la multiplication et l'acceptation des couples homos sont les prémisses d'une révolution culturelle  comme l'est depuis longtemps l'affaiblissement de l'instinct maternel: naguère, l'enfant était élevé par la mère jusqu'à l'âge de 7 ans, l'entrée au cours préparatoire a réduit la "maternance" à 6 ans, l'école maternelle à 3 ans, ensuite les crèches et par défaut la nourrice à quelques mois. Et les chantres de glorifier "la femme libérée".
           
            Tel - peut-être - sera l'homo scientificus de demain. Son espérance de vie aura considérablement augmenté, le moindre organe défaillant sera immédiatement réparé, remplacé dans les cliniques, comme le sont aujourd'hui nos voitures dans les ateliers de mécanique-auto. Il voyagera dans le cosmos et ses connaissances seront telles que sa cosmologie sera totalement modifiée. Mon esprit borné est incapable d'imaginer  ce que sera alors sa relation à l'Origine de la Matière dans l'Espace-Temps.

             Et encore, pourrait-on ajouter, ce "scientificus" ne sera qu'un gamin de l'Humanité. Viendra le jour où il devra s'extirper du système solaire, appelé à disparaître. L' "Être", je n'ose plus dire l'homme, devenu "hypothéticus", se sera exilé quelque part dans la voie lactée, ou ailleurs, à moins qu'un accident cosmique ne l'ait fait disparaître, laissant la place, ainsi vide, à un autre Être né dans quelque autre galaxie. Quoi qu'il en soit, mon esprit est totalement démuni, totalement borné: vouloir donner une réponse à la question posée par la nature et l'existence même de Dieu n'est que vanité. Stricto sensu. Donc - impossible.  Ainsi se trouve justifié mon agnosticisme.

             Je crois comprendre les athées comme les fidéistes, je respecte leur conviction qui les aide à supporter l'angoissante question de l'Être et du Devenir, car il n'est pas facile d'être agnostique, de ne pouvoir s'appuyer sur rien, d'avoir l'impression de "nager entre deux eaux" et de lutter sans cesse pour ne pas sombrer dans le nihilisme. La tentation est grande, parfois, de renoncer à ses doutes, de se laisser convaincre et d'adhérer à une "église", à une communauté,  d'avoir ainsi la possibilité de partager, celle de recevoir, d'être soutenu, d'être aimé. C'est tout le prix à payer pour conserver son indépendance. Les églises puisent leurs racines dans les mythologies, une doctrine prend forme, un prophète se fait le héraut, des disciples introduisent des rituels impératifs, dont l'observance est si rigide que le moindre manquement apparaît comme une attaque contre l'intégrité de ladite église. Les intérêts séculiers, collectifs ou individuels, se superposent au dogme et entraînent les communautés dans des conflits sanglants au nom même de l'amour que les hommes  portent à leur prochain ! L' Histoire est cousue de guerres de religion ! Comment comprendre les massacres réciproques auxquels se sont livrés catholiques et protestants au nom d'un même Dieu ? auxquels se livrent aujourd'hui, au nom de l'Islam, les sunnites et les chiites ? et je pourrais évoquer les Hutus et les Tutsis et bien d'autres encore, et ...
             ... encore faut-il préciser que les églises peuvent tout autant être athées et posséder, en leur sein, leurs intégrismes. Le marxisme puise ses sources (sa mythologie) dans la pensée antique, il a pris son essor au "siècle des Lumières", s'est enraciné dans la Révolution française, il a eu son héraut, Marx, et sa bible, le Capital. Une église a suivi: le communisme; lequel a sitôt secrété ses intégrismes: léninisme, trotskisme, stalinisme, maoïsme, etc. hélas, serais-je tenté d'ajouter, au nom de la pureté dogmatique ("la fin justifie les moyens"),  les massacres pouvaient commencer ! Plutôt que de citer d'autres exemples (bien qu'il me brûle de dénoncer le laïcisme qui a corrompu la laïcité), je voudrais insister sur l'actualité brûlante et le danger que pourrait constituer l'écologie élevée au rang de système doctrinaire.
               Le mythe de la Nature puise ses sources dans les profondeurs de la pensée,  (près de nous, citons le De Natura rerum de Lucrèce); la peur, engendrée par l'accélération des progrès techniques et corollairement par l'évolution dérangeante des mentalités, a sensibilisé l'opinion; des "militants" -issus le plus souvent de la météore marxiste éclatée - sont les "apôtres" de la doctrine; une doctrine qui a trouvé son "messie" en la personne de Nicolas Hulot,  unanimement apprécié par sa sincérité, son intelligence, sa connais-sance approfondie du dossier; manque le "Livre", la bible, ce qui ne saurait tarder, la ligne directrice commence à se dessiner: non pas donner à l'écologie un portefeuille ministériel qui traiterait les problèmes à égalité de compétences avec les autres ministères (éducation, économie, justice, etc.) mais englober tous les ministères sous la tutelle de l'écologie; une dictature de l'écologie, en quelque sorte; à quand les mesures répressives prises par les "disciples" au nom de la pureté idéologique ? mesures qui sonneraient le glas du progrès et le retour aux conservatismes les plus obscurantistes.

                Ainsi se précise mon agnosticisme, l'incapacité mentale d'approcher l'idée de l'Absolu, et en conséquence, la méfiance, pour ne pas dire le rejet, de tout système fidéiste ou athée qui prétendrait m'imposer SA vérité.

( Cette attitude, placée ici au plus haut niveau, aura imprégné ma vie dans ses actions les plus élémentaires. Déjà, lycéen, certains camarades m'appelaient "l'anar", ce qui me révoltait. Je ne suis pas anarchiste, je ne dénonce pas l'autorité en soi, je ne me réjouis pas de la "chienlit"; bien au contraire, pour reprendre les quelques exemples sur lesquels je me suis appuyé, je considère qu'il y a de "très bonnes choses" dans l'écologie et de très mauvaises, "de très bonnes choses" (et de très mauvaises) dans le marxisme, "de très bonnes choses"(et de très mauvaises) dans le protestantisme, je ne connais pas suffisamment l'islam pour juger du chiisme et du sunnisme mais j'aurai l'occasion d'exprimer tout le bien (et tout le mal) que je pense du christianisme,etc. Je dénonce tout système qui emprisonne l'esprit, qui dicte les comportements hors desquels "il n'y a point de salut". Est-il attitude plus stupide, plus imbécile, plus stérile que celle de la politique partisane: on est "de gauche" ou bien on est "de droite", et chacun de jeter l'anathème sur l'autre ! Ce que je rejette, c'est l'autoritarisme secrété par " l'esprit de système", ce que je revendique, c'est la liberté de penser et d'agir, sans pour autant chercher à nuire, à détruire !. Pourquoi cette attitude serait-elle inacceptable, pourquoi ne serait-elle pas tout aussi organisée , rationnelle ?)
                                                                     
                                                       hghghg

                 Agnostique et spiritualiste. Le paradoxe n'est qu'une apparence trompeuse mais il ne faudrait pas se méprendre sur la notion de spiritualité à laquelle je me réfère. Je repousse l'idée dualiste du corps et de l'âme, cette idée qu'il y aurait en l'Homme deux réalités substantielles indépendantes l'une de l'autre, l'une étant matière, donc mortelle, l'autre pur esprit, donc immortelle.
     Quand je jette un regard sur mon passé, je regrette de ne pas avoir fait de sport, de ne pas avoir entretenu la masse musculaire, les articulations osseuses, la capacité respiratoire, je regrette d'avoir suivi le diagnostic erroné d'un médecin ignare et de ne pas avoir pris soin de mon système nerveux interne, je regrette de ne pas avoir entretenu ma mémoire, de ne pas avoir approfondi certaines notions quand j'en avais la possibilité, je ....
     
Ainsi je mets sur un même plan les activités cérébrales (pensée, mémoire,etc.) et les fonctions végétatives qui appartiennent tout simplement à l'anatomie et à  la physiologie animales. Car les animaux ne sont pas des machines, ils pensent, ils éprouvent des sentiments et, dans une situation donnée, réfléchissent  à l'attitude à adopter. Il suffit de lire le regard de nos animaux de compagnie; il suffit d'entendre pleurer la mère à qui - pour lui voler son lait, on vient d'enlever son bébé-veau; les cris des brebis qui perdurent plusieurs jours ne sont-ils pas déchirants?
          Précisément ce que j'appelle esprit, c'est cette part de l'intelligence qui émerge et nous différencie des animaux. C'est ce qui, en nous, est la part de l'humain. J'emprunte l'image à la Trinité, telle qu'elle est enseignée dans la doctrine   chrétienne:
                                         le Fils > le Saint Esprit > le Père
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                                               humain >  esprit  >  divin
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                                              animal  > esprit  > HOMME
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          L'esprit c'est la capacité du cerveau à produire des idées, à les retenir, à les enregistrer sur "le disque dur" de la mémoire, mais ce n'est pas seulement une aptitude à accumuler des connaissances, c'est aussi celle de discerner, de faire des choix, d'acquérir son propre esprit critique. Si bien que, - si j'appelle "culture" l'ensemble des acquis possédés par un groupe humain, à l'intérieur du groupe chaque Homme possède une culture qui lui est personnelle. Cette culture est donc à la fois un héritage plus ou moins encyclopédique transmis par l'Histoire et l'appropriation personnelle (donc subjective) que chacun d'entre nous fait de ce savoir.
     J'appartiens à un groupe historique défini: la civilisation méditerranéenne, dont le contenu est le plus souvent qualifié de gréco-latin et judéo-chrétien. Reste à déterminer, à l'intérieur de cet ensemble,  les choix qui ont été les miens et, en conséquence, l'itinéraire suivi.
                                                                   
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      Je suis chrétien, depuis 2000 ans si j'ose m'exprimer ainsi, mais sans adhérer pour autant à une Eglise. J'ai un temps et par tradition appartenu à l'Eglise romaine, mais l'anathème ayant été prononcé contre moi, je me suis trouvé -de facto- libéré et, après un temps douloureux d'hésitation, je n'ai pu que m'en réjouir.
     Ainsi, je ne partage pas les convictions catholiques de ma fille, Mathilde,  quand elle mêle à son engagement chrétien des critères mystiques, irrationnels, mais j'approuve totalement quand, à propos de l'appel lancé par l'abbé Pierre en 1954, elle écrit dans un billet de presse:

     
" Hiver 54 ! Le premier cri d'un bébé retentit dans la nuit glacée*; c'est le mien ! La veille, c'était un autre cri qui hurlait sa souffrance : une dame était morte; un bébé aussi ... J'ai très tôt associé ces deux événements. L'action de l'abbé Pierre m'a construite, en parallèle avec celle de saint Martin qui donne son manteau à un pauvre transi de froid, orientant mon regard vers les autres, selon mes charismes propres.
          Avec infiniment moins d'humanité et d'efficacité bien sûr ! Mais
, (etc.)"
         
*( Mathilde est née le 2 février à 23h.45, il gelait à pierre fendre!)

J'approuve totalement comme j'approuve, à l'intérieur de l'Eglise, son action  orientée, pour l'essentiel,  vers l'oecuménisme.

       Être chrétien c'est en premier lieu reconnaître l'existence du Christ. Je ne suis absolument pas un spécialiste des Ecritures. Je ne me suis intéressé à "l'histoire sainte" qu'après mon année de philo quand la métaphysique est devenue pour moi source d'interrogations. J'ai lu "la Vie de Jésus",  un énorme pavé de Daniel Rops que j'ai eu bien du mal à terminer et que, par esprit d'équilibre, j'ai entrelardé d'extraits empruntés à Renan. Aucun historien ne met aujourd'hui en doute l'existence physique de Jésus, bien qu'il n'ait laissé aucune trace écrite de sa propre main. ( Socrate, non plus, son existence n'en est pas moins avérée.) Palestinien né en Galilée dans une famille juive très pieuse, il fut séduit par l'enseignement de son cousin Jean-Baptiste et comme lui, adoptant pauvreté et modestie, il entreprit de prêcher à la façon des prophètes bibliques. La qualité de son prêche et son charisme lui valurent l'adhésion de nombreux disciples qui l'accompagnèrent dans ses pérégrinations. Ce fut sa perte. Il inquiéta Jérusalem, à la fois le pouvoir  religieux et les forces d'occupation romaine. Les prêtres prétextèrent des ferments d'hérésie, ils l'arrêtèrent (comme le fut Jeanne d'Arc par les Bourguignons) et le livrèrent à leurs ennemis romains (comme Jeanne le fut aux Anglais) lesquels le condamnèrent à la peine de mort qui à l'époque était la crucifixion (comme à l'époque de Jeanne, le bûcher). Telle fut, je pense, dans sa brièveté  la réalité historique du Christ.
     
          C'est en second lieu se reconnaître dans son enseignement. Jésus apporte d'abord une réponse apaisante à l'angoisse existentielle. Oui, la souffrance et la mort sont inévitables. Dieu est bon, mais il est juste. La faute incombe aux hommes et à leur insupportable volonté de puissance. Sur ce point, Jésus ne fait que reprendre la tradition biblique: la désobéissance d'Adam et Eve qui se sont perdus en "mangeant la pomme" de la connaissance. Il est évident que j'ai toujours rejeté cette vision biblique d'une Humanité "progressant"(?) du Paradis vers l'Apocalypse;  je pense tout au contraire  que nous progressons du chaos universel  vers le paradis, défini comme le mieux être et le mieux vivre. Néanmoins, force est de reconnaître que la tradition biblique est vivace chez nos contemporains; qui n'a pas entendu autour de soi ces réflexions: "à quoi ça sert, tout ça!"(voyage dans l'espace), "ils vont bien faire tout exploser !" (atome), "Tout ça c'est d'leur faute!" (climat),etc. ? Comment ne pas voir dans ce conservatisme basé sur la peur le grand danger d'une forme d' "écologie à rebours" ? En contrepoint de la notion de faute originelle vient celle du rachat par un rite purificatoire: le baptême. Le baptême n'est pas une "invention" du Christ, il existait dans certaines communautés juives, Jésus lui-même a été baptisé dans les eaux du Jourdain par Jean, précisément dénommé Baptiste. A la notion de rachat s'ajoute celle de l'immortalité. Le corps est condamné à la mort et à la souffrance "in lacrimarum valle"! mais l'âme survivra et atteindra le paradis pour peu que nous ayons une vie irréprochable, et c'est alors qu'intervient le message proprement dit du  Christ, le seul que je retiens: "Aimez-vous les uns les autres". Je n'en connais pas de plus élevé. Et c'est en ce sens que je me dis "chrétien".
     
         Je me suis très tôt interrogé sur les invraisemblances apparentes véhiculées par la religion chrétienne, je m'en suis très vite désintéressé ne voyant là que les fruits d'une dialectique philosophique et politicienne stérile, occultant l'essentiel. C'est refuser de prendre en compte la réalité historique. Jésus a vécu il y a deux millénaires. Il s'adressait en grande partie à des illettrés, (rien ne prouve qu'il n'était pas lui-même analphabète), dans un contexte culturel très éloigné du nôtre où le polythéisme, contre lequel il s'élevait, était encore la religion de l'occupant romain;
sa prédication empruntait le mode de la parabole, des métaphores, des symboles, vouloir prendre son "message" au pied de la lettre est une malhonnêteté intellectuelle. De plus la vie de Jésus nous est connue par ceux des apôtres qui sachant écrire ont rédigé les évangiles. Mais il ne me semble pas que les textes originaux aient été retrouvés, il s'agit de textes apocryphes, recopiés bien après le décès de leurs auteurs. Textes dont il est bien difficile de démêler l'authenticité et les ajouts, les modifications qui allaient dans le sens d'une religion nouvelle. Prenons toutefois le mythe de "l'Immaculée conception"
      
  Marie, dit-on, était vierge. Je réplique: " pourquoi pas ? "
        Si Jésus s'était inscrit dans une lignée d'enfants, elle ne l'aurait pas été, c'est évident. Dire qu'elle était vierge, c'est dire que Jésus était son premier enfant. Non seulement vierge, mais fille-mère , ce qui ne sembla pas choquer l'opinion de ce temps,  on s'empressa ( peut-être mais ce n'est pas certain) de la marier à Joseph car il fallait bien subvenir à l'entretien de la femme et de l'enfant. Joseph fut royalement oublié, il faudra attendre la fin de notre Moyen Age, pour qu'il soit pris en considération par l'Eglise. Occulté, Joseph, mais tout autant les frères et soeurs de Jésus, car, à moins d'un cas de stérilité de l'un ou de l'autre, il est peu probable que le couple n'ait pas eu d'enfants.
          ( Suspecte cette occultation ? certainement pas, à travers mes travaux généalogiques, je peux affirmer que tous les enfants, même dans une famille notable figurant au d'Hozier, ne sont pas tous répertoriés. Pour l'être, faut-il encore qu'ils se soient faits remarquer. Ainsi un historien contemporain -professeur, docteur- a pu écrire qu'Antoine Bohier, d'une  illustre famille, lui-même trésorier général des finances, vivant tout près de nous au XVIème siècle, était resté célibataire, alors qu'il avait été marié deux fois et avait eu des enfants. Isaac Bartet en est un autre exemple, mon opuscule n'a d'autre but que de corriger  les omissions, parfois volontaires et malveillantes, de ses contemporains). 
         
 Deuxième exemple: que signifie " l'Immaculée conception" ?
         C'est un dogme qui date du ...  XIXème siècle! Toujours cette notion génésiaque du péché originel attaché à la condition humaine et le rachat qui en découle! Marie n'avait pas été "baptisée", donc elle était impure, mais par une grâce spéciale, le fait d'avoir conçu le Christ l'avait purifiée, l'avait "rachetée", elle était devenue intrinsèquement "pure". Evidemment, en cette fin du XIXème siècle les anticléricaux s'en donnèrent à coeur joie, déformant volontairement le dogme et laissant croire que Jésus était né des rapports coupables de la Vierge et... du Saint-Esprit! Le dogme de l'immaculée conception n'est pas un fait historique, n'a jamais été "évoqué" par le Christ! Jésus lui-même serait fort étonné s'il apprenait qu'il avait été déifié et fort triste de constater que l'on s'était servi de son enseignement pour fonder des Eglises, on nom desquelles "ses frères" s'étaient entretués.
         Le dogme de l'immaculée conception est interne à l'Eglise, laissons les Pères de l'Eglise, les papes et autres théologiens à leurs élucubrations théologiques auxquelles ils ont droit. Laissons également les cléricaux et anticléricaux à leurs querelles stériles; elles ne m'intéressent pas. Ne mêlons pas l'histoire - à laquelle je me réfère - et la théologie fumeuse que mon esprit cartésien repousse. Je pourrais multiplier les exemples, mais  je n'irai pas gloser sur le sexe des anges !

          Quoi qu'il en soit, Jésus a bien vécu, son message est un message d'amour, cela me suffit. Mais ce n'est pas le seul archétype au coeur de ma réflexion. Il y a  Epictète, que je connais un peu, (il était au programme !), Sénèque (dont la seule annonce d'une version me paniquait), Marc-Aurèle, (aux préceptes moraux d'une lecture plus aisée), en d'autres termes: les stoïciens; je dois toutefois reconnaître que la vertu m'ennuyait un peu et que l'abnégation heurtait ma combativité naturelle. Socrate, plus exactement Platon, m'ennuyait tout autant car je ne trouvais pas le vocabulaire approprié pour traduire sa pensée (d'où un certain nombre de mésaventures chiffrées!); je dois toutefois reconnaître aujourd'hui qu'il m'a beaucoup influencé, non seulement par son exigeant "connais-toi toi-même" mais par sa  dialectique; sa méthode du questionnement (qui n'est pas exactement la maïeutique, mais qui en est proche) fut au coeur de ma pédagogie.  Je dois reconnaître également que j'ai découvert, bien après mes années d'études, le philosophe qui allait influencer au plus haut point ma pensée: Epicure.

             Je  n'avais jamais eu l'opportunité de traduire un texte d'Epicure, si bien que ses écrits, fort rares il est vrai, m'étaient inconnus. Je prenais pour vraie l'idée répandue que l'épicurisme n'était qu'une sorte d'incitation à la débauche et ce mot sous-tendait l'horrible ... luxure! Il me faudra donc attendre la lecture de Lucrèce pour comprendre que l'épicurisme est une école de sagesse.
     ( Depuis, un ami m'a offert la Lettre à Ménécée, recopiée de sa propre main, d'une écriture fine et élégante, lettre que je conserve, non seulement comme un trésor affectif inestimable, mais comme le témoignage même d'un plaisir épicurien !)
          
 
            Ce que j'ai retenu de la "morale" d'Epicure s'articule en deux points:
   Premier point:  
   -  l' "aponie" - une hygiène du corps permettant de prévenir , ou d'atténuer le plus possible les souffrances corporelles (par l'hygiène, les sports équilibrés, la médecine,etc)
   -  et l' "ataraxie"-une hygiène de l'esprit par absence de troubles psychiques.
                     (L'une et l'autre caractérisée par le a- privatif: absence de)

                                                                                                            >>> suite-3>>>

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