Ce que je crois

 Paraphrasant Comte-Sponville, je dirais que je suis un agnostique-spiritualiste; belle formule qui pèse son poids de paradoxe, qui veut tout dire dans la mesure où elle résume la pensée, qui ne veut rien dire tant que les mots ne sont pas explicités. Les mots recouvrent rarement un signifié unique, ils portent en eux-mêmes des nuances qui sont autant d'entrées dans un dictionnaire, et ces nuances sont accentuées selon la sensibilité du locuteur.

    D'entrée, le Robert donne de l'agnosticisme une  définition double: " doctrine qui considère que l'absolu est inaccessible à notre connaissance ou écarte les spéculations métaphysiques comme inutiles". Or, je ne suis pas doctrinaire, je n'appartiens à aucune école, je n'écarte pas la métaphysique sinon je n'entreprendrais pas d'écrire ces lignes, néanmoins je pense que l'être humain est incapable d'accéder à la connaissance. Je ne me dérobe pas, je ne dis pas : peut-être que oui, peut-être que non, ou plus sèchement: je ne veux pas le savoir, la question ne m'intéresse pas. Toutefois, je ne suis pas insensible à la contradiction interne de mon raisonnement; quand j'écris que "l'être humain est incapable ..."   j'affirme, - ce qui peut apparaître comme l'énonciation d'une certitude, d'une vérité première, alors que précisément je la nie, - de plus, j'applique à l'humanité entière une impossibilité que je ressens personnel-lement et qui est - déjà, au moins - le fruit d'une expérience.  Précisément, de quelle expérience ?

      Comme la plupart des potaches j'ai subi de plein fouet, à l'âge acnéoïde de l'adolescence, un cours de philosophie. Par un professeur remarquable: normalien supérieur, plus jeune agrégé de France, auteur d'une thèse sur le mode d'existence des objets techniques, thèse jugée exceptionnelle par ceux qui ont pu y pénétrer. De temps à autre, il pimentait son cours ex-cathedra, usant de quelques gestes théâtraux ou d'intonations un peu plus appuyées qui avaient pour effet de nous sortir de la douce béatitude de l'endormissement, en fait je ne comprenais rien, écrasé par un vocabulaire technique qui m' était étranger et, avant tout, par un manque manifeste  de maturité. Pourtant, ce professeur m'a laissé un héritage qui s'est révélé indélébile. Il avait pour habitude, en entrant dans la classe à gradins, de claquer son classeur sur le bureau tout en nous tournant le dos, puis il se retournait brusquement et annonçait très fort ce qui allait être  le développement de son cours (toujours en trois points, comme il se doit) et ce jour, il déclama:
                        thèse               l'Homme transcende l'Espace
                        antithèse        le Temps transcende l'Homme
                        synthèse         Transcendance de l'Immanence
Au crépuscule de ma vie, je ne suis pas encore certain d'avoir tout compris, mais ce postulat aura hanté - jusqu'à ce jour, mes réflexions.
      Il faut ajouter deux autres thèmes: celui de l'Unité, le Un platonicien que notre professeur de Grec nous avait fait découvrir en classe de 1ère, et le darwinisme, magnifique sujet de dissertation qui m'avait enthousiasmé et entraîné dans de studieuses recherches en bibliothèque.
      Ce sont ces trois piliers : Transcendance - Unité - Evolutionnisme , qui ont été à la base de cette réflexion, alimentée  au long de ma vie par les spectaculaires avancées scientifiques et technologiques du XXème siècle.
C'est peu, c'est maigre, j'en suis conscient.


           Je ne peux  passer sous silence le climat familial dans lequel j'ai été élevé, ni l'influence de l'éducation religieuse, quasi incontournable à mon époque.
      Mes parents respectaient les convictions de chacun; ils étaient commerçants,  leur seul souci était que les tartelettes chatouillassent aussi bien les palais de gauche que de droite, ceux du ciel et ceux de l'enfer ! Je n'ai conservé que le  souvenir amusé de mon père qui s'était lancé dans une histoire d'oeuf, de coq, de poule à laquelle je ne comprenais rien et qui mêlait le soleil,  la lune et les prunes du jardin. Mais c'était pour "rire", pour "faire tomber bourrique"(sic) une voisine, vieille demoiselle fort sympathique, qui avait entrepris de le convertir à la pratique religieuse.
       A l'échelon supérieur, celui des grands-parents, l'atmosphère était tout autre. Mon grand-père avait été l'un de ces premiers élèves qui polirent les bancs de Jules Ferry, il savait lire mais n'en abusait pas. Il était surtout friand des livres d'histoire que ses enfants, puis ses petits-enfants, ramenaient de l'école; il marmonnait du bout des lèvres, en même temps qu'eux, les leçons récitées par coeur. Ma grand-mère maîtrisait bien l'écriture et le calcul, c'est elle qui tenait les livres de compte, c'est elle qui réglait le salaire des domestiques et des journaliers éventuels et, pour cette raison, elle régnait en maîtresse dans la maison. Dès qu'il avait franchi le seuil, le père, comme elle l'appelait, perdait tous ses droits. Et c'est au nom de ce droit imprescriptible que la grand-mère avait décidé, une fois pour toutes, que les garçons iraient à "la laïque" et les filles... chez les curés, et elle eut 11 enfants, le curé l'emporta sur le score étriqué de 6 à 5 !
      Bien différente était l'atmosphère chez mes grands-parents maternels. Ma grand-mère était très effacée et je ne l'ai connue que rhumatisante et plus ou moins impotente. A l'opposé, le grand-père avait une forte personnalité, il écrivait des pages et des pages de sa fine écriture sans aucune faute d'orthographe; c'était un homme de conviction, radical-socialiste, franc-maçon, libre penseur; conseiller municipal, il avait franchi les différents échelons d'adjoints; à son décès, il était maire de sa commune et conseiller d'arrondissement. Il avait obtenu que le corbillard passât devant l'église et ne s'y arrêtât pas, comme un "suprême défi à la calotte". Ses enfants avaient respecté sa volonté. Ma mère nourrissait pour son père une admiration sans borne, c'est tout dire, toutefois elle ne s'opposa pas à ce que ses enfants "aillent au catéchisme", peut-être au regard des savarins, des marquises et des Paris-Brest !

           Les leçons de catéchisme étaient données au presbytère, dans une salle froide et humide, par une vieille demoiselle, grande, droite, tout habillée de noir jusqu'aux chevilles. Nous étions assis sur des bancs alignés contre les murs salpêtrés, le centre de la "classe" étant occupé par un appareil de projections posé sur un  pupitre. Nous avions un livre de classe, un catéchisme, chaque "leçon" comprenait une série de questions suivies d'autant de réponses qu'il fallait apprendre par coeur. Nous étions interrogés les uns après les autres. Comme j'avais une assez bonne  mémoire et que j'apprenais sérieusement mes leçons,  j'étais souvent interrogé le premier. Je ne comprenais strictement rien à la question et pas davantage à la réponse, aussi ma seule angoisse était de bien faire correspondre la  réponse à la question ! Quand les élèves commençaient à s'agiter, le vicaire faisait irruption dans la salle, c'était un tumulte sans pareil, il demandait à la "demoiselle" si nous avions été sages, mais c'est en choeur que nous répondions "oui", il demandait ensuite si nous avions bien appris notre leçon et nous répondions avec le même enthousiasme "oui", alors il nous annonçait que nous allions être récompensés; nous connaissions la récompense, c'était une séance de cinéma. Nous nous empressions dans un bruit de galoches d'aligner les bancs devant le projecteur et dans un silence relatif sans cesse entrecoupé de cris de joie, nous assistions aux exploits et aux facéties de Charlot. Je dois au catéchisme deux éléments positifs,  essentiels : le développement de la mémoire pure, gratuite et l'abc du cinéma muet.
        Plus tard, j'eus l'occasion de rencontrer des aumôniers de lycée qui élevaient le débat, un débat assez ouvert d'ailleurs, qui faisait appel à l'histoire et à l'évolution de l'Eglise. Mais toujours je me suis heurté à une interrogation, fondamentale pour moi : les critères de crédibilité. La logique l'emportait sur l'intuition et je dois reconnaître que, ma vie durant, cette démarche a été à la base de mes raisonnements. A ma question, les réponses étaient toujours les mêmes: mystère - foi. Je me rebellais avec cette fougue que mes amis, amusés, ont toujours relevée : "ce n'est pas un mystère puisque vous affirmez que... " et j'évoquais la Bible, la Genèse, Jésus, le péché originel, le rachat,etc. la réponse revenait toujours identique, si bien que, traité de raisonneur, j'étais renvoyé dans les cordes avec une réflexion de type: "circulez, y'a rien à voir". Peu à peu, une cloison, d'abord fragile, de plus en plus consistante au gré d'aléas qui devaient émailler mon parcours, allait s'interposer entre la religion et mon scientisme diffus.
           Tel fut le socle sur lequel j'allais élaborer mes raisonnements et construire ma personnalité.
                                                            hg

          
Aujourd'hui, si un ami me posait la question : " est-ce que tu crois en Dieu? " je répondrais : " est-ce que tu crois au Père Noël ? " et ce ne serait pas une boutade, une fuite pour éluder le problème. L'enfant qui découvre un  jouet dans ses sabots, au pied du sapin ou devant la cheminée, ne se pose pas de question, le Père Noël existe bien, avec sa barbe blanche et sa longue tunique rouge; la preuve est sous ses yeux: le jouet, et pour les plus avertis qui ont écrit au Père Noël c'est bien la preuve que le Père Noël a bien reçu la lettre, puisqu'il lui a apporté l'objet de ses désirs ! Quand vient la période du doute, la terrible révélation, accompagnée souvent de moqueries par les plus grands, l'enfant prend conscience à la fois de sa propre naïveté et du mensonge des adultes. Il est désorienté, comment désormais "croire" ? comment accorder la confiance ? et dans ce mot se trouve inclus l'étymon : foi ! J'ai pu constater, encore cette année même, le désarroi provoqué par une telle révélation. Alors il faut l'amour d'un papy pour apaiser la souffrance : " mais si ! le père Noël existe bien !... je vais t'expliquer : tous les papas du monde font, avec l'accord de la maman, un cadeau à leur enfant, au moins une fois l'an. La tradition veut que ce cadeau soit fait le jour de Noël ... c'est ton père qui,  à Noël ... si ton papa faisait ce cadeau à la Toussaint, on l'appellerait, le père Toussaint, si c'était à Pâques, ce serait le père Pâques..."  je n'oublierai pas ce regard brillant, cette grand respiration qui a interrompu mon explication, ce " Ha... j'ai tout compris !" et sans attendre, mon petit-fils a couru à son jouet, il m'a jeté un regard furtif, son jouet était ma-gni-fique. L'enfant venait de gommer son angoisse, il venait de rationaliser l'évènement.
          Ainsi en va-t-il de notre croyance en Dieu. Au premier degré, la foi du charbonnier entretient une douce quiétude qui nourrit à la fois le fatalisme et l'espérance, au second degré naissent le doute et les interrogations qui en découlent: qui sommes-nous ? d'où venons-nous ? où allons-nous et par où? les éternelles questions des latins: qui? unde? quo? qua? alors, pour calmer les angoisses viennent les gurus, les robes noires, les bonnets carrés, les philosophes qui ont tous une réponse, un "système", une "doctrine" mais ces réponses sont fausses, car il n'y a pas de réponse, il n'y a pas de réponse possible car l'esprit humain est borné.

          Comment ne pas imaginer la terreur de nos ancêtres des cavernes devant des phénomènes naturels comme les trombes d'eau, les crues, les glissements de terrain, la montagne qui crache le feu et le feu qui brûle tout: les arbres, les animaux, l'homme attardé. Tous ces phénomènes imprévisibles venant s'ajouter à la mort, tout aussi soudaine, et qui n'épargnait personne. Et quand la mort ne survenait pas de ce que nous appelons aujourd'hui, un mal endémique, une épidémie, elle pouvait survenir de la violence même des hommes. Cette  nature n'était pas toujours hostile: le soleil, l'eau de source, les fruits, les cailloux même qui devenaient des outils, étaient autant de facteurs de bien-être et d'espérance. Sans omettre ce qu'il faudrait probablement placer au premier rang :  les organes sexuels qui procuraient la jouissance et la vie. Ce dualisme, cette opposition entre des forces contraires a dû faire naître dans l'esprit humain, l'idée du bon et du mauvais, du bien et du mal, et peut-être même du beau et du laid. Toutefois, tous ces faits n'étaient que des constats,  ils n'expliquaient rien. Il fallait pourtant expliquer l'inexplicable. Or, l'homme des cavernes, tout comme l'homme d'aujourd'hui, rêvait. Comme nous aujourd'hui, son temps de sommeil était occupé, perturbé par des songes. Il pouvait, par exemple, revoir soudain un être disparu depuis longtemps, mais sous une forme et dans un contexte totalement abracadabrants; tous ces rêves, tous ces cauchemars, ne prouvaient-ils pas l'existence d'esprits invisibles peuplant le monde: esprits malfaisants qu'il fallait conjurer, esprits bienfaisants qu'il fallait invoquer. Et ces esprits étaient partout, dans la roche, dans les arbres, dans le vent, dans la lune, le soleil et les étoiles. Ainsi peut-être est née toute religion, un système censé expliquer et donner un sens à l'existence humaine: l'affirmation d'un monde surnaturel qui serait, à la fois, extérieur à l'Homme, le cosmos, et intérieur à l'Homme dans sa dualité: un corps et... une âme.

           Nous ignorons comment les hominiens se représentaient les esprits qui animaient leur espace de vie. Les totems, les représentations sexuelles (phallus, grossesses) sont trop près de nous pour servir de références. Toutefois nous percevons l'évolution des mythologies, évolution parallèle et conséquente de l'esprit humain. Si  nous nous cantonnons à la civilisation  occidentale, la seule que je connaisse un peu, je constate qu'il n' y a jamais eu rupture d'une mythologie à l'autre, mais évolution. Ainsi, l'animisme primitif a traversé les millénaires pour parvenir jusqu'à nous. Ne dit-on pas encore: être né sous une mauvaise ou une bonne étoile, auquel cas un ange gardien veillera sur nous? certains ne vont-ils pas chercher l'avenir dans une boule de cristal ? A nos enfants, considérés comme  primaires, pour ne pas dire primitifs, ne donnons-nous pas à croire aux fées, aux bonnes et aux mauvaises, à croire aussi ... au père Noël ? Les religions, issues des mythologies, ne sont pas nées ex nihilo, elles n'ont été que la transformation lente de mythologies antérieures. Ainsi, le nom même de Dieu est emprunté par les chrétiens à   Zeus, le dieu suprême des Grecs [ zeuv ], en passant par la forme latine [deus]. Dans notre Gaule chrétienne, nos ancêtres percevaient-ils une réelle différence entre le temple et l'église, entre les divinités païennes et celles, chrétiennes, qui les remplaçaient? Quelles différences entre le prêtre et le druide, le sécateur et la faucille, le rameau de buis et celui de gui? Les dates du calendrier liturgique chrétien étaient-elles nouvelles et imposées pas un rituel propre, ou bien n'étaient-elles pas, plus simplement, plaquées sur des pratiques païennes ancestrales? Ainsi, la réalité de l'existence du Christ ne fait aucun doute, nous y reviendrons, mais qui oserait affirmer qu'il est né le 25 décembre? Cette date correspond au solstice d'hiver, ce passage important dans l'année, celui qui marque le triomphe de la lumière sur les ténèbres, la re-naissance d'un jour qui se fera de plus en plus long aux dépens de la nuit et de ses puissances démoniaques. Aujourd'hui les partisans d'une néo-religion basée sur la raison ne suppriment pas ces fêtes qui ont traversé les mythologies, ils en modifient le sens par de nouvelles appellations: Noël devient la fête des enfants, Pâques la fête du printemps, la St-Jean, la fête de la musique,etc. Ainsi perdurent... à travers les millénaires....!

           Nous percevons la même évolution dans la figuration des dieux. Certes les premiers témoignages sont souvent espacés de milliers d'années, il serait imprudent de tirer des conclusions hâtives. Toutefois, je pense que l'on peut admettre que l'animal a été à la source des projections mentales des premières civilisations dans la mesure où  l'animal était le reflet de ce que lui - homme -  détestait ou  admirait: le rut impressionnant du taureau et la douceur affective de la vache qui si bien materne son petit, la puissance du lion, les mâchoires acérées du crocodile sans omettre le serpent rusé, fourbe, qui se faufile et dont la piqûre à peine perceptible est mortelle.
            Avec la civilisation égyptienne apparaît une nouvelle étape: la fusion de l'homme et de l'animal. Citons Anubis, un corps humain surmonté d'une tête de chacal, Horus à tête de faucon, Thot tantôt ibis, tantôt babouin,etc. L'anthropomorphisme va progresser lentement, le sphinx à tête d'homme, conserve son corps de lion, Hathor est totalement femme mais conserve néanmoins ses cornes de ruminant !
            Le zoomorphisme disparaît dans la mythologie grecque, avec toutefois certaines survivances:  Pan, qui représente peut-être de l'homme toute l'énergie créatrice, est velu, cornu, ongulé comme le bélier. Les dieux peu à peu "s'humanisent", tellement que plus rien, sinon l'éternité, ne les sépare des hommes avec leurs grandeurs et leurs bassesses: jalousies, cocuages, meurtres ! Ils règnent du haut de l'Olympe, logés trop à l'étroit  et peut-être même dans une trop grande promiscuité , ils gagneront un espace sans limite, le ciel, et même... le septième, transformant le firmament en pelures d'oignons!  Mi-homme, mi-dieu, les héros feront le lien entre les deux mondes. Quant à la statuaire grecque, elle évoluera peu à peu pour confondre les deux mondes: Apollon, Aphrodite ne sont que la copie idéalisée de l'Homme et de la Femme.
            Le monothéisme chrétien représente indéniablement une étape dans l'élévation de la pensée humaine, il s'inscrit toutefois, non pas comme une rupture mais comme le prolongement des mythologies antiques. Zeus (deus) est devenu dieu unique, les saints ont pris la place des héros et les élus peuplent le Ciel. Quoi qu'il en soit, "Dieu a créé l'Homme à son image" ! et voilà bien pourquoi nous pensons que l'esprit humain est borné, par réciprocité l'Homme imagine Dieu à son image, une sorte de surhomme, un père créateur. Et si nous devions supposer que le primate le plus évolué, le père de l'homo habilis, s'interrogeait sur l'au-delà, ne pourrions-nous penser que son dieu ressemblait étrangement à King-Kong ! L'homme ne peut percevoir au-delà de ce qu'il est.
              Aujourd'hui, les mentalités évoluent, nous franchissons un nouveau palier. L'anthropomorphisme s'efface comme s'était effacé le zoomorphisme. Dieu devient Alpha,  Principe de toute chose, Big-Bang,  Atome,  Energie,etc. La mythologie chrétienne s'adapte, comme l'avait fait auparavant la mythologie gréco-latine. De figurative elle devient symbolique. Sommes-nous plus avertis pour autant ? oui, par rapport à hier, certainement pas- par rapport à demain. Puisque je me suis engagé à écrire ce que je crois, je crois que dans l'échelle du Temps, l'homo sapiens-sapiens d'aujourd'hui n'est qu'un bébé vagissant.
                Alors,  que sera le garçonnet de demain : l'homo scientificus ?

                                                                   hg

           Entrevoir le passage du "sapiens-sapiens" au "scientificus", c'est évidemment adopter le point de vue de l'évolutionnisme. Je peux écrire avec plus ou moins de véracité l'histoire du passé, l'écriture du futur devient aléatoire, je m'avance sur un terrain mouvant où les quasi certitudes s'effacent sous les pas, où le doute envahit la pensée, perturbe la sérénité. Je dois confier ma réflexion à l'imagination, dont on dit qu'elle est trompeuse: ainsi les petits hommes verts qui peuplaient Mars et allaient nous envahir sont vite passés de vie à trépas. Mais elle ne l'est pas toujours, elle peut être créatrice: Jules Verne, pour ne citer que lui, en est un exemple éclatant.
             Je peux donc emprunter, sans trop de risques, les sentiers de la technologie en m'appuyant sur des inventions déjà reconnues.  La maison d'aujourd'hui, par exemple, est obsolète. La première pièce à prévoir et sur laquelle les architectes devront se pencher avec le plus grand soin, sera la "chambre" du robot. Un robot qui règlera tout: la production d'énergie nécessaire à l'ensemble, la lumière, la ventilation, la climatisation,  les tâches ménagères les plus élémentaires, la communication intérieure et extérieure, phonique et visuelle, l'ouverture et la fermeture des portes et des fenêtres, l'orientation de la maison (face ou  dos au soleil selon les périodes de froid ou de chaleur intenses),etc. La plus grande révolution sera peut-être la disparition totale du toit pentu et son remplacement indispensable par une terrasse.
    Car l'automobile sera demain ce que le cheval est aujourd'hui pour nous. Les autoroutes ayant "fait leur temps", éclatées, défoncées, seront peu à peu désaffectées. On entretiendra quelques tronçons pour le plaisir et pour la compétition, comme on sauvegarde aujourd'hui des allées cavalières pour la promenade et des hippodromes pour le sport. Les déplacements se feront par la voie aérienne, le toit servant de base de départ et d'arrivée.  Certes à chacun selon ses moyens. De la simple "dodoche", un fauteuil matelassé et un moteur élémentaire, à l'instar des actuels ULM, jusqu'à la "ferrari" grand sport avec capsule ultra sophistiquée et sécurisée. Mais, déjà, à cette époque, lointaine ou pas, des compagnies à vocation touristique auront organisé les premiers voyages groupés intersidéraux.

          Ce premier pas franchi, je peux en faire un second, dans l'espace. J'ai très tôt entrevu l'unité de l'UNivers. Les planètes ont toutes la même composition mais à des stades différents selon la distance qui les sépare de l'étoile-mère, le soleil. La Terre est la seule planète où les conditions sont réunies pour l'élaboration et le développement d'une vie, au sens biologique où nous l'entendons: naissance, croissance, reproduction, mutation, avec, en corollaire, l'idée que la vie minérale, végétale, animale, humaine ne sont que les étapes d'un même processus de développement. Soit. Mais le système solaire est infinitésimal dans l'Univers. Il y aurait des milliards de systèmes solaires, donc des milliards de Terres qui - mêmes causes, mêmes effets - ont vu, voient, ou verront la vie se développer; en précisant que par le jeu des hasards, rien ne prouve que la chaîne évolutive soit la même sur toutes les Terres ! et pour ajouter à la confusion: l'Univers d'aujourd'hui n'est peut-être pas ce qu'il était hier et ce qu'il sera...  demain ! Ma raison vacille. A ce stade, mon esprit est bien... "borné", force m'est d'admettre que "l'absolu est inaccessible à ma connaissance" , d'où ...  cet agnosticisme que je revendique.

          Le sapiens-sapiens que je suis n'a pas aujourd'hui les capacités suffisantes et nécessaires pour .... , mais, demain, "l'homo scientificus" ?

 

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