" La vie ? - un scrutin uninominal à un tour !"
Cette formule est bien loin de mon idéalisme d'adolescent !
Toutefois, devant les
premières difficultés, les premiers échecs, j'avais déjà adopté une attitude
plus attentiste, plus mesurée, en suivant la formule que me ressassait mon frère Jacques : "wait
and see". Cette attitude m'a souvent aidé; j'ai mesuré aussi combien elle était insuffisante.
Aujourd'hui, à l'heure du bilan,
je considère mon idéalisme, mes utopies avec un sourire amusé, une pointe
de tendresse, mais je dois me rendre à l'évidence: réalisme et pragmatisme
sont les deux conditions d'une vie réussie.
Scrutin uninominal:
ma vie m'appartient. Elle n'appartient à personne d'autre. Aussi
égoïste, aussi égocentriste soit-elle, cette vision est essentielle.
Voudrais-je aider mon entourage ? Comment le ferai-je si je suis un
"poids" pour cet entourage ? si moi-même je ne suis pas parfaitement
équilibré ? La recherche d'un équilibre physique
(aponie) et d'un équilibre
mental (ataraxie) est une
exigence première. "Les devoirs envers....", telle que nous l'enseignait
la leçon de morale à l'école primaire, commencent d'abord par les devoirs
envers soi-même. Personne d'autre ne peut se substituer à nous.
Scrutin à un
tour. Il n'y aura pas de second tour. Il n' y a pas de session de
rattrapage. A chaque carrefour, il faut prendre la bonne voie, la marche
arrière est impossible. Il faut prévoir l'avenir, ce qui nécessite une
qualité essentielle: la clairvoyance,
elle-même conditionnée au traitement
objectif, en
dehors de toute passion, d'une
culture, la plus
large possible. Malheur aux ignorants et aux imprévoyants.
Ma situation
actuelle peut éclairer cette pensée: aujourd'hui, je suis proche de
l'embarcadère, cependant, puisque Charon se refuse obstinément à publier son
planning et à communiquer ses horaires, j'ai mis mon obole de côté et
j'attends; tout en attendant, je supporte résigné les aléas du
quotidien... c'est vrai, mais je jouis aussi - et avec délectation -
des mille et un plaisirs qui sont offerts à ceux qui savent demeurer
éveillés. Stoïcisme ? Epicurisme ? Qu'importe. La pensée antique l'a
emporté sur l'espérance chrétienne considérée comme utopie fallacieuse. Je
n'attends rien d'autre que le néant. Pourrai-je - quand la barque
s'éloignera et s'enfoncera dans le brouillard - adresser un dernier
message à ceux qui m'auront accompagné? leur murmurer dans un ultime
sourire: la vie, oui, uninominale et à un tour, oui, mais tellement belle
!
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