Ce que je crois - 4

..... mais ...  les OGM ?
         
Je ne suis pas un "savant" je n'ai aucune qualification pour en parler sur le fond. Je constate, et c'est déjà beaucoup.
          L'Homme a d'abord été chasseur, puis éleveur. A partir de ce moment il a domestiqué le loup, le cheval, pour s'en faire des alliés. Il a opéré des croisements pour améliorer les races, leur donner une spécialisation, nous avons aujourd'hui des chiens courants, d'arrêt, de meute, de garde, d'attaque, de sauvetage et même de compagnie,etc. Les chercheurs s'ingénient à améliorer les gallinacés, que ce soit pour la chair ou pour la ponte,etc.
         D'éleveur, l'Homme est devenu agriculteur et il a poursuivi ses recherches pour améliorer aussi bien la production que les qualités gustatives. Il a importé pour les "domestiquer" des espèces sauvages ou lointaines, l'abricot, la tomate, la pomme de terre,etc. Avec l'églantine, il a créé le rosier dont il a multiplié et continue à multiplier les variétés.
     Depuis l'aube de l'humanité, l'homme n'a cessé de "modifier les organismes", qu'il soient végétaux, animaux ou ... humains (transplantations, vaccins etc.) !
        Depuis mon enfance j'entends les terribles menaces des thuriféraires de l'apocalypse ! " Ah! ces parents inconscients qui donnent à leurs bébés des "petits pots" mortifères " (pourtant achetés alors en pharmacie), " Ah! ces épouses - qui pour mieux s'adonner à la jouissance - "prennent la pilule"! "etc.
      
"Ah!...", j'entends....  et j'attends..... la catastrophe qui ne viendra pas ! Fort heureusement.
        Alors, faisons confiance aux savants et aux politiques pour règler le problème des OGM: l'intérêt des recherches, la sécurité, les modalités d'application dans l'espace et dans le temps.
L'Homme est anthropocentrique au détriment de la nature .....
La réponse est oui et non; j'ai déjà répondu en partie mais je reconnais ne pas être allé au bout de mon raisonnement.
    Si le fait d'être anthropocentrique consiste à prêter à la matière vivante les mêmes caractéristiques qu'à l'Homme, certainement pas. Si je m'amuse de Gastounet mon crapaud, qui chaque année, de saut en saut, vient jusque dans la chambre, et si je lui prête un vocabulaire imaginaire, si j'en parle en termes humains, c'est par pur lyrisme !

     Si le fait d'être anthropocentrique consiste à penser que l'Homme est le roi de l'Univers et qu'en conséquence il possède sur la Nature tous les droits, certainement pas. La Nature transcende l'homme. Le récent tsunami en est une preuve. Il en est une autre qui pour moi, de par mon agnosticisme est indubitable : la Mort. Quant à l' "hypothéticus" d'après-demain, rien ne prouve qu'il sera homo.

     Par contre, si l'Homme peut disposer, aménager, corriger la nature, superficielle, terrestre, je dis OUI. Je ne vois aucun inconvénient au creusement d'un tunnel sous la Manche ni au transpercement d'une montagne. J'imagine fort bien la colère de certains Gaulois voyant, impuissants,  les Romains tracer de larges voies toutes droites, et ferrées même, à travers leurs bois, leurs champs. Et se plaindre de tous ces étrangers à la mine patibulaire qui envahissent leur territoire. Des gens que l'on n'a jamais vus. Des voleurs, c'est sûr, et nos filles ? Aujourd'hui, les voies romaines sont bien oubliées, elles ont été bitumées, macadamisées, nous ne nous  déplaçons plus à pied, ni à cheval, mais dans des bolides qui nécessitent de l'essence et qui, etc..... et nous sommes bien heureux de rejoindre des êtres chers, ou de chercher le soleil des vacances.

        Quant aux espèces animales, je ne pleurerai pas sur l'élimination des loups dans nos campagnes; c'est l'un d'entre eux qui a dévoré l'une de mes parentes qui gardait les moutons quelque part entre St. Règle et Souvigny en Touraine. Et par une ironie macabre, elle s'appelait: Mangeant. Silvie Mangeant. "On" a réintroduit le renard, on a aussi réintroduit la rage et c'est un renard qui a mangé mes poules. Je n'ai plus de poules, je n'ai plus d'oeufs. Qu'ils étaient bons les oeufs de Craquotte et de ses soeurs, (pardon pour l'anthropomorphisme)!
Que d'espèces ont disparu depuis la nuit des temps ! et après ? peut-on imaginer une Terre où toutes les espèces seraient encore représentées? Les espèces inadaptées disparaissent, c'est la loi même de la Nature, de la Nature transcendante à laquelle l'Homme est contraint de se plier.

      A la fin du canon de la messe catholique, le prêtre prononce cette formule:
                                  "Per ipsum, et cum ipso, et in ipso"
                                        par lui et avec lui et en lui
Lui, c'est le Christ, bien sûr, le Christ qui "relie" la communauté des chrétiens à Dieu, oublions l'essence divine qui est le propre de la religion et remplaçons plus simplement par l'Homme :

                          "par l'Homme, et avec l'Homme et en l'Homme"
              n'est-ce pas là une magnifique définition de l'Humanisme ?

Le progrès ne naît pas de quelque génération spontanée, il est l'oeuvre de l'Homme, il est produit par l'Homme, pour le plus grand bien de l'Homme, il est en l'Homme puisqu'il s'accompagne d'une élévation de l'esprit, d'un "polissage" des moeurs, d'une civilisation, certes très loin d'être parfaite mais  toujours et de plus en plus .. "affinée".      Assez de pessimisme!

                  I      
HIER                                               DEMAIN         C
                                
progrès maîtrisé                    H    l'inconnu
____________________- - - - - - -
                 
c'est tout bon                             aïe ! aïe ! aïe !
... je n'ai trouvé dans aucun dictionnaire le mot ..."aponie"
Je reconnais que le mot est peut-être maladroit est que sa rareté fait pédant, au point que je me mets moi-même à douter. Je ne sais plus où je l'ai emprunté mais probablement dans un manuel de philo. Quoi qu'il en soit le signifié ataraxie (employé par Montaigne) est éloquent en soi, mais je tenais à marquer "ce dualisme dans l'unité" sur lequel il faudra que je revienne: l'Homme est UN, soit, mais à l'intérieur de cette unité je privilégie l'ESPRIT qui l'élève au-dessus de ses fonctions animales; souviens-toi, au lycée déjà, on glosait  sur "les tubes digestifs" de certains, c'est que nous nous prenions pour des "penseurs" ! Attitude détestable, certes, et nous avons dû être détestés, mais aujourd'hui je suis plus indulgent sur notre attitude naïve et juvénile. Que veux-tu, être élèves de Simondon ça gonflait un peu la tête ! Et puis j'écris pour moi-même, même si je me confie à mes enfants et à mes amis; dans un écrit de plus large diffusion je n'emploierais peut-être pas ce mot.

Pour moi l'ataraxie définit la sérénité, (Esprit), il fallait un mot pour définir l'absence de tourments physiques (Corps)= aponie

 ..."chrétien"
           Je perçois que cet adjectif "bloque" certains d'entre vous; pourtant je persiste et signe: je suis chrétien, je suis chrétien depuis 2000 ans et tout  lecteur auquel je m'adresse (dans ma modeste sphère) est chrétien depuis 2000 ans. Qu'on le veuille ou non, dès notre naissance nous sommes immergés dans un bain culturel.
           ex: Les deux premiers monuments auxquels je me suis intéressé ont été l'église Saint-Julien - et pour cause, puisque le vasistas de ma chambre butait contre ses arcs-boutants, je suis longtemps resté perplexe devant un grand tableau sombre et laid qui couvrait le fond du choeur et représentait un repas, je sus par la suite lui donner le nom de cène; ensuite ce fut la cathédrale qui a excité ma curiosité, surtout l'architecture et le fameux escalier interdit dont le sacristain moyennant une piécette,  nous accordait en cachette l'accès et qui, une fois que nous étions grimpés tout en haut, nous permettait avec une pointe de vertige de découvrir la ville en son entier et d'y découper les différents quartiers. Je pourrais multiplier les exemples. Tout -  autour de nous - nous renvoyait comme un écho l'image de la chrétienté, et l'écho sonore des cloches qu'il m'est arrivé de tirer à toute volée n'était pas le moindre.
         
Je suis chrétien par essence. C'est ainsi. Si j'étais né à Casablanca dans une famille musulmane, ou à Pékin dans une famille bouddhiste la fabrique eût été différente.

           Cependant, être de culture chrétienne ne signifie nullement un assujettissement à une doctrine, une philosophie, une Eglise. Je me sens parfaitement libre (bien que ce mot prête à confusion, car la liberté est elle-même soumise à notre niveau de conscience, mais c'est un autre sujet), quoi qu'il en soit, je me sens totalement indépendant de mes racines.
               La religion chrétienne prend sa source dans la Bible. Je n'ai pas eu le courage de lire la Bible en son entier, mais j'ai été fasciné par la Genèse qui énumère les différentes étapes de la Création: l'air, l'eau, le minéral, le végétal, l'animal, l'homme. Si je ne me trompe, les textes rédigés de la Genèse datent du 6ème siècle avant notre ère, mais en réalité ils reprennent une tradition orale de plusieurs siècles antérieurs. Mutatis mutandis, dans les mêmes circonstances, et à la même époque, Homère consignait par écrit l'Iliade et l'Odyssée. L'Iliade m'a ennuyé mais Ulysse a soulevé mon enthousiasme. Pourquoi ne me serais-je pas tout autant intéressé à la Bible ? Pourquoi n'aurais-je pas trouvé "géniale" cette présentation de la Création qui correspond à nos connaissances actuelles? de même que (j'étais alors en classe de 6ème) j'ai découvert   la Méditerranée, rame après rame, en marquant sur une carte les différentes étapes du héros grec, qui n'en finissait pas de rentrer chez lui, à Ithaque !
             Toutefois, j'ai pris les chants homériques pour une oeuvre littéraire, je me suis laissé bercer par le merveilleux, je n'irai pas chercher dans l'Odyssée une quelconque conduite de vie, une quelconque "vérité éternelle".(Bien que certains mythes qui y sont développés appartiennent à la connaissance consciente ou inconsciente: c'est en expliquant à mes élèves le célèbre passage d' "Ulysse et les sirènes" que j'ai perçu que le chant, enivrant et d'autant dangereux, était celui des profondeurs, ressenti par les adeptes de la plongée sous-marine). De la même façon, je prends la Bible pour une oeuvre littéraire, et rien d'autre. Et j'en dis tout autant de l'Ancien comme du Nouveau Testament: pourquoi le professeur de Français que j'ai été ne serait-il  pas allé chercher, pour mieux les comprendre, les racines des récits hagiographiques qui étaient à son programme? (Soit dit en passant, c'est en fouillant l'inspiration de ce génial La Fontaine que j'ai trouvé... dans la Bible,  l'origine de "la Cigale et la fourmi"!). Au demeurant, je ne suis pas un spécialiste des textes bibliques qui ne m'ont jamais passionné outre mesure; ils font partie de la culture de "l'honnête homme" (ce n'est pas notre cher professeur René Pomeau qui me démentirait!). Personne de ma génération n'a pu échapper à la culture chrétienne, mais dois-je rappeler que j'ai eu l'immense chance d'acquérir la culture "païenne" gréco-latine, un complément qui a fait autant de vous que de moi des privilégiés. (Merci, M.Huguet, mon maître d'école, merci ma mère qui a eu confiance en moi, merci mes professeurs, les catho comme les cocos).

                Toutefois je crains que ma réponse ne soit pas satisfaisante, et en ce cas j'en serais fort triste. Ce que vous attendiez, c'est que je crie haro sur les curés. Brandissant l'étendard d'un certain athéisme, vous auriez aimé que je tire à boulets "rouges" sur le christianisme, (nous sommes au temps de la repentance!) mais je ne le ferai pas, ne serait-ce que par respect pour les restos du coeur de l'époque et leurs "dames de charité", avec leurs cornettes blanches, qui accueillaient les pauvres et soignaient aussi les écrouelles et la lèpre ! Vous vous récriez, vous dites: "non, non, les curés! les curés!", mais le christianisme doit être considéré dans son ensemble, l'Inquisition, oui, mais aussi les dispensaires. Quoi qu'il en soit, le débat et son positionnement sectaire imposé par les historiens du XIXème siècle trahit une méconnaissance de l'histoire. Et c'est en ce sens que je suis triste, je repousse tous les intégrismes y compris l'intégrisme laïque, le laïcisme, si éloigné de la noble laïcité dont je me réclame avec fierté.

           Pour juger le christianisme il faut prendre conscience qu'il se développa par la voie orale dans un terrain analphabétisé. S'imaginer que nos pères avaient notre niveau de conscience et notre capacité critique, corollaire de notre niveau de connaissances est un non-sens et s'imaginer que les clercs-bergers étaient plus conscients que leurs ouailles-brebis est un tout autre non-sens, l'un et l'autre ne pouvant qu'engendrer des erreurs d'appréciation. 
         
                        Mes grands-pères savaient lire et écrire, (l'un, bien - l'autre, moyennement); mes arrière-grands-pères ne le savaient pas, et à quelques exceptions près, vous devez vous trouver dans la même situation. Certes, certains de mes ancêtres à la fin du XVIè siècle savaient signer, (et d'une belle écriture)  ils avaient donc quelques connaissances, ils étaient tisserands, mais quand les manufactures ont tué l'artisanat, ils sont retournés à la terre et quand on était "au cul des vaches", rares étaient ceux qui parcouraient de longues distances pour s'asseoir sur le banc de l'école.
      Pendant les quinze premiers siècles de notre ère,  rares étaient les "laïques" qui savaient lire, et les nobles, les princes, le roi n'échappaient pas à la règle (j'ai eu connaissance de la "bibliothèque" de Charles VII ou de Louis XI, je ne me souviens plus très bien je cite de mémoire, je crois me souvenir qu'il y avait 4 ou 5 livres! et je ne suis pas certain qu'il les ait souvent consultés!). Qui plus est, parmi les clercs, peu d'entre eux étaient cultivés.  Les généalogistes se désolent de ne pas trouver de registres de catholicité au XVIème siècle, du moins fort peu, la raison en est fort simple, il aurait fallu que les curés sachent les remplir! Dans certaines campagnes rurales, on exigeait que le "curé" sache dire quelques prières et sonner les cloches ! (le deuxième point semblant plus important que le premier). Dans ce contexte la superstition était de règle et aucune autorité n'aurait osé mettre en doute l'existence d'un "Dieu, tout puissant, créateur du Ciel et de la Terre".
         A partir de ce seizième siècle, le savoir a commencé à se répandre mais dans  une couche infiniment mince de la population. Il faut prendre conscience que pendant les cinq siècles qui ont suivi, l'acquisition du savoir a été très lent: en 1950, à l'heure du baccalauréat, seuls  5½ % de notre classe d'âge possédaient le précieux parchemin !
        Clercs et laïcs étaient taraudés par la même angoisse, la peur de la mort, ils avaient besoin de croire en un au-delà où les justes vivraient dans un bonheur éternel.
        
      Le christianisme s'est développé dans un terreau analphabète. Cet analphabétisme engendrait -de facto- des mentalités totalement différentes des nôtres. Nous avons été outrés quand Pomeau nous a révélé que l'auteur de l'Emile, un traité de pédagogie de surcroît, s'était totalement désintéressé de ses propres enfants. Quelle honte, avons-nous pensé, mais Jean-Jacques Rousseau n'était pas une exception, quand, cigale, La Fontaine a littéralement abandonné femme et enfants pour aller réjouir ces dames dans les ruelles de la Cour, il n'a pas agi autrement; quant à Montaigne, le grand Montaigne, il était incapable de dire le nombre de ses enfants morts en nourrice. Ce n'est qu'un exemple, je pourrais en prendre de multiples, je pense notamment au mariage qui -aussi bien dans les couches aisées que dans les couches populaires, et pour les mêmes raisons -  était un mariage de raison et non, comme de nos jours, un mariage d'amour.
     J'ai été témoin de ces éclaboussures du passé. J'étais jeune maître d'école et je m'inquiétais de la santé de l'une de mes élèves dont l'absence se prolongeait alors que le certificat d'études approchait. Je décidai d'aller lui rendre visite, c'était toute une aventure car il me fallait trouver une barque pour traverser la Vienne et atteindre la fermette qui, sur son tertre, se défendait de toutes ses racines, comme elle le pouvait, des inondations fréquentes. Je fus très bien reçu avec beaucoup de déférence. Les yeux de la malade brillaient de la joie ressentie par la présence du "maître - venu - pour elle!" la mère voulut honorer cette présence et m'offrit un "petit verre", c'étaient des cerises à l'eau-de-vie. Je me récriai puis finis par accepter deux cerises "... mais sans jus". Laquelle "hôtesse" remplit son propre verre "... avec jus"! Quel ne fut pas mon étonnement quand je m'aperçus qu'un bambin blotti dans ses jupons mangeait avec gourmandise une cerise sur deux; cette fois je me récriai plus fort, dis que ce n'était pas bien, j'ai dû employer le mot alcoolisme, ce dont je me souviens c'est que j'ai eu droit à un discours péremptoire qui était à peu près celui-ci " Comment ça! Ah!, M'sieu le maît' d'école on voit bien que vous êt' jeune, vous y connaissez rrin. C'est l'alcool qui donne la force. Vous verrez, mon gars, ce s'ra un costaud!"
    La deuxième anecdote est beaucoup plus tragique. J'étais alors en Algérie quand j'appris que l'une de mes élèves du Certificat, qui brûlait d'amour pour un garçon de la classe et qui avait été éconduite, s'était suicidée "à la mort aux rats" et qu'elle était morte dans d'atroces souffrances. Au retour, j'attendais le moment de rencontrer la mère avec une certaine gêne car je ne savais pas comment exprimer ma peine. Je la vis venir de loin un après-midi, comme à l'habitude, une fillette poussait un landau avec le dernier-né, venait ensuite la mère qui tricotait tout en marchant, puis une ribambelle de gamins à la queue leu leu. Je l'abordai et bafouillai quelques mots. Elle me regarda comme ne comprenant pas mon apitoiement et sur un ton presque amusé me répondit: " Bah! mais ça fait rin, on va en faire oune aut' ".


Nous sommes outrés parce que nous jugeons les hommes du passé avec notre propre mentalité. Pour comprendre l'Histoire, il faut se replacer dans le contexte, revêtir les habits du personnage selon sa qualité sociale, s'asseoir à sa table, partager ses occupations, lui parler avec ses mots à lui, c'est-à-dire les mots d'une autre époque. Il faut se fondre dans sa propre culture.

           Tenir compte de l'analphabétisme et des mentalités peut nous permettre d'éviter certains contresens; ce n'est pas suffisant, encore faut-il compléter, parfois corriger, l'Histoire qui nous a été enseignée, tant elle était pauvre dans son contenant comme dans son contenu, et ce, quelle que soit la valeur de nos professeurs que je ne mets pas en cause; ( nos enfants auront à notre égard le même esprit critique).
           
           Je prends comme exemple le Malet-Isaac de notre classe de seconde, premier constat: il obéit aux programmes de 
1931, sur un texte de 1923 (nous étions en... 1948!).  Je choisis un thème que je connais un peu pour avoir rédigé mon petit "Bartet", non à partir de manuels, mais à partir des documents de l'époque: Louis XIV. Si je procède à la répartition des pages, je trouve: l'apogée de monarchie, (47pp.)- les guerres de Louis XIV, (33pp)- la France sous Louis XIV: (littérature,(7pp.)- architecture,(7 pp.)-sciences,(1p.)  finances,( 5pp.); paysans,( 3 pp.)- conclusions sur Louis XIV,(3pp.).
Rien ne nous est épargné sur le roi, sa toilette, ses repas, son coucher,etc.. les ministres ont aussi un menu de choix, nous savons tout sur les guerres avec cartes à l'appui et déplacement des troupes, mais la vie des Français, dans les villes, dans les campagnes, la démographie,  l'évolution des mentalités, etc. ? quelques rares lignes qui faussent le jugement car elles sont trop schématiques pour traduire la réalité.
          Qui plus est je note des affirmations et des jugements parfois surprenants. Ainsi     
" Louis XIV gouverna et administra avec des bourgeois. Tous reçurent d'ailleurs des titres de noblesse; plusieurs d'entre eux furent marquis: Louis XIV en les anoblissant,etc..."
        On peut comprendre que Louis XIV anoblissait les serviteurs de l'Etat d'origine bourgeoise (ce n'est pas dit mais on peut comprendre que c'était pour les récompenser et se les attacher) et qu'il attribua à certains d'entre eux le titre de marquis (un comble en quelque sorte).  C'est
faux. La noblesse "de robe" est une création bien antérieure, déjà sous Louis XI, et elle était automatique, ainsi Bartet, devenant 1er secrétaire, était - de facto - anobli ( ce n'est pas le roi qui anoblissait, c'est la fonction: l'office - qui s'achetait et se revendait, au prix fort quand il était lucratif) et si ce même Bartet pouvait se valoir d'être marquis, ce n'est pas parce que le roi l'avait nommé marquis (Louis XIV lui avait interdit la cour et la capitale et l'avait même fait emprisonner un temps à Saumur ), c'est plus prosaïquement que Bartet avait acheté, à la nièce du roi, le marquisat de Mézières-en-Brenne !
        Par ailleurs, l'auteur du manuel vante les qualités de Colbert (il en avait) et de sa famille (je cite) "
Louis XIV n'y prit pas moins de cinq ministres, fils, frère ou neveux de Colbert" L'auteur du manuel laisse percer une certaine admiration pour ladite famille, (et je me souviens avoir partagé cette admiration d'autant que j'étais né rue Colbert!), il oublie de souligner que cela s'appelle du népotisme et que ledit Colbert avait puisé très largement dans les caisses de l'Etat, pour son ancien maître Mazarin, puis pour son propre compte.
            En résumé, l'Histoire qui nous a été enseignée était une Histoire
événementielle qui prenait en compte la politique extérieure et (à un moindre degré) intérieure de la France et qui escamotait l'essentiel, la vie des Français, dans leurs activités et leurs mentalités (pas un mot sur la famille!), si bien que nous, élèves, n'imaginions pas que nos ancêtres pouvaient penser différemment et prenions pour monstruosité, telle attitude qui pour nos ancêtres paraissait normale, ex: Patin dans une lettre explique comment il a loué (cher) une fenêtre donnant sur la place de Grève pour que son fils, qui devait être âgé de 6 à 8 ans, puisse ne rien perdre des mutilations et du supplice de la roue; la scène se passait dans la première moitié du XVIIème, Patin est considéré dans nos manuels comme un "Humaniste". Nous considérons son attitude comme indigne, lui pensait faire oeuvre de saine morale.

                                                                                                               >>> suite 5 >>>

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