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La séparation en deux
entités /corps/-/esprit/ fait encore partie de la Physique d'Epicure (ou déjà,
si l'on se reporte au christianisme), mais on perçoit bien que ce dualisme
n'est qu'apparent: aponie et ataraxie ne font qu'un; comment le corps ne
souffrirait-il pas quand l'esprit est tracassé par des soucis financiers
(chômage par ex.), quand il est agité de pensées morbides ? de même,
comment l'esprit ne souffrirait-il pas quand le corps est soumis à des
douleurs aiguës ? Mais l'inverse est tout aussi valable : "mens sana in corpore sano", (une âme saine dans un corps sain), cette formule de
Juvénal a deux
interprétations: dans sa prière, le poète ne demande que
(pas exigeant !!!) la
santé de l'esprit et du corps, en d'autres termes, ataraxie et aponie,
mais il ne les sépare pas, il n'écrit pas: "une âme saine /et/ un corps
sain", il les confond dans une même entité: une âme /dans/ un corps. La
seconde interprétation est morale, et par là même réductrice, c'est celle
que nous adoptions devant nos élèves: quand le corps est sain, l'âme est
saine. Relisons Montaigne
(L.1, chap; XIV ou XL selon
les éditions)
" Ce qui nous fait souffrir
avec tant d'impatience la douleur, c'est de n'estre pas accoustumez de
prendre notre contentement en l'ame, c'est d'avoir eu trop de commerce
avec le corps (...)
[la douleur] elle se rendra de bien meilleure
composition à qui luy fera teste."
et, citant Epicure "estre riche n'est
pas soulagement, mais changement d'affaires".
montaigne ajoute: "De vray,
ce n'est pas la disette, c'est plutôt l'abondance qui produict l'avarice."
On pourrait citer en guise de conclusion :" Nul n'est mal longtemps qu'à
sa faute".
Montaigne - stoïque ?
peut-être, mais pas dans ce passage, le stoïcisme est acceptation,
l'épicurisme est conquête : "...à qui lui tiendra tête !".
Il n'y a pas d'état neutre, on est toujours plutôt heureux ou
plutôt malheureux:
- c'est d'abord à soi-même de ne pas "se mettre dans le
rouge" (Chaque
année on apprend que tel ou tel skieur, qui s'était aventuré hors-piste, a
été emporté par une coulée de neige, c'est un bien grand malheur pour le
skieur lui-même et pour ceux qui l'aimaient, mais à qui la faute ? Une
décision a été prise, une mauvaise décision, par légèreté d'esprit.)
- ensuite, quand on est "dans le rouge" malgré
soi, il faut lutter, faire appel à la volonté, à la détermination.
(A quoi
servirait-il "d'accuser la nature" comme disait le chêne au roseau, de
geindre, d'appeler autrui à son secours et sans relâche? Si de telles
attitudes sont parfois inévitables, c'est en soi-même que, le plus
souvent, se trouve l'apaisement. Pour avoir été hospitalisé à plusieurs
reprises dans un passé récent et avoir subi des opérations
particulièrement douloureuses, je peux affirmer que, si l'on ne peut
dompter totalement la douleur, on peut la maîtriser en partie, tant
l'esprit a de puissance sur le corps, pour peu qu'on l'exerce.)
Ces deux exemples sont empruntés à l'équilibre physique, mais
il en de même de l'équilibre mental.
(Combien de fois nous tracassons-nous pour des futilités? combien de fois
allons-nous chercher au loin ce qui se trouve à nos pieds?)
L'aponie, l'a-taraxie sont illusoires , certes, mais la sagesse
épicurienne nous pousse à les rechercher, à "tendre vers". Toutefois ces
états négatifs (absence de) ne sont
pas suffisants, ils seraient même fort tristounets, fort ennuyeux s'ils
n'étaient enrichis par le plaisir. Et c'est contre cette quête
que se sont ligués les puritains, les batteurs de coulpe, à la recherche
d'un rachat qui leur ouvrirait un paradis outre-tombe... paradis qui n'existe pas!
Second point: la recherche du plaisir comme "principe et fin de
toute action".
Rechercher les plaisirs "pris aux saveurs, (...) à
l'amour, (...) aux sons, (...) aux formes"
(Epicure,Sur
la fin) n'implique aucunement une
recherche immodérée, bien au contraire !
Une
plage de Mozart, le chant du rossignol si modulé, si varié, mais également
si rare et si difficile à saisir, sont des moments de grand bonheur, que
le premier soit culturel, le second naturel ne varie ni l'intensité ni la
qualité du plaisir.
Je pourrais multiplier les exemples mais je
profite du raisonnement qui m'est offert pour avouer mes amours coupables
avec Séléné. Vous avez compris que j'éprouve un grand bonheur aux clairs
de lune. Pas n'importe lesquels. Ils sont estivaux: la lune est pleine et
le ciel clair; alors que la chaleur monte du sol et caresse mes jambes
nues, une brise légère, fraîche, vient rafraîchir mon visage; le parfum
acide de la menthe se mêle à l'odeur fade des herbes brûlées par le
soleil; dans le patio, les grenouilles du bassin alternent leurs
incantations couvrant les grésillements incessants des grillons; (je
souris en pensant aux grillonnes qui, à l'entrée de leurs terriers,
doivent se pâmer de contentement, comme je souris à Gastounet, mon crapaud
préféré, qui s'enhardit à me lancer un coassement gras comme une
éructation, lugubre comme un glas -
salut accueillant ? ou reproche d'occuper son territoire à une heure
indue?). Je lève les yeux, cherche la timide polaire puis les constellations que
je connais bien, Cassiopée, Orion, la Pléiade, - la pointe lumineuse d'un
long courrier ou celle d'un satellite vient parfois troubler ma plénitude
- ma pensée, libérée du spot solaire qui m'imposait des horizons, se perd
enfin dans les années-lumière.
Ainsi, c'est bien la somme des plaisirs sensuels
(visuels, tactiles, olfactifs, auditifs) et des plaisirs spirituels
(affectifs, métaphysiques) qui me procure un état de plénitude, de
bonheur, proche de l'exaltation. Bonheur fugace, diront les pessimistes au
caractère chagrin, peut-être - mais bonheur vécu, donc imprimé sur le
disque dur de la conscience, donc récurrent - selon notre volonté du
moment
Si je ne craignais de
dénaturer la pensée d'Epicure, je dirais :
Minorer
la douleur, (physique et mentale), la contenir, la canaliser
+ rechercher les plaisirs
(sensuels et spirituels)
_________________________
= Bonheur
Parvenu à ce point du développement, j'ignore si je développerai davantage
mon argumentation, car d'autres travaux d'écriture me pressent, mais je
peux, outre éclaircir ma pensée le cas échéant, aborder le deuxième point,
celui qui prolonge tout naturellement mon credo : ce que je suis |
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La première objection porte sur mon
idéalisme : oser parler progrès quand celui-ci crée le chômage, répand
le sida, pollue l'atmosphère et ... va bientôt faire éclater la planète !
Il faut d'abord définir le progrès et en préciser la perception. Le
progrès, pour moi, c'est
l'amélioration de la condition humaine:
-
durée, maîtrise de la maladie et de la souffrance;
- élévation de
son esprit, qualité des rapports humains.
Cette marche, cette
évolution progressive vers le mieux être est donc à la fois
matérialiste et spiritualiste.
De même la perception
de ce progrès est culturelle et naturelle.
Culturelle, car
elle s'appuie sur la connaissance de l'Histoire, non pas à l'aune d'une
génération, ni même d'un siècle, mais de millénaires. Pour prendre une
image simpliste: l'érémiste qui vit aujourd'hui dans une HLM
préférerait-il vivre dans la condition d'un manant du Xème siècle ? et ce
manant aurait-il préféré la condition d'un néanderthalien ?
Elle est aussi
soumise à la nature même de l'homme. J'avais pour habitude de citer à mes
élèves ce proverbe extrême-oriental :
"Mort à 20 ans, enterré à 80"
(il
faudrait aujourd'hui modifier les âges... conséquence du progrès!).
- L'enfant grandit, se construit, se projette dans un avenir qu'il
veut meilleur que celui de ses parents, on connaît la chanson:
"T'es plus dans l'coup, papa
T'es plus dans l'coup !"
- Adulte, il vit sur ses acquis , il tend à les protéger, les
conserver.
- Âgé, il n'en a plus la force, l'énergie nécessaire,
il se voit déclinant et dans l'impossibilité d'y remédier, il se tourne
vers le passé, revoit le temps béni de l'enfance, où, relativement à
l'abri des soucis matériels, il était pétri d'enthousiasme et d'espoirs:
"Ah!, mon brave Monsieur, c'était l'bon temps, c'était l'bon temps !"
Les gérontes sont pétris d'une sagesse générée par l'expérience,
mais ils doivent se méfier de la nostalgie. Stoïcisme et épicurisme ne
sont pas antinomiques: le stoïcisme nous aide à accepter le vieillissement
des organes, la souffrance qu'il génère, et notre mort programmée; l'épicurisme nous incline à
conserver la jeunesse d'esprit, (source d'espérance et de joie intérieure)
par la recherche continue du plaisir (sans cesse adapté aux circonstances
spatiales et temporelles) |
La seconde objection porte sur l' optimisme.
J'assume ! je suis un optimiste - convaincu, ce qui ne
signifie pas - naïf, ingénu, pour ne pas dire - crédule, niais, imbécile !
Et voici le grand débat relancé: nature/culture, au centre de la grande
peur du 2ème millénaire, orchestrée par les médias, à la grande joie des
Jehovah et autres sectes annonciatrices de la fin du Monde.
La Nature aura le dernier mot. Je ne vois pas comment l'Homme, aussi
scientificus soit-il, pourrait empêcher le refroidissement de l'astre
solaire et la disparition de la Terre; plus près de nous, comment
pourrait-il s'opposer au glissement des plaques tectoniques, à
l'éloignement inexorable du continent américain de l'Afrique, à
l'effacement tout aussi inexorable de la Méditerranée, au réveil de
volcans endormis,etc. avec toutes
les conséquences quasi impossibles à imaginer. La Terre vit à l'ère
quaternaire comme elle a vécu aux trois ères précédentes. Elle prend son
temps. Elle vit à un
rythme qui échappe à notre perception humaine. Jadis, la Touraine, mon
berceau, était au fond des océans, naguère, la Touraine était recouverte
par une calotte glaciaire, demain la Touraine ne sera peut-être plus qu'un
immense désert, qui sait?
Toutefois, l'Homme -doté d'un esprit qui l'élève au-dessus de toutes les
autres espèces vivantes- a la possibilité de modifier la Nature, de
l'aménager, de la contenir, de l'adapter et d'aller ainsi dans le sens du
progrès, tel que je l'ai défini. Il ne faut pas perdre de vue que les
premiers efforts de l'homme pour modifier la nature ont d'abord été des
modifications portant sur sa propre "nature" (humaine). J'imagine la
réflexion d'un enfant humanoïde, miracu-leusement ressuscité dans son état
premier, devant l'homme moderne : "Regarde p'pa, le bonhomme, il a plus
d'poils". L'une des premières inter-ventions de l'homme sur sa propre
condition naturelle a peut-être été le port du vêtement, entraînant la
disparition progressive (mais pas encore totale) du système pileux. La
conséquence fut immense. L'homme était armé pour voyager. Il a pu ainsi
s'adapter à tous les climats et conquérir "sa" planète. Aujourd'hui
ses "combinaisons" lui permettent de "s'envoyer en l'air" de sortir de sa
capsule et de faire un petit tour dans le cosmos, ou, concrétisant ses
rêveries, de marcher sur la lune.
J'emprunterai le second exemple à ma propre nature, car, hélas, dois-je
l'avouer ? je
ne suis plus un homme, je suis un moignon, un gnome, un nabot. Pensez! les
chirurgiens, osant s'en prendre à ma propre "nature", m'ont déjà
retiré quatre organes et en ont modifié plusieurs!
(Je ne compte pas les dents, d'ailleurs je n'en sais rien moi-même, je
sais seulement qu'il m'en reste fort peu). L'un de ces
organes était cancéreux, lequel cancer menaçait les ganglions contigus;
pour n'avoir pu bénéficier de cette avancée de la science, mon père mourut
à 62 ans! Plus récemment, l'ophtalmo m'a retiré les deux cristallins pour
les remplacer par des produits (quelle
horreur !) industriels. J'éviterai peut-être ainsi la cécité qui
accabla ma grand-mère et plusieurs de mes tantes!
Je ne fais là qu'un constat et, corollaire: que l'Homme modifie sa propre
Nature à l'aune de sa propre Culture ne semble pas tellement déranger les
esprits alarmistes!.
Soit! mais tu biaises, tu choisis des exemples
positifs, occultant les interventions négatives devant entraîner des
catastrophes planétaires.
Absolument pas, ce préalable
était nécessaire.
Parlons du réchauffement de la planète qui risque
d'avoir des conséquences catastrophiques, réchauffement non pas naturel,
mais culturel - puisque les causes (dit-on) sont imputables aux activités humaines.
Le problème est double, il faut le dissocier:
- le réchauffement? oui ou non, si oui, quelle ampleur?
- les conséquences? oui ou non, si oui, quelle ampleur?
Il est de mon
devoir de douter (dixit Montaigne). Je remarque que le
problème est à la une de tous les médias, au "Café du Commerce" on ne
parle que de ça. Or, je me méfie toujours des matraquages audio-visuels
qui cachent souvent des intérêts
économiques et/ou politiques. Que l'audimat grimpe, les chaînes (et les
supports en général) vont laisser venir à eux les annonceurs, les
bénéfices suivront, le consommateur de base paiera le surcoût
publicitaire! A la veille d'une élection importante, un coup de projecteur
sur les problèmes "écologiques" n'est pas fait pour déplaire à certains. Je doute:
dubito... ergo sum.
Je vais donc m'informer ( dixit
Descartes) auprès de ceux qui dénoncent ce catastrophisme ambiant.
Nenni ! il n'y en a pas ! Un vague murmure me parvient de l'ancien
ministre Claude Allègre, mais la sono ne fonctionne pas. On ne va pas
laisser parler un empêcheur de tourner en rond ! En conséquence je doute
encore plus!
Je m'informe alors auprès
des prédicateurs de l'apocalypse. Surprise, les partitions ne sont pas les
mêmes, j'ai du mal à me faire une opinion, c'est une véritable cacophonie
! Exemple: pour les uns le niveau des océans risque de monter de 1, voire
de 3 centimètres en 1 siècle, 1 siècle et demi; d'autres prévoient dans les prochaines
décennies une augmentation de plus de 30 cm, j'ai même lu dans un article
le nombre de 56 cm. Bigre ! je vais alerter mes petits-enfants pour qu'ils
se procurent dès maintenant des bouées de sauvetage, car bientôt les étals
se trouveront démunis ! Noé a de l'avenir, notre Mont Blanc pourra-t-il
encore recueillir l'arche ?
Je me rends, j'accepte
l'hypothèse, quoi qu'il en soit, le catastrophisme en moins, il doit bien y avoir un fond de vérité.
Alors ? Que va-t-il se passer ?
- RIEN.
Rien, car c'est la loi du progrès.
Le progrès naît souvent d'une invention
technologique détournée à sa naissance par des esprits pervers (rien ne
justifiera jamais Hiroshima, il y a des crimes contre l'humanité qui
restent impunis)
(petit rappel à l'attention des R.G: oui, je
faisais bien partie des garnements qui, en 1950, ont placardé nuitamment
"l'appel de Stockholm" sur les murs du Palais de Justice de Tours; certes,
à l'époque j'avais de bonnes jambes, j'ai perdu mon seau, ma colle et mon
pinceau mais vous ne m'avez pas attrapé; que voulez-vous, j'admirais
Camus, je l'admire encore!). Certaines inventions paient un
lourd tribut à la science: trop de cosmonautes, pionniers, sont morts au Champ du
Firmament ! Une fois les pervers éliminés, ou contrôlés et la technologie
maîtrisée, nous bénéficions pleinement du progrès. Aujourd'hui nous nous
éclairons, nous nous chauffons au nucléaire, les spécialistes prétendent
que de toutes les énergies c'est actuellement la moins polluante. Le
nucléaire était une étape, demain une autre énergie, solaire peut-être,
viendra la remplacer, elle sera encore moins polluante. Réjouissons-nous.
Le nucléaire n'est qu'un exemple, parmi d'autres.
Et notre réchauffement ? Le tapage
médiatique va s'apaiser. Les journalistes vont s'intéresser aux petites
phrases des uns et des autres: c'est beaucoup plus excitant! Les
politiques oublieront le "protocole-Hulot", en partie irréalisable.
Pendant ce temps,
afin de trouver les remèdes, les "savants" vont se réunir (dans
le silence de leurs laboratoires) pour tenter -
d'abord - de décrypter les mécanismes météorologiques (car la météorologie
n'en est encore qu'au stade des balbutiements) . Ils trouveront la solution -
comme toujours. Des satellites commenceraient déjà à tourner pour décrypter,
d'en haut, si j'ose dire, et de
façon rationnelle les phénomènes météorologiques. Demain ils seront
peut-être à même de détourner les typhons, de les annihiler, ils seront
peut-être à même de ralentir la désertification du Sahel. Qui sait ?
Quoi qu'il en soit, les
avancées technologiques ont toujours été accompagnées de scories,
ces scories ont toujours été maîtrisées puis éliminées, les avancées ont
toujours été -finalement- sources de progrès. Je n'ai pas
d'exemples contraires à proposer. |
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.... Ne trouves-tu pas que le progrès va trop
vite ? nous n'avons pas "le temps" de l'absorber, nous courons
à la catastrophe, regarde les OGM !
De même qu'il y a une Nature
(majuscule) transcendante, une
Nature qui échappe à notre réflexion (nous
sommes bornés(!)), une Nature qui échappe à toute action humaine...
de même
il y a une nature (minuscule),
immanente, une nature à l'échelle humaine en quelque sorte, une nature
que l'homme n'a cessé de maîtriser, de modifier, d'adapter à ses propres
besoins...
De même, il y
a le Temps (majuscule) transcendant,
le Temps que l'on ne peut même pas imaginer, le Temps-Chronos;
et il y a le temps
(minuscule) mesurable, le temps
chronomètre; et cette mesure peut
aller de "l'infiniment petit à l'infiniment grand" (Pascal), du
millionième de seconde à des années-lumière;
et - à l'intérieur de ce temps
mesurable -, il y a le temps à l'échelle humaine, le temps perçu... un
temps relatif qui n'a plus rien à voir avec la Nature-horlogère, un temps
qui dépend uniquement du retentissement qu'il exerce sur notre "esprit":
(quinze minutes à
subir une rage de dents paraissent interminables, quinze minutes partagées
avec un(e) ami(e) paraissent d'une brièveté attristante).
Quant à la
perception du temps vécu aux différents âges de la vie, la
démonstration m'a été faite par un ami (qui,
je le sais, lira ces pages et se reconnaîtra): pour un enfant de 5
ans, une année représente 1/5 de temps vécu, pour une personne de 70 ans,
1/70ème. Il suffit de comparer les deux fractions! L'enfant dira fièrement
j'ai 5 ans ...et demi! Le vieillard gémira: " je ne comprends pas,
je ne vois pas le temps passer!".
Le
"...trop vite" de ta proposition est donc purement subjectif.
Personnellement, et tout aussi subjectivement!, je trouve que le progrès ne va pas assez vite: je suis
tellement avide de savoir ce que les astronomes vont trouver au-delà du
système solaire, au-delà de la voie lactée, comment ils vont interpréter
les trous noirs, etc. je
voudrais tellement que les progrès de la médecine aillent plus vite et
ajoutent à mon espérance de vie une dizaine d'années (et pourquoi pas ? -
plus.) , etc. !
"..trop vite" est subjectif, mais si
j'écris "... de plus en plus vite", je
gomme la subjectivité, c'est un constat. Un constat presque mathématique.
Revenons à le vêture (j'emploie ce mot
plutôt que vêtement car il s'agit bien de l'action de se vêtir, la volonté
de, ou, l'idée géniale de...). On pourrait presque énoncer un postulat:
" Le simien supérieur qui se vêt accède à l'ordre supérieur des
hominiens". L'idée de vêture n'est pas née
subitement; il a peut-être fallu des centaines de milliers d'années pour
qu'elle s'impose; il est peu vraisemblable que l'usage de se vêtir ait été
provoqué par la nécessité de se prémunir du froid, encore moins de
voyager. On peut imaginer que la peau de bête n'était qu'un artifice de
chasseur pour approcher au plus près la prise convoitée. Il est probable
également que le dépeçage a été le fruit d'un long apprentissage et
l'objet de techniques variées. On peut supposer que les résultats obtenus
étaient de qualité fort variée allant de lambeaux pourrissant rapidement,
à des lambeaux sains tendant vers la qualité de nos cuirs, et de simples
lambeaux à des peaux entières (ou presque) qui - chef d'oeuvre entre
tous les chefs d'oeuvre - ont dû faire l'objet de disputes, de luttes et
même de tueries pour s'accaparer l'objet. Et c'est alors que le mot vêture
prend un sens religieux. Celui qui allait revêtir la peau du lion avec
toute sa crinière conservée, ses griffes acérées, allait être lion
lui-même, il était le plus fort, donc - le chef. C'est lui qui allait
diriger la chasse et, le moment venu, en répartir selon son bon vouloir
les produits. Et de chef temporel il est devenu chef religieux. Le pas ne
nécessitait pas un grand écart. C'est par lui, par son intercession que
l'on aura une bonne part, mais auparavant une bonne prise, car c'est lui
qui sait. Et si par malheur la capture a été un échec, c'est que de
mauvais esprits avaient envahi le "groupe", alors il fallait punir et le
chef s'accapare alors le droit de justice. Et le jugement devait être
simpliste: vie ou mort ! On perçoit ainsi combien le seul fait de se vêtir
a provoqué de mutations dans l'esprit humain et dans l'organisation de la
société, fut-elle réduite à un groupe restreint.
Parallèlement, la vêture a
provoqué des adaptations techniques considérables, dans les outils (
couper sans déchirer, gratter ), dans les techniques (séchage), dans les
transformations (percer des trous - coudre avec des lianes) etc. Et
chacune de ces techniques nouvelles a suggéré des emplois autres (ex: la
peau reliée, cousue peut devenir une outre; la pierre aiguisée emmanchée
au bout d'un bâton peut devenir une arme plus performante,etc.). Et
chacune de ces nouvelles applications va entraîner de nouveaux
perfectionnements qui vont à leur tour....
Chaque "progrès"
entraîne de multiples applications qui à leur tour entraînent, et ainsi de
suite. Le progrès est bien -mathématiquement - de plus en plus rapide. |